Sénégal: Makou Niasse (Dial Diop) - «Ce qui s'est passé en 1990 m'a dégoûté du football»

Ils ont en commun d'avoir été des footballeurs de grand talent et de n'avoir jamais disputé une phase finale de Coupe d'Afrique des Nations (Can).

Pour une raison ou pour une autre. Nous vous proposons d'aller à la rencontre de cette belle brochette de joueurs qui auraient certainement fait bonne figure dans cette compétition si courue. Aujourd'hui, Makou Niasse.

S'il n'a jamais disputé de phase finale de Can de football, Makou Niasse, l'ancien milieu de terrain super-actif du Dial Diop Sc de Dakar soutient que ce n'est pas faute d'avoir fait tout ce qu'il pouvait. Surtout pour la Can 1990 en Algérie.

Il était de ces nombreux joueurs, locaux comme expatriés, qui avaient la charge d'aider le Sénégal à se remettre de son traumatisme d'après « Caire 86 ». Les « Lions » avaient effectué leur retour au banquet biennal du football africain après 18 ans d'absence.

Une brillante qualification aux dépens du Zimbabwe, un extraordinaire élan national de mobilisation populaire et de fonds à la campagne, un espoir fou de voir l'équipe jouer les grands rôles et à l'arrivée une élimination dès le premier tour que certains considèrent aujourd'hui encore comme un gâchis.

Qu'importe ! La balle continuait à rouler et il fallait redresser la tête. Mawade Wade appelé aux commandes techniques lança un certain nombre de jeunes, dont justement Makou Niasse, teigneux milieu défensif qui promenait ses dreadlocks sur tous les recoins du terrain.

« Mawade m'avait gonflé à bloc en me faisant comprendre qu'il ne tenait qu'à moi pour devenir un grand joueur », raconte-t-il.

En voilà une confirmation, si besoin était ; puisque dans son club, le Dial Diop de Dakar, son coach Khafissou Diallo alias « Khaf » lui avait déjà tenu le même langage. « Khaf, c'était un meneur d'hommes. Il m'a beaucoup aidé dans ma carrière et a toujours cru en mes possibilités ».

Suffisant pour surmotiver cet infatigable joueur qui semblait doté de trois poumons. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il avait été avec Cheikh Seck, le portier d'alors du Jaraaf, l'un des rares joueurs locaux à avoir disputé la double confrontation Sénégal - Zaïre de 1987, déterminante pour la qualification à la Can de l'année suivante au Maroc.

« J'avais été irréprochable sur l'ensemble des deux matches, à Dakar comme à Kinshasa », précise-t-il. Et d'ajouter, « même au retour, on avait la possibilité de gagner car on s'était créé beaucoup d'occasions ».

Finalement, c'est aux tirs au but que le Sénégal avait raté la qualification après deux nuls vierges, Jules Bocandé ayant raté son essai lors de ce match encore célèbre pour son altercation avec l'arbitre gabonais Jean-Fidèle Diramba.

Ce n'était que partie remise, s'était dit Makou Niasse. Une autre occasion se présenterait sûrement à lui. Il crut que c'était arrivé lorsque, passé entre-temps au club d'Hasselt en D2 belge, il avait été appelé (comme presque toujours depuis qu'il avait débarqué dans la Tanière) pour la double confrontation Sénégal - Tunisie qualificative à la Can Algérie 1990. « J'ai disputé l'intégralité des deux matches.

Comme milieu de terrain à l'aller avec Oumar Guèye Séne et Lamine Ndiaye, auteur du 3ème but après les 2 premiers inscrits par Jules Bocandé et comme latéral droit lors de la victoire, au retour à Tunis, sur un but de Youm », rappelle-t-il. La qualification acquise, Makou Niasse s'en était tranquillement retourné à son club, dans l'attente de la liste pour la phase finale.

Et, oh surprise ! « voilà que, subitement, on juge que je n'étais pas assez compétitif puisqu'évoluant en D2 belge », regrette-t-il. « Après avoir fait toute la campagne en étant sociétaire de Hasselt, joué un nombre incalculable de matches, j'étais rejeté. J'avais du mal à comprendre.

Ma famille aussi. Cela m'avait complètement dégoûté du football », tonne-t-il. Aujourd'hui, Makou Niasse qui avait disputé les Tournois Cabral notamment de Bamako (1989), les Jeux africains de Nairobi (1987) et même porté le brassard de capitaine de l'équipe nationale, sous Mawade Wade, lors d'un match de gala au stade L.S. Senghor face aux Girondins de Bordeaux des Jean Tigana, constate amèrement « ce trou » fait dans sa carrière. « Une phase finale de Can manquera toujours à mon palmarès.

Et Dieu sait pourtant si je méritais d'y être en 1990 ». S'il refuse de ressasser cet épisode de sa vie, Makou Niasse installé en Belgique depuis la fin de sa carrière de footballeur, a la claire conscience d'avoir toujours fait au mieux ce qu'il avait à faire sous le maillot national.

Adepte du « dem ba jeex » avant l'heure, fighting-spirit et motivation toujours en bandoulière, Makou soutient « ne rien regretter », même si une participation à une Can aurait rendu justice à son total engagement.

Plus de: Le Soleil

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