Algérie: Massacres du 8 mai 1945 à Guelma - Des femmes éventrées et leur chair brûlée

Massacres du 8 mai 1945

Guelma — Chaque année, à l'approche du 8 mai, les habitants de la wilaya de Guelma se remémorent les massacres atroces perpétrés par le colonisateur français en 1945, notamment à l'encontre de dizaines de femmes éventrées et brûlées à l'intérieur de leurs maisons par les milices françaises sans la moindre pitié.

Soixante-quinze ans (75ans) après ces douloureux évènements, alors qu'il devait avoir à l'époque entre 14 et 15 ans, Ahmed Cherif Chouheib, ce natif de 1930 qui habitait avec sa famille dans le douar Bouzitoune près du centre-ville, a confié à l'APS, le souvenir encore vivace de la cruauté et la barbarie du colonisateur français.

Il se souvient encore de l'instant où les Français ont attaqué le douar et exterminé tous ceux qu'ils ont trouvé sur leur passage, n'épargnant personne, ni grand, ni petit, ni homme, ni femme, contraignant sa famille à fuir dans la région de Ain El Sayd avant de se réfugier définitivement dans les montagnes des Houara.

Il avait également mentionné le cas des familles, vivant dans les lieux isolés, sauvagement exécutées, tandis que les avions bombardaient les mechtas et les douars de la région d'Héliopolis et Hammam Ouled Ali.

Un témoignage concordant avec les propos rapportés par la famille Benharoun au sujet de l'exécution abjecte par les Français de plus de 20 femmes de cette famille lors d'une fête familiale dans le douar Boukerkar, situé entre Héliopolis et Boumahra Ahmed, où la joie s'est transformée en drame humain, et dont les détails sont restés ancrés dans la mémoire collective.

Originaire de la même région, Aissa Bouthelja, né en 1931, n'a jamais pu lui aussi se défaire du souvenir de ces tragiques événements, gravés jusqu'à présent dans son esprit depuis l'âge de 14 ans.

Dans ce même contexte, Aissa Bouthelja a évoqué une scène qui ne le quitte plus, à savoir ce moment où l'un des membres de la famille Bouarour allait être exécuté, quand son frère Allaoua l'a sauvé d'une mort certaine en leur demandant : "Prenez-moi à sa place, il a des enfants, mais moi je ne suis pas marié. Ils l'ont alors pris avec eux et l'ont tué à la place de son frère".

-- Nafissa, enceinte, exécutée et le ventre criblé de balles --

L'histoire de Nafissa Kateb, fait partie des plus abominables massacres perpétrés par les milices françaises à cette époque, selon un témoignage précédemment recueilli par l'APS, auprès du moudjahid Saci Benhamla, quelques jours avant sa mort en 2013.

La défunte, enceinte à l'époque de six mois, a vu son mari Mohamed et son fils Brahim, âgé de 12 ans, tués sous ses yeux par les Français sur le petit pont de la commune de Belkheir (2 km à l'Est de la ville de Guelma), avant d'être exécutée à son tour et son ventre criblé de balles, tandis que le reste des membres de la famille ont été brûlés dans un four à chaux à Héliopolis.

Quant à la ferme Benyekhlef, qui se dresse à l'entrée de la commune de Khezara, elle a été le théâtre de l'exécution collective du propriétaire de la ferme et sa famille, soit 20 personnes au total, pour la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées, victimes de la barbarie des gendarmes français et leurs collaborateurs.

De nombreux autres massacres de femmes et d'enfants ont été commis par le colonisateur français durant cette période, mais aussi contre de jeunes militants du mouvement national en quête d'indépendance de l'Algérie, faisant l'objet d'exécution collective par armes à feu ou guillotine, dans l'ancienne caserne du centre-ville de Guelma.

Il s'agit d'un groupe de jeunes ayant participé à la marche, à savoir Belazoug Said et les frères Abdou Ali et Smaine, Bensouilah Abdelkrim et Douaouria Mohamed, en plus de Ouartsi Ammar et Mabrouk, Chorfi Messaoud et Oumerzouk Mohand Ameziane.

Au fil des ans, la plupart des témoins ayant vécu ces massacres sont décédés, mais le souvenir de cette tragédie est encore profondément enfouie dans la mémoire de Abdellah Yelles, 95 ans, l'un des survivants, actuellement malade et affaibli par l'âge.

Reprenant le flambeau pour préserver la mémoire nationale, certains bénévoles ont pris l'initiative de renouveler l'agrément de l'association du 8 mai 1945, dont le siège a été fermé, il y a deux ans, suite au décès de son ancien secrétaire général, Abdelaziz Bara.

Selon Brahim Afifi, actuel secrétaire général de cette même association, "le principal objectif à présent est de protéger et restaurer tous les lieux témoins de la cruauté de ces massacres".

A ce propos, l'association aspire à restaurer en premier lieu le four à chaux appartenant au colon Marcel Lavie, dans la région d'Héliopolis, initialement destiné à brûler des pierres pour les transformer en chaux, avant de faire office de "crématorium humain".

Pour ce faire, l'association du 8 mai 1945 est en voie de réaliser une étude technique approfondie du site visant à le restaurer à l'identique dela structure existante à l'époque coloniale dans le but d'en faire un monument historique.

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