Tchad: Rougeole - « Certaines familles ont perdu trois ou quatre enfants des suites de la maladie »

communiqué de presse

Le Tchad est confronté depuis 2018 à une épidémie de rougeole qui touche désormais la quasi-totalité du pays. Les équipes MSF s'inquiètent de voir une concentration des moyens et des actions dans la lutte contre le coronavirus au détriment d'une réponse adéquate face à la rougeole.

Déclarée officiellement en mai 2018, l'épidémie de rougeole touche désormais 118 des 126 districts sanitaires du Tchad.

Au cours des trois premiers mois de 2020, le ministère de la Santé publique a signalé 7412 cas suspects de rougeole, avec un grand nombre de cas enregistrés dans des districts du sud du pays, qui font face à une progression rapide de la maladie.

Une équipe d'intervention d'urgence de MSF s'est rendue dans les régions les plus touchées, notamment à Beboto, en février. Le nombre de cas de rougeole dans le district avait doublé en quelques semaines.

Campagne de vaccination de masse

Dans le district de Beboto, l'équipe a vacciné 25 177 enfants âgés de six mois à neuf ans et en a traité 1 191 dans un état de malnutrition aiguë sévère (sur 10 432 enfants dépistés).

Selon Ngueremi Yary Roger, infirmière, à l'arrivée des équipes MSF, certaines familles ont déclaré avoir perdu trois ou quatre de leurs enfants des suites de la rougeole.

L'équipe MSF à Beboto a également travaillé en étroite collaboration avec les dirigeants communautaires pour sensibiliser à la prévention de la rougeole et les informer du traitement médical gratuit pour les malades dans les établissements de santé soutenus par MSF. L'association a fait don de kits médicaux, de vaccins, de matériel d'assainissement et d'eau.

Du 3 février au 12 avril, MSF a également mené une campagne de vaccination dans la région de Kyabé dans le sud du Tchad, ciblant les enfants de six mois à cinq ans. En raison de nombreux cas de paludisme et de malnutrition, les équipes MSF ont également fourni des soins pédiatriques généraux.

« L'une des spécificités du district de Kyabé est qu'il est situé dans une zone rurale transfrontalière avec une population assez dispersée et des éleveurs nomades, explique Moha Zemrag, coordinateur du projet MSF.

Il a fallu faire beaucoup de recherches pour pouvoir les retrouver, savoir dans quelles zones ils étaient installés, afin de pouvoir vacciner leurs enfants. » Plus de 60 000 enfants ont ainsi été vaccinés à Kyabé par les équipes MSF.

Depuis le début de l'épidémie en 2018, MSF souhaite que 95% des enfants à travers le pays soient vaccinés, afin de parvenir à une « immunité collective », mais le Tchad est loin d'avoir atteint cet objectif.

L'Unicef estime que la couverture vaccinale contre la rougeole dans le pays n'est que de 37% et il n'y a pas eu de campagne nationale de vaccination depuis 2015.

La rougeole reste une priorité

Depuis que le premier cas de coronavirus au Tchad a été confirmé le 19 mars, la majorité des acteurs humanitaires et des bailleurs se concentrent sur les activités de prévention contre le Covid-19.

Une campagne de vaccination contre la rougeole menée par le ministère de la Santé publique et soutenue par l'Unicef et Gavi (l'Alliance globale pour les vaccins et l'immunisation) est prévue pour cette année, mais une propagation du coronavirus pourrait la menacer.

« Le coronavirus est une urgence qui attire toute l'attention du pays et des donateurs, mais la réponse à l'épidémie de rougeole reste notre principale priorité, a déclaré Seidina Ousseini, chef de mission MSF. Nous devons nous concentrer et pousser pour une campagne de vaccination de masse.

Le Tchad est confronté à une crise économique depuis 2015 et le gouvernement n'a tout simplement pas la capacité ou les fonds pour répondre au coronavirus et à la rougeole en même temps.

Il est important de se rappeler que si le financement des bailleurs continue d'être tourné vers les activités Covid-19, nous devons continuer à faire ce que nous pouvons pour aider le Tchad à lutter contre la rougeole. »

La vaccination des enfants à la maison, selon une stratégie de « porte-à-porte », pourrait être envisagée afin de limiter les rassemblements et de garantir que la campagne de vaccination ne contribue pas à la propagation du coronavirus.

Des regroupements de moins de 50 personnes sont possibles, il faudra alors que les files d'attente respectent les mesures d'espacement physique et que tout le monde, patients, membres de la famille et bien sûr agents de santé, puissent recevoir un équipement de protection individuelle.

Pour répondre à ces enjeux, MSF vient de lancer une activité de fabrication de masques en tissu à N'Djamena, mais manque d'équipements de protection individuelle adaptés au personnel de santé, comme c'est le cas presque partout dans le monde. C'est le plus grand défi actuellement, avec celui de parvenir à faire entrer du personnel international dans le pays.

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