Swaziland: Déjà submergé par le VIH et la tuberculose, le pays à l'épreuve du coronavirus

communiqué de presse

L'Eswatini - anciennement appelé Swaziland - est le pays où le pourcentage de personnes vivant avec le VIH est le plus élevé au monde. Près d'un tiers des adultes sont séropositifs.

Le pays est également gravement touché par la tuberculose. Depuis le 14 mars, date du premier cas de Covid-19, le nombre de patients atteints par le virus n'a cessé d'augmenter.

MSF, présente dans le pays depuis 2007, met tout en oeuvre pour réduire le risque d'exposition des patients, encore plus vulnérables. Interview avec Dr Bernhard Kerschberger, chef de mission MSF en Eswatini.

Les personnes vivant avec le VIH et la tuberculose sont-elles plus à risque face au Covid-19 ?

Notre compréhension du coronavirus est en constante évolution. À l'heure actuelle, nous savons que les personnes présentant une comorbidité, notamment une maladie chronique, et un système immunitaire affaibli, sont plus à risque.

Les personnes vivant avec une forme avancée de VIH, avec de faibles niveaux de CD4 (cellules combattant les infections) et des charges virales élevées, ou qui ne sont pas sous traitement antirétroviral (ARV) sont généralement plus à risque d'infection et donc au coronavirus.

La tuberculose est une maladie qui attaque les poumons, comme le coronavirus. Un patient tuberculeux contractant le coronavirus serait donc plus à même de développer une forme plus grave de la maladie, compte tenu des lésions pulmonaires préexistantes.

Pour toutes ces personnes vulnérables, il est primordial de réduire au maximum le risque d'exposition au virus.

Avec l'arrivée du Covid-19, comment MSF a-t-elle adapté ses modèles de soins aux patients atteints de VIH et/ou de tuberculose ?

Le travail de MSF en Eswatini est basé sur un modèle communautaire pour offrir un meilleur accès aux soins aux patients des zones rurales.

Désormais, pour réduire le risque de contact pour les patients les plus vulnérables et limiter les visites aux centres de santé, nous avons commencé à utiliser une nouvelle technologie appelée Video Observed Therapy (VOT) : les patients qui devaient être supervisés en personne par un membre de la communauté ou un agent de santé au moment de prendre les médicaments, le font désormais en vidéo.

Il s'agit des patients les plus à risque, souffrant de tuberculose multirésistante. MSF a fourni à 40 patients un smartphone équipé d'une application sécurisée avec laquelle ils peuvent envoyer leur vidéo à une infirmière, qui peut ainsi effectuer le suivi du patient.

Nous avons également mis en place une clinique mobile qui rend visite aux patients multirésistants à leur domicile pour effectuer des examens médicaux et leur apporter de la nourriture et des recharges de médicaments.

Lorsque nécessaire, MSF propose désormais des séances de conseil et de soutien aux patients et des consultations médicales avec des médecins par téléphone.

Quels sont les principaux défis liés à la situation actuelle dans le pays ?

L'Eswatini connaît les mêmes défis que les autres pays face au coronavirus : manque d'équipement et de personnels soignants, système de santé affaibli. A cela s'ajoutent des épidémies de VIH et de tuberculose qu'il faut continuer à prendre en charge.

Les autorités sanitaires et les prestataires travaillent à l'estimation des besoins en médicaments afin d'éviter une rupture de stock et éviter les interruptions de traitement qui exposeraient davantage les patients au Covid-19.

MSF continue de fournir des médicaments pour le traitement de la tuberculose multirésistante et d'autres infections opportunistes. Cependant, si les restrictions internationales à la circulation des marchandises restent en place, cela pourrait affecter l'approvisionnement en médicaments de l'étranger.

Une autre inquiétude concerne les impacts indirects du Covid-19, en particulier les conséquences socio-économiques. La plupart des gens ici sont assez pauvres et vivent dans des zones rurales.

C'est l'une des raisons pour lesquelles le taux de tuberculose est si élevé, car il affecte de manière disproportionnée les personnes les plus pauvres contraintes de vivre dans des habitations surpeuplées et mal ventilées.

Certains de nos patients nous expliquent qu'ils n'ont pas assez de nourriture ou qu'ils n'ont pas les moyens de payer l'électricité ou l'eau.

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