Afrique de l'Ouest: Répondre à la pandémie pendant les crises multidimensionnelles au Sahel - « Stop au virus, pas aux gens. »

La mobilité dans la région africaine aride du Sahel est une tradition de longue date et est considérée comme une stratégie de subsistance et d'adaptation essentielle pour des millions de personnes dans l'un des environnements les plus hostiles du monde.

Aujourd'hui, tandis que les gouvernements imposent d'importantes restrictions de mouvement pour contenir la propagation du coronavirus (COVID-19) - notamment en interrompant le commerce frontalier et les activités « non essentielles » - de lourdes conséquences socio-économiques pour les ménages ont commencé à se faire sentir.

« Je suis bloqué ici depuis des semaines, et je ne peux pas envoyer d'argent à mes parents et à ma femme parce que je dois utiliser cet argent pour me nourrir et me loger », explique Malick, un commerçant sénégalais autrefois habitué à se rendre chaque semaine en Mauritanie pour le commerce.

Coincé depuis mars au poste-frontière de Sélibabi, en Mauritanie, il ajoute : « maintenant, je ne peux plus subvenir aux besoins de ma famille au Sénégal, car je suis sans emploi. »

Pour cet homme, et des milliers d'autres, cette semaine (14 mai), l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) s'est jointe à plusieurs agences des Nations Unies et ONG d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale pour tirer la sonnette d'alarme face à la détérioration rapide de la situation au Sahel en pleine crise de COVID-19, une situation qui atteint désormais des niveaux de besoins humanitaires sans précédent dans toute la région.

Le DAES estime qu'il y a actuellement 9,5 millions de migrants d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale dans la région, dont plus de 100 000 sont considérés comme des migrants de retour. Le Centre international pour le commerce et le développement durable estime que le commerce transfrontalier à travers le Sahel représente aujourd'hui près de 12 pour cent du volume total des échanges commerciaux de la région.

Par conséquent, la mobilité dans la région est cruciale pour les moyens de subsistance dans plusieurs nations, sur lesquelles la pandémie a déjà un impact dévastateur.

« De nombreux commerçants transfrontaliers appellent pour demander quand la frontière sera rouverte. Nous essayons d'expliquer pourquoi la frontière doit rester fermée pour l'instant afin de freiner la COVID-19, mais nous savons que c'est difficile pour eux », a déclaré Malick Singhateh, officier de santé publique au poste-frontière de Sabi, en Gambie.

La fermeture a également entraîné une augmentation spectaculaire des prix des biens et des denrées alimentaires pour des millions de familles. Les éleveurs et leurs familles - qui, selon les démographes, représentent environ 20 pour cent de la population de la région - ont également été contraints de mettre fin à leur migration saisonnière en raison de la fermeture des frontières.

Les mesures préventives qui entravent le transit à la fois des personnes et des marchandises ont laissé plus de 20 000 migrants bloqués aux frontières, et près de 2 000 autres en attente dans les centres de transit.

Ces dernières perturbations s'ajoutent aux quelque 5,1 millions de déplacés internes, contraints de se déplacer en raison d'un conflit ou d'une catastrophe naturelle (voir tableau ci-dessous). Ces personnes déplacées vivent souvent dans des conditions de surpeuplement et sont confrontés à des vulnérabilités et des risques importants alors qu'ils ont du mal à satisfaire leurs besoins fondamentaux.

Facteur aggravant, les migrants et les personnes déplacées ont généralement un accès limité aux systèmes de soins de santé publique et ne peuvent pas être testés ou traités pour la COVID-19, ce qui peut avoir les pires conséquences pour les populations d'accueil.

« La non-prise en compte des migrants et des populations déplacées dans la réponse à la COVID-19 revient à ne pas répondre à la crise », a expliqué Sophie Nonnenmacher, Directrice régionale par intérim de l'OIM pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale. « Personne ne sera hors de danger tant que tout le monde ne sera pas en sécurité. »

« Les migrants et les communautés déplacées doivent être considérés comme faisant partie intégrante de toute réponse efficace de santé publique », a déclaré Mme Nonnenmacher, qui a ajouté : « les fermetures de frontières ne sont pas viables à moyen et long terme. L'OIM est prête à aider les pays à rouvrir les postes-frontières en toute sécurité et en temps voulu. »

L'OIM travaille avec les gouvernements de la région pour répondre aux besoins en matière d'eau et d'assainissement et d'isolement sûr dans les camps, et pour renforcer les mesures aux points d'entrée afin de garantir leur réouverture en toute sécurité. L'OIM travaille également avec les gouvernements pour lancer des programmes de retour humanitaire volontaire à destination des migrants vulnérables, qui constituent désormais la seule option légale pour rentrer chez eux.

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