Afrique: La fermeture des sites de production : Comment le COVID-19 perturbe-t-il les chaînes d'approvisionnement

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En raison des perturbations de la chaîne d'approvisionnement dues au COVID-19, les exportations mondiales d'intrants manufacturiers chuteront d'au moins 228 milliards de dollars

Plus des deux tiers du commerce mondial se fait par le biais de chaînes de valeur mondiales (CVM), à travers lesquelles la production traverse au moins une frontière avant l'assemblage final¹.

La pandémie COVID-19 a déjà frappé trois grands pôles de CVM, que nous nommerons dans ce blog le G3, créant une combinaison sans précédent de chocs d'offre et de demande. Il s'agit de la Chine, de l'Union européenne (UE) et des États-Unis.

La diminution de la demande d'intrants par les usines du G3 entraînera une baisse des exportations de matières premières, de pièces et de composants de leurs partenaires.

Source : Adapté du Rapport sur le développement dans le monde 2020. Les échanges commerciaux pour le développement à l'ère des chaînes de valeur mondiales. Banque mondiale.

Notre analyse met en lumière la manière dont réagissent les exportations mondiales d'intrants (matières premières, pièces et composants) au sein des chaînes d'approvisionnement face à la fermeture des sites de production du G3 et comment le choc se propage-t-il pour atteindre les partenaires du G3.

Nous ne prenons pas en compte la perte des exportations liée à d'autres motifs, tels que les fermetures d'usines sur les territoires nationaux, la réduction de la demande de produits finaux ou les difficultés d'accès aux intrants².

Les mesures de confinement dans l'Union européenne engendrent le plus grand choc pour la chaîne d'approvisionnement

La fermeture des usines dans l'UE aura les plus fortes répercussions sur les exportations de la chaîne d'approvisionnement dans d'autres pays. Pourquoi ?

Parce que l'UE est le plus grand importateur d'intrants manufacturiers (la Chine est le plus grand exportateur), le plus grand marché sur trois des cinq régions du monde, et qu'elle est fortement intégrée aux chaînes de valeur mondiales.

L'UE est le principal importateur d'intrants manufacturiers en provenance d'Afrique et d'Asie et achète presque autant d'intrants manufacturiers provenant d'Amérique latine que les États-Unis.

Selon nos estimations, les importations de l'UE en intrants manufacturiers diminueront de 147 milliards de dollars, dont 101 milliards de dollars pour le commerce intra-UE et 46 milliards de dollars pour les importations en provenance d'autres régions.

La Chine et les États-Unis arrivent en deuxième et troisième position, avec des fermetures qui entrainent une réduction des importations d'intrants manufacturiers de 42 milliards et 38 milliards de dollars respectivement (voir le tableau ci-dessous).

La réduction combinée des deux pays s'élève à 228 milliards de dollars, soit 2,4% du total des importations manufacturières du G3, ou bien 11%, si l'on considère uniquement le commerce des CVM.

Source : Centre du commerce international.

Les pays des Amériques exporteront 24 milliards de dollars d'intrants manufacturiers en moins, principalement en raison des fermetures d'usines provoquées par la pandémie aux États-Unis et dans l'UE. Le choc pour l'Asie s'élève à 71 milliards de dollars, la majorité des pertes étant dues aux effets de la pandémie en Chine et dans l'UE. L'Europe est principalement touchée par les fermetures d'usines au sein de l'UE, ce qui représente une perte estimée à 128 milliards de dollars d'exportations manufacturières en raison des perturbations de la chaîne d'approvisionnement, dont la plupart sont liées au commerce intra-UE d'intrants manufacturiers. Les exportateurs d'Océanie devraient perdre 800 millions de dollars en exportations d'intrants manufacturiers (voir le tableau ci-dessous).

La perturbation de la chaîne d'approvisionnement entraînera une chute du commerce dans toutes les régions

Notes : Les couleurs plus sombres indiquent une réduction plus importante. Les pourcentages sont des prévisions de réduction du commerce manufacturier (le total se réfère à 2019). Les valeurs pour l'Union européenne incluent le Royaume-Uni pour des raisons de cohérence entre les périodes. La perturbation attendue de la chaîne d'approvisionnement est calculée comme étant la réduction des intrants importés par le G3, en supposant une fermeture de deux mois de toutes les usines au sein du G3, et en tenant compte de l'effet direct seulement (un maillon de la chaîne d'approvisionnement, c'est-à-dire la réduction des exportations dans les pays fournissant des intrants au G3).

L'Afrique est moins exposée aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement

Les exportateurs africains pourraient perdre plus de 2,4 milliards de dollars en exportations de chaînes de valeur manufacturières mondiales en raison du choc causé par les fermetures d'usines dans le G3. Environ les trois quarts de cette perte sont dus à la perturbation temporaire des liens de la chaîne d'approvisionnement avec l'UE, tandis que le quart restant est dû aux fermetures d'usines en Chine et aux États-Unis. En ce qui concerne les chaînes de valeur mondiales, l'Afrique est l'une des régions les moins intégrées, et qui par conséquent sera moins affectée par les perturbations de la chaîne d'approvisionnement provenant du G3.

