Congo-Kinshasa: Le e-commerce réplique face au COVID-19

communiqué de presse

Mme Tanglee Seepanthong vend de la viande, du poulet et du poisson sur le marché de Khuadin, à Vientiane, en République démocratique populaire lao.

Dès les premiers cas confirmés de COVID-19 en mars, les acheteurs ont déserté le marché et ses ventes se sont effondrées. Elle s'est alors tournée vers Facebook afin de proposer aux habitants de la ville des commandes en ligne, avec livraison gratuite à domicile. En quelques jours seulement, son entreprise s'est transformée, générant cinq fois plus de revenus que ses ventes habituelles sur le marché.

Les opportunités qu'offrent le e-commerce ne sont cependant pas toutes aussi accessibles et lucratives. Sur certains marchés, notamment en Inde et en Afrique du Sud, tout transport de marchandises jugées non essentielles a été interdit, suspendant de fait toute activité de e-commerce pour les petites entreprises. En Europe, depuis mi-mars, Amazon n'expédie plus de marchandises, à l'exception d'une liste d'articles prioritaires. En limitant l'accès à son service logistique externalisé « assuré par Amazon », la plateforme a mis un terme au commerce de nombreuses petites entreprises n'appartenant pas à la catégorie des « biens essentiels ».

Selon le cabinet d'études Statista, depuis mars, alors que la plupart des pays entraient en confinement, les grandes enseignes de supermarchés et les médias en ligne du monde entier ont bénéficié d'une hausse de la demande. Les places de marché et le commerce de produits high-tech ont connu une croissance à deux chiffres, tandis que d'autres secteurs ont fortement chuté, voire même se sont effondrés, comme le secteur du tourisme et des événements.

Les premières données montrent des variations de performance du e-commerce depuis le confinement

Selon une analyse de COVID-19 Commerce Insight qui se fonde sur les données de transaction de 2 500 marques (clients de la société Emarsys) dans 100 pays, les entreprises de e-commerce résistent pour l'instant assez bien en Europe et aux États-Unis, tandis qu'en Asie et au Nigeria, les ventes en ligne affichent un déclin continu. Certains marchés de e-commerce encore fragiles n'étaient pas suffisamment préparés, contrairement à d'autres marchés de e-commerce plus matures.

Données sur les revenus, entreprises de e-commerce, tous sous-secteurs confondus

Source : COVID-19 Commerce insight, https://ccinsight.org/

Les marchés émergents souffrent davantage

Il est encore trop tôt pour estimer l'impact de la crise sur le commerce de détail et sur le e-commerce des marchés émergents. Des entretiens préalables réalisés sur certains de ces marchés, comme par exemple en Tunisie, indiquent que les services de livraison à domicile sont devenus de plus en plus populaires. Ceci pourrait être le signe d'une transformation des comportements d'achat.

Samia Ben Abdalla, fondatrice d'AwA Sacs et Bijoux en Tunisie, affirme que, malgré l'effondrement de la demande en ligne pour ses sacs à main et autres articles d'artisanat, le e-commerce sera essentiel pour surmonter la récession économique : « Le commerce électronique s'avère être une nécessité et le sera davantage pour les entreprises qui poursuivent leurs activités une fois que tout sera terminé ».

Les entrepreneurs africains se positionnent sur des marchés niches pour surmonter la crise. Esthy Asanthe, fondatrice du groupe commercial et de la plateforme en ligne Organic Trade & Investments au Ghana, fait état d'une augmentation de la demande de produits d'hygiène et alimentaires de base : des articles qu'elle se procure localement et qu'elle commercialise en ligne au niveau national et international.

« Nous nous focalisons sur les produits essentiels et avons recommandé à nos fournisseurs de se tenir prêts », dit-elle. Le gel d'Aloe Vera et les désinfectants pour les mains, deux produits essentiels, sont produits à raison de cinq tonnes par semaine.

D'autres produits comme le beurre de karité, le beurre de cacao et le savon noir africain sont également très demandés. Nous nous préparons d'ors et déjà à approvisionner le marché (international ou local) en marchandises alimentaires (riz, fonio, graines de sésame, soja, etc.) après la crise. Nous avons déjà reçu des commandes d'importateurs internationaux et d'exportateurs locaux. Il se peut que nous ferons face à une crise alimentaire, mais y être bien préparés nous permettra de la surmonter ».

