Afrique: Déconfinement sur le continent - Allons seulement !

L'Afrique du Sud a-t-elle déconfiné plus tôt qu'il ne le fallait ? C'est la question que l'on ne peut manquer de se poser après l'annonce dimanche 17 mai de 1 160 nouveaux cas de covid 19, soit le bilan quotidien le plus élevé à ce jour depuis le 1er cas survenu en mars.

On pourrait y voir en effet, l'effet boomerang de la levée du confinement annoncé le 27 mars par le président Cyril Ramaphosa, d'abord pour trois semaines, puis prorogé d'une quinzaine de jours supplémentaires. Une mesure parmi les plus strictes au monde selon les spécialistes et pour le respect de laquelle quelque 3 000 militaires ont été mobilisés à travers le pays.

Il faut dire qu'ici plus qu'ailleurs, l'on redoutait l'explosion de la bombe virale car les comorbidités liées au Sida et à la tuberculose compliquent un peu plus la riposte sanitaire : environ 7,5 millions de Sud-Africains sont atteints du VIH et 300 mille autres sont tuberculeux, d'où l'impérieuse nécessité qui était apparue de sortir l'artillerie lourde pour stopper la propagation du coronavirus.

Ajoutez-y la promiscuité déjà étouffante en temps normal avec un cinquième de la population vivant dans les bidonvilles où les gens s'entassent parfois à cinq dans une seule piaule et le cocktail détonnant est réuni.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la nouvelle flambée est apparue dans la province du Cap oriental qui abrite un nombre impressionnant de townships.

La politique de fermeté du président Ramaphosa aura permis dans un premier temps de freiner l'avancée de la maladie, mais voilà que ça semble répartir en vrille.

En réalité, l'urgence sanitaire ne faisait plus véritablement le poids face à une autre urgence, socio-économique celle-là, avec les activités à l'arrêt et 20% de la population qui survit grâce au secteur informel pour lequel la situation devenait de plus en plus intenable.

C'est même au pays de Mandela qu'on a enregistré les premiers cas d'émeutes de la covid 19 avec notamment des affrontements avec les forces de l'ordre, des pillages de magasins et de camions de transport de vivres, des détournements de colis destinés aux plus démunis.

Et c'est ce qui explique sans doute qu'après 35 jours de confinement spartiate, le retour à la normale ait été amorcé avec les conséquences médicales qu'on peut légitimement redouter.

C'est la même logique qui prévaut dans bien d'autres pays qu'ils aient confiné totalement ou partiellement leurs populations, qu'ils se soient contentés de simples quarantaines ou de la fermeture de lieux publics comme les marchés, les écoles.

Que ce soit au Burkina, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Nigeria ou dans d'autres parties du globe, c'est le même dilemme qui s'est posé à tous les dirigeants : sauver l'économie ou combattre la maladie.

Mais ceux qui nous gouvernement peuvent-ils seulement protéger leurs compatriotes malgré eux ?

En effet quand dans certains pays, on ne doute pas tout simplement de l'existence de la pandémie, on préfère prendre le risque d'une hypothétique contamination au lieu d'attendre une mort programmée à cause de la faim.

Comme on le dirait de façon triviale dans les rues d'Abidjan ou de Ouaga, « allons seulement ! ». Mais espérons qu'on n'aura pas dans peu de temps à regretter nos choix, vu que certains spécialistes ou prévisions apocalyptiques prévoient le pic de la maladie dans trois ou quatre mois en Afrique du Sud où le coronavirus a déjà contaminé plus de 15 500 personnes et fait 263 morts.

A La Une: Burkina Faso

Plus de: L'Observateur Paalga

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