Les secteurs les plus impactés par les perturbations de la chaîne d'approvisionnement sont les secteurs des machines, des plastiques et du caoutchouc, des produits chimiques et des équipements électroniques

Les perturbations de la chaîne d'approvisionnement touchent principalement les secteurs des machines, des plastiques et du caoutchouc, des produits chimiques et des équipements électroniques. Ces secteurs sont susceptibles d'être les plus grands perdants en termes de valeur, avec des exportations d'intrants manufacturiers en baisse de 44 milliards de dollars, 29 milliards de dollars, 23 milliards de dollars et 23 milliards de dollars respectivement (voir la figure ci-dessous). Si l'on compare l'ampleur de la perte à la taille du secteur, les métaux ferreux, les produits minéraux, les tissus synthétiques et les articles en verre arrivent en tête de liste. Nous estimons que la perte des exportations d'intrants manufacturiers due aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement dépassera 7 % de la valeur totale des exportations de ces secteurs.

Les secteurs dont la production s'étend au-delà des frontières sont les plus touchés par les perturbations de la chaîne d'approvisionnement.

Notes: Les pourcentages sont des parts de la réduction attendue des importations de CVM dans les importations manufacturières totales du G3 (le total se réfère à 2019). La valeur pour l'UE inclut le commerce intra-UE. Les valeurs pour l'Union européenne incluent le Royaume-Uni pour des raisons de cohérence entre les périodes. La perturbation projetée de la chaîne d'approvisionnement est calculée comme la réduction des intrants importés par le G3, en supposant un arrêt de deux mois de toutes les usines du G3, et en tenant compte de l'effet direct seulement (un maillon de la chaîne d'approvisionnement, c'est-à-dire la réduction des exportations dans les pays fournissant des intrants au G3).

Source: Centre du commerce international.

Repenser les chaînes d'approvisionnement

Les conséquences économiques de la fermeture des sites de production vont probablement déclencher une remise en question du fonctionnement des chaînes d'approvisionnement, en mettant l'accent sur la résilience. L'une des stratégies possibles consiste à renforcer les opérations régionales, tout en raccourcissant les chaînes d'approvisionnement et en se rapprochant du consommateur3. Cependant, la résilience ne doit pas nécessairement reposer sur l'autosuffisance, et le renforcement de l'intégration régionale n'est pas un appel à l'anti-mondialisme.

Le retour à la pleine capacité de production nécessite le rétablissement des liens existants, la suppression des barrières temporaires établies pendant la crise et la mise en place d'un système commercial mondial ouvert et prévisible. Les tentatives d'urgences consistant à relocaliser au niveau national ou à délocaliser vers un pays ou une région plus proche peuvent retarder le retour à la pleine capacité de production. En effet, trouver de nouveaux fournisseurs de pièces spécialisées et attendre d'être livré dans un monde où les déplacements sont limités sera long, coûteux et rempli d'incertitude. En outre, se détourner du G3 ne sera pas non plus pleinement efficace, car leur échelle de production est difficile à concurrencer.

La solution à la perturbation actuelle de la chaîne d'approvisionnement et la préparation aux chocs futurs consiste à renforcer la résilience et la solidité des entreprises, et non pas de réduire la taille du système.

¹ World Bank; World Trade Organization. 2019. Global Value Chain Development Report 2019: Technological Innovation, Supply Chain Trade, and Workers in a Globalized World (English). Washington, D.C.: World Bank Group. http://documents.worldbank.org/curated/en/384161555079173489/Global-Value-Chain-Development-Report-2019-Technological-Innovation-Supply-Chain-Trade-and-Workers-in-a-Globalized-World

² Dans cette analyse, nous nous concentrons sur l'exportation d'intrants manufacturiers au sein des chaînes d'approvisionnement, définis comme des intrants traversant deux frontières, ou atteignant au moins trois pays. Nous excluons les biens finaux, les intrants qui entrent dans la fabrication de biens finaux et les intrants qui entrent dans la fabrication de biens vendus sur le marché intérieur. L'exportation mondiale d'intrants manufacturiers au sein des chaînes d'approvisionnement en 2019 s'élevait à 2,2 billions de dollars, ce qui correspond à 12 % de l'ensemble du commerce manufacturier. Pour plus de détails sur la méthodologie ou pour tout autre question, contactez Olga Solleder solleder@intracen.org.

³ See SME Competitiveness Outlook 2017 for further details on regional value chains. ITC. 2017. SME Competitiveness Outlook 2017. The Region: A door to Global Trade. Geneva: ITC http://www.intracen.org/SME-Competitiveness-2017/

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