Djibouti: Un journaliste arrêté lors de la journée mondiale de la liberté de la presse

communiqué de presse

Reporters sans frontières (RSF) condamne l'arrestation d'un correspondant du seul média libre et indépendant tenu par des Djiboutiens et demande sa libération sans délai.

Pas de trêve dans la prédation des journalistes à Djibouti. Dimanche 3 mai, pendant que le monde entier célèbre la journée internationale de la liberté de la presse et que le président somalien voisin annonce une réforme du Code pénal pour mettre fin à la criminalisation du journalisme, le régime d'Ismaïl Omar Guelleh poursuit sa traque des reporters. Charmarke Saïd Darar, correspondant pour la Voix de Djibouti (LVD), une radio et une web TV, le seul média tenu par des Djiboutiens qui parvient à transmettre des informations de manière libre et indépendante dans le pays, a été arrêté à 22H45. Le journaliste était en train de couvrir un incendie ayant ravagé une banlieue populaire de la capitale djiboutienne.

Selon les informations obtenues par RSF, le journaliste serait retenu au commissariat de Hodan de Balbala, à l'ouest de la capitale. Il est détenu dans un espace réduit avec plusieurs autres personnes sans aucune protection alors que Djibouti est l'un des pays africains les plus touchés par l'épidémie de coronavirus par rapport à sa population. Plus d'un millier de cas y ont été détectés et deux décès enregistrés. Il n'a eu accès ni à un avocat ni à un médecin. Son téléphone portable, confisqué, est passé au crible par la police.

"Nous condamnons fermement cette arrestation arbitraire, nouvelle illustration d'un système de prédation qui ne laisse aucune place à l'information, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique. Alors que Djibouti est l'un des pays africains les plus touchés par le coronavirus, la poursuite de cette chasse aux journalistes qui tentent de couvrir l'actualité de leur pays dans des conditions encore plus difficiles en raison de la crise sanitaire, n'est plus seulement une grave entorse à la liberté d'informer, mais une atteinte aux droits les plus fondamentaux que sont l'accès à l'information et à la santé. Ce journaliste doit être libéré sans délai".

La Voix de Djibouti et ses collaborateurs sont régulièrement dans le collimateur des autorités.

Le site d'information en ligne Lavoixdedjibouti.info, censuré à plusieurs reprises par les autorités, fait partie des 21 sites d'information débloqués par RSF lors de l'opération collateral freedom qui a eu lieu le 12 mars dernier.

Auparavant, RSF avait également documenté le passage à tabac et l'arrestation à deux reprises d'un autre correspondant de LVD, Osman Yonis Borogeh en octobre 2019. Ce journaliste avait été interrogé sur ses liens avec le MRD, le principal parti d'opposition à Djibouti et sur l'identité des autres collaborateurs de LVD, des reporters qui travaillent souvent dans l'anonymat et la clandestinité afin d'éviter les représailles qui s'abattent sur les journalistes qui tentent de couvrir l'actualité de leur pays en dehors des médias d'Etat contraints de relayer la propagande du régime.

Djibouti, 176e sur 180 pays, a perdu trois places au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 que vient de publier RSF.

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