Burkina Faso: Gestes barrières dans les maquis - Une moyenne de 2/10

Les mesures du gouvernement pour barrer la route à la propagation du coronavirus sont-elles en passe d'être foulées aux pieds une fois de plus par certains indélicats? Les dix mesures dont, entre autres, le port du masque obligatoire, la prise de la température, la distanciation sociale... que doivent scrupuleusement observer bars et maquis sont loin d'être une réalité.

Dans plusieurs débits de boissons bordant les deux voies de l'échangeur de l'Est à la place de l'Union africaine, aux abords de la rue Wemba Poko, Somgandé, il n'en était rien le samedi 16 mai 2020.

A Gounghin certains font autant que faire se peut pour les respecter. Dérapages isolés et quelques bons élèves pour le moment. Sur dix recommandations, seulement une ou deux sont respectées.

Installé sur une pouf, qui le supporte à peine, il ingurgitat presque d'un trait sa première bière avant d'en réclamer une deuxième à siroter.

« Cette histoire de maladie est vraiment floue. Je ne connais même pas une seule personne qui souffre de ça », avait soufflé ce client du Compressor à l'oreille de la serveuse qui s'était accoudée sur ses cuisses. Y avait-il meilleure manière de bluffer ?

Tels des assoiffés, les buveurs de bière se sont rués dans les bars, maquis et paillotes dès que le soleil a commencé à s'incliner peu à peu le samedi. Après une cinquantaine de jours, on est autorisé à lever le coude dans ces espaces.

Aux seules conditions de : porter le masque, se faire prendre la température, se désinfecter les mains, réduire le nombre de clients pour respecter la distanciation sociale d'un mètre, etc. Mais pour le peu qu'on a vu, « godés » et gestes barrières ne font pas encore bon ménage par endroits dans la capitale.

De la dizaine de maquis et bars qui bordent le boulevard des Tensoba, échangeur de l'Est au rond-point de l'Union Africaine, grands et petits tenanciers foulent les dix commandements du Ministère du commerce aux pieds.

Au Compressor, à la Légende, à l'Espace Guimbi... par exemple, pas besoin de se faire prendre la température avant d'y accéder

Il en est de même dans d'autres maquis sur la RN 3 et dans cet espace logé au flanc de la maison de la Femme. Ici, seuls deux lave-mains font la différence, mais on n'est pas obligé d'y passer avant d'aller se faire une place sous les nombreux arbustes.

Il n'est question ni de distanciation sociale, ni de port de masque encore moins de prise de la température. Ceux qui ont daigné porter le masque, clients comme serveuses, finissent par le baisser sous le menton.

Les clients, qui dépassent de loin la centaine depuis que nous avons pris place sous un grand parapluie peu après midi, dégraissent et augmentent avec l'affluence. N'eût été les lave-mains, on aurait dit que l'on vit et boit comme s'il n'y avait rien...

La longue période de fermeture fut aussi bénéfique à quelques maquis qui en ont profité pour se rénover. Sport bar et Somkieta se sont fait une peau neuve. Coups de pinceau, de balai, le nettoyage fut général.

Parés comme des époux qui attendent leurs fiancées, ils s'apprêtaient à accueillir leurs clients à la faveur de la reprise de leurs activités.

La réouverture des maquis et bars est bien accueillie par les tenanciers. Si à l'Est de la capitale certains traînent à observer les commandements du département du ministre Harouna Kaboré, à l'Ouest on fait mieux.

Mais le samedi à 10 heures, c'était encore la disette à Somkièta. L'affluence n'est pas celle des grands jours espérée surtout pour un week-end.

Dans la soirée, c'était encore mieux. En début de soirée, précisément vers 18 heures, quelques clients se placent à l'intérieur de Somkièta situé au quartier Gounghin sur la RN1. Certains préfèrent s'installer sur la terrasse pour prendre l'air.

Somkièta fait la différence. On n'y lésine pas avec les exigences du ministère du Commerce. Pour avoir accès au maquis, il faut obligatoirement se faire prendre la température, porter un masque et se laver les mains « C'est pour se protéger et protéger les autres », nous dit le portier.

Malgré ce dispositif rassurant, les clients de Somkièta se font encore désirer. « Pour le moment il n'y pas d'affluence. Les clients ont peur de la maladie. Ils évitent les maquis et préfèrent prendre leur distance », a indiqué Ibrahim Ouédraogo, le responsable des lieux.

Même s'il s'échine à respecter les gestes barrières, comme il est de son devoir de le faire, la distanciation d'un mètre est difficile à faire respecter. « Le hic est que ce sont les clients qui se rapprochent pour discuter »' a-t-il dit. Mais cela ne les empêche pas de leur faire une piqure de rappel par moments.

Tout compte fait, il assure à ses clients que les verres sont des verres jetables qui seront utilisés pour un usage unique, et que le personnel respectera scrupuleusement les gestes barrières.

A l'intérieur du bar, c'est une poignée de clients menaçants que nous n'avions rencontrés nulle part que nous trouvons.

Une fois la porte franchie, juste deux tables occupées, deux personnes sur la première et sept autres sur la deuxième, portant des cache-nez baissés jusqu'au menton à qui nous nous adressons.

« On ne veut pas parler, nous sommes venus juste pour boire et rentrer chez nous », nous crache l'un des sept clients. Et un autre de renchérir que « les journalistes sont comme ça. Ils veulent nous créer des problèmes ».

Nous n'avons pas eu besoin d'attendre qu'ils se plaignent plus pour leur tourner les talons. Les deux occupants de l'autre table, eux, fixent des conditions : pas de photographie, et il faut les laisser se débarrasser des bouteilles de bière de leur table d'abord. Mais eux aussi finissent par décliner.

Autres lieux toujours dans les environs de Gounghin, même affluence : A Sport bar « la légende », on procède autrement, par l'affichage « Veuillez vous désinfecter les mains avant d'entrer ».

Les clients ont tout sur les gestes barrières par des images. « Pour l'instant, ça roule doucement, et on espère revoir nos clients » a dit Balibié Bado, le responsable. Il est l'un des tenanciers que l'interdiction de danser va le plus affecter.

D'un point à un autre le constat est presqu'invariable. Même au maquis restau 203 chez Madame Isabelle Tapsoba, situé à cheval entre le marché du 10yaar et Baskuy.

Assise à côté de son lave-mains, serviettes jetables à portée de main et avec l'air de s'amuser, elle veille à ce que les clients se lavent les mains.

« Je veille personnellement au grain pour le strict respect des gestes barrières contre la covid 19 parce que, avec les clients, il faut user de tact pour que certains clients ne se fâchent pas », a-t-elle expliqué. Elle soutient que pour un premier jour, elle ne se plaint pas parce qu'elle a vendu quelques bouteilles.

Tout comme elle, les tenanciers déplorent le couvre-feu qui les oblige à fermer à 20 heures 30. « Que le gouvernement songe à lever le couvre-feu, car c'est l'heure à laquelle nos activités commencent », a indiqué Ibrahim Ouédraogo.

Plus de: L'Observateur Paalga

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