Les places de marché se tournent vers l'avenir

Siva Devireddy, président-directeur général de GoCop India, est convaincu que sa place de marché pourrait devenir une source de revenus durable pour les producteurs ruraux d'artisanat en Inde, une fois les restrictions levées. « Nous commençons tout juste à nous développer à l'international et nous avons des arguments très convaincants : des prix intéressants et des produits durables et éthiques ayant un impact positif auprès de nos communautés ».

GoCop India, qui travaille avec des tisserands en milieu rural dans toute l'Inde, et qui vend ses produits auprès d'acheteurs dans le monde entier, essaye de maintenir sa présence commerciale. Il explique : « Pour faire face à la chute de la demande subie par nos vendeurs, nous sommes en contact régulier avec eux. Nous essayons de mettre à profit le temps libre dont nous disposons, en leur donnant notamment des conseils en matière d'innovation et en les aidant à améliorer leurs inventaires et leurs catalogues ».

Polina Valcheva, responsable de la jeune place de marché Azneo, certifie qu'à long terme, les places de marché proposant des produits de niche, de haute qualité, durables et éthiques, seront en plein essor : « Le e-commerce a un potentiel énorme, et cela va se renforcer. Une entreprise qui affichait des taux de croissance à deux chiffres avant la crise se développera davantage une fois les mesures de restrictions levées. Les mentalités des consommateurs et des vendeurs changent. Les marques qui n'étaient pas favorables au e-commerce vont probablement changer leur fusil d'épaule. Une nouvelle tranche de la population aura bénéficié d'un cours accéléré sur les avantages du e-commerce ».

Sur sa plateforme, les relations commerciales en lignes se renforcent : « Quarante-deux pour cent des personnes âgées ont déclaré avoir noué ou approfondi une relation commerciale de par l'impact positif d'une entreprise et de ses produits sur la société et/ou l'environnement. Trente-six pour cent l'ont fait en raison des valeurs éthiques d'une entreprise », explique Mme Valcheva.

Les places de marché chinoises font particulièrement preuve d'innovation pendant la crise et leurs revenus semblent augmenter à mesure que la crise s'atténue. Alibaba a supprimé les frais de service sur ses différentes plateformes et propose des services gratuits, des frais de stockage réduits ou nuls. Quant à son principal concurrent, JD.com, il facilite l'ouverture de nouveaux comptes pour les petites entreprises en moins de six heures. Tous ont proposé divers prêts à faible taux d'intérêt pour financer les activités de e-commerce des petites entreprises.

Les petites entreprises tentent de survivre en attendant la reprise

Chris Folayan, fondateur et président-directeur général de Mall for Africa, reste optimiste en ce qui concerne le commerce en ligne : « Je suis persuadé que le e-commerce a un rôle majeur à jouer dans la croissance économique de l'Afrique, ce qui, dans une certaine mesure, est déjà le cas. Mais nous avons encore beaucoup à faire. Tout le monde se plaît à souligner les défis liés à l'infrastructure en Afrique, tels que le développement de la connectivité numérique et l'amélioration des réseaux de transport. Ce sont des points importants, mais qui peuvent généralement être contournés. Les réseaux de livraison locaux font preuve d'un étonnant esprit d'entreprenariat : en général, vous pouvez effectuer des livraisons en Afrique ».

« Au-delà de la crise immédiate, les petites entreprises doivent investir dans l'éducation et dans le numérique. Le e-commerce va certainement prendre de l'importance et pourrait même connaître un essor après la crise. Je crois sincèrement que la demande en e-commerce va augmenter partout dans le monde, et que cela offrira des opportunités, que vous soyez au Ghana, au Rwanda ou en Zambie. C'est le moment, si vous avez le temps, d'améliorer la planification et les données de votre stock, de vous informer sur les outils numériques de communication et de promotion, et de planifier des stratégies pour surfer sur la vague ».

S'appuyer sur la recherche et les études de cas en matière de e-commerce

Le programme ecomConnect du Centre du commerce international (ITC) crée une communauté d'entrepreneurs de e-commerce engagés dans le développement du commerce en ligne, en facilitant l'apprentissage, les solutions innovantes, la collaboration et les partenariats. Sur la plateforme ecomconnect.org, une série d'études de cas montrent comment les entrepreneurs des pays en développement réagissent à la crise et se préparent à la suite. En vous inscrivant sur la plateforme, vous pourrez accéder au réseau, aux webinaires, aux outils et recommandations sur des sujets variés concernant les petites entreprises.

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