Afrique: BMZ 2030 ou le nouveau visage de l'appui budgétaire de l'Allemagne

L'Allemagne veut faire de la lutte contre la corruption, le respect des droits de l'homme et la bonne gouvernance, des critères pour bénéficier de son appui budgétaire.

Le ministre allemand du Développement, Gerd Müller, veut réorganiser la coopération et l'aide au développement. Celui-ci a annoncé qu'il allait suspendre cette aide avec les pays qui ne respectent pas certains standards démocratiques.

Le nouveau concept baptisé "BMZ 2030" est destiné à apporter une réponse aux enjeux futurs en matière de développement.

Berlin veut en effet faire de la lutte contre la corruption, le respect des droits de l'homme et la bonne gouvernance, des conditions sine qua non pour bénéficier de ses aides.

Près d'un pays bénéficiaire sur trois est concerné

Selon le quotidien allemand "Frankfurter Allgemeine Zeitung" qui a publié les grandes lignes de la réforme, près d'un pays sur trois soutenus financièrement par Berlin serait touché par la nouvelle politique.

Parmi ces pays figure le Burundi qui de toutes les manières ne bénéficiait déjà plus des appuis budgétaires de l'Allemagne depuis la réélection controversée du président Pierre Nkurunziza en 2015.

Une réélection suivie de violations des droits humains, qualifiées de graves par des ONG, imputées aux forces de l'ordre et aux membres de l'organisation "Imbonerakure", la Ligue des jeunes du parti au pouvoir.

Doute sur l'efficacité

Ce changement de politique pourrait aussi ne pas produire, du moins dans l'immédiat, les effets attendus dans les pays concernés.

Le cas du Burundi est un exemple selon Thijs Van Laer, l'un des responsables de l'Initiative pour les droits humains au Burundi (IDHB).

"Depuis 2016, les pays de l'Union européenne, dont l'Allemagne, avaient suspendu leur coopération avec le Burundi pour des violations graves des droits de l'homme. Et jusqu'à maintenant, ils ont maintenu cette suspension. Depuis, la situation n'a pas changé au Burundi et nous, au niveau de l'Initiative pour les droits humains au Burundi, nous continuons de documenter des violations graves des droits humains", explique-t-il.

Or ce n'est pas la première fois que l'Allemagne décide de sanctionner des pays pour déficit démocratique.

Dans le passé, la suspension de la coopération entre Berlin et des pays comme le Togo en 1992, ou encore le Zimbabwe en 2010, n'a pourtant que peu influencé les gouvernements de ces pays.

Limiter l'influence de la Chine

Une stratégie semblable à celle annoncée par le ministre allemand du Développement Gerd Müller a vu des pays renforcer leur coopération avec la Chine. En effet, Pékin ne conditionne pas ses aides au respect des droits de l'homme, comme c'est d'ailleurs le cas en ce moment avec le Burundi.

Pour l'analyste et juriste burkinabé Alexis Nagalo, il faut aussi préciser les critères démocratiques envisagés. Par exemple sur les droits de l'homme, affirme-t-il, "il y a un certain nombre de désaccords entre certains pays africains et l'Europe. En l'occurence sur les questions touchant à l'homosexualité".

Cet expert suggère alors, que l'Allemagne maintienne sa coopération en l'état tout en profitant de sa présence pour faire pression sur les pays. Car soutient-il, "la présence d'un pays comme l'Allemagne peut contrebalancer l'influence chinoise et empêcher que les pays se tournent vers la Chine qui ne tient pas compte du respect des droits de l'homme. C'est important pour l'Europe dans cette perspective géopolitique de faire des choix stratégiques".

Gerd Müller présentera publiquement son nouveau concept de coopération dans les semaines à venir.

L'Allemagne intervient directement dans environ 85 pays, soit par le biais de son Agence de coopération internationale, la "Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit" (GIZ), ou par l'intermédiaire de son bras financier pour l'aide au développement, la KFW, un établissement de crédit pour la "reconstruction".

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