Cote d'Ivoire: Allégement des mesures anti-COVID-19 autour du Grand Abidjan - Le risque calculé de ADO

L'heure est à l'allègement tous azimuts des mesures anti-Covid-19 presqu'un peu partout en Afrique de l'Ouest. Au Mali, au Burkina, au Niger, par exemple, les gouvernants l'ont fait non pas parce que le Covid-19 a été vaincu, loin de là.

Mais parce que les populations menaçaient de se répandre dans les rues pour signifier qu'elles n'en pouvaient plus.

La Côte d'Ivoire, qui donnait l'impression d'être un îlot de maintien des mesures drastiques dans cette partie de l'Afrique où les allègements se suivent et se ressemblent, vient de rejoindre les rangs.

En effet, le vent des allègements des mesures anti-Covid-19 a commencé à souffler en Eburnie, le 7 mai dernier.

Ce jour-là, le président Ouattara a décidé de lever, en ce qui concerne l'intérieur du pays, les restrictions imposées pour lutter contre le coronavirus, notamment la réouverture des établissements scolaires, des restaurants, des maquis, des salles de spectacles ainsi que la fin du couvre-feu.

La capitale économique, Abidjan, n'était pas concernée et pour cause. Presque tous les cas de Covid-19 décelés sont enregistrés dans cette ville alors qu'aucun cas d'infection n'a été signalé à l'intérieur du pays. Abidjan doit, à son tour, respirer l'air de l'allègement aujourd'hui 15 mai 2020. Car le couvre-feu a été levé.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les Abidjanais et les Abidjanaises en profiteront pour simplement renouer avec la vie.

En effet, les 5 millions d'habitants de la plus grande métropole d'Afrique de l'Ouest après bien sûr la chaudière Lagos, piaffaient d'impatience de goûter aux délices d'Abidjan dont l'inévitable coupé-décalé ou encore le Zouglou.

Et il ne fait pas de doute que les Ivoiriens, qui ne tarissent jamais d'imagination et de créativité en matière musicale, s'inspireront du Covid-19 pour « enjailler » toute l'Afrique.

Et tout le monde en a véritablement besoin par ces temps où le Covid-19 a réussi l'exploit de tuer la joie de vivre dont seuls les Africains semblent avoir le secret.

Alassane Ouattara n'a pas voulu exposer son régime à une éventuelle émeute de la faim

Mais le retour à la vie du grand Abidjan, et c'est là tout le paradoxe, intervient à un moment où les cas de Covid-19 sont en train d'atteindre des chiffres inquiétants. Les statistiques les plus récentes font, en effet, cas de presque 2 000 infectés. Ce qui fait de la Côte d'Ivoire, l'un des pays les plus atteints de l'Afrique de l'Ouest.

Dès lors, l'on peut se poser la question de savoir pourquoi les autorités ont pris la décision d'alléger les mesures anti-Covid-19 autour du grand Abidjan. On peut prendre le risque de dire qu'elles n'avaient pas le choix.

En effet, l'isolement d'Abidjan de l'intérieur du pays et du reste du monde, a fait beaucoup de mal à la Côte d'Ivoire étant donné que cette ville est le poumon économique du pays. De ce fait, l'on peut se demander ce que vaut la Côte d'Ivoire sans Abidjan. Absolument pas grand-chose, peut-on dire.

Et l'économiste Alassane Ouattara le sait mieux que quiconque. Déjà, les populations, qu'elles soient d'Abidjan ou de l'intérieur du pays, ont commencé à accuser le coup.

Et pour ne pas arranger les choses, les mesures d'accompagnement bruyamment promises aux populations pour atténuer les effets du Covid-19, n'ont pas été à la hauteur des attentes.

Pour parler comme les Ivoiriens, l'éléphant annoncé est arrivé avec un pied cassé. Alassane Ouattara n'a donc pas voulu exposer son régime à une éventuelle émeute de la faim. Et puis, il ne faut pas oublier que 2020 est une année électorale.

Tous ces éléments ont certainement milité pour que ADO aille dans le sens de l'allègement des mesures anti-Covid-19 autour du grand-Abidjan. Mais en même temps, il sait que ce faisant, il expose la Côte d'Ivoire à une propagation à vitesse grand-V du Covid-19.

ADO, peut-on dire, en allégeant les mesures anti-Covid-19, a pris un risque mais celui-ci est calculé.

Avant lui, d'autres présidents africains ont posé le même acte pour permettre à leurs populations de souffler et à leurs pays respectifs de ne pas mourir économiquement voire socialement.

Les enjeux étaient donc très importants si fait que ADO ne pouvait que prendre le train de l'allègement, même si la destination est inconnue.

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