Burkina Faso: Port obligatoire du masque - Des Ouagalais toujours piqués par le virus de l'insouciance

L'heure est toujours au non respect de la mesure. A Ouagadougou, elles sont encore nombreuses les personnes qui n'ont pas encore intégré l'habitude de porter le masque ou le cache-nez, devenu obligatoire depuis le 27 avril.

Attitude à risque qui a amené le gouvernement à décider du contrôle du port obligatoire de cet outil de protection faciale.

Après le contrôle manqué du 11 mai, des Forces de défense et de sécurité sont déployées sur le terrain une semaine plus tard. Mais il s'agit plutôt d'une opération de sensibilisation que de répression.

Cette fois, c'est la bonne. Les Forces de défense et de sécurité sont déployées un peu partout à travers les lieux stratégiques de la ville : ronds-points, feux tricolores, carrefours.

Ils veillent à ce que l'outil de protection faciale soit porté comme l'exigent les autorités. Le contrôle est davantage pédagogique que répressif. A 8 heures ce 18 mai, sur l'avenue Charles-de-Gaulle.

Au niveau du feu tricolore du rond-point du Coq plus précisément, des policiers sont en poste. Un motocycliste s'immobilise à la hauteur du feu de signalisation passé du vert au rouge. Il a le nez découvert.

L'élément en faction interpelle l'usager avec courtoisie sur le fait qu'il foule aux pieds la mesure gouvernementale.

Après une petite séance de sensibilisation, le routier qui dit avoir oublié son cache-nez à la maison a promis d'en acheter chez le premier vendeur trouvé.

A l'image de ce monsieur, ils sont encore nombreux les Ouagavillois qui rechignent à enfiler cet outil de protection qui sert à éviter de contracter le virus mais aussi à protéger les autres si on est soi-même malade.

Entre les avenues Babanguida et Charles de Gaulle, nous rencontrons Sayouba Kaboré à proximité de la voie publique. Il n'a pas enfilé de cache-nez. « Je ne savais pas que le port du cache-nez était devenu obligatoire. J'ignore aussi que cela fait actuellement l'objet d'un contrôle», explique-t-il.

S'il ne l'a pas porté, ce n'est pas faute d'en avoir. Il n'a pas jugé nécessaire de porter le morceau de tissu protecteur car en sortant de chez lui il n'envisageait pas parcourir une longue distance.

« Mon cache-nez est à la maison. Comme je ne compte pas aller loin, je n'ai pas voulu sortir avec », se justifie-t-il.

De son avis, les populations seront plus respectueuses de la mesure si le gouvernement fait des dotations à tout le monde, car « il y a des gens qui peinent à s'offrir un seul repas par jour.

Il est difficile pour eux de s'acheter un cache-nez. Si l'Etat en fait don, le port obligatoire du masque passera mieux car personne n'aura de prétexte pour ne pas respecter la mesure ».

A quelques pas de Nabi Yaar, non loin de l'hôpital Saint Camille de Ouagadougou, nous abordons Djibrihina Compaoré, un monsieur qui n'a pas porté de masque.

Pire, sur cette pandémie qui a fait 51 décès au Burkina à la date du 16 mai, il tient un discours à vous faire tomber à la renverse puisqu'il nie l'existence de la maladie.

Face à notre avis contraire, il finit par abandonner son idée de départ. Désormais, il pense que les équipes de contrôle du respect du port du masque devraient plutôt s'atteler à la distribution gratuite des bavettes au lieu de s'attarder sur la sensibilisation. D'ailleurs, notre incrédule Djibrihina dit ne pas supporter le cache-nez car ça l'étouffe.

A côté de mauvais élèves, il y a ceux qui ne se font pas prier pour respecter la mesure gouvernementale. Armand Sow en fait partie. Rencontré aux abords d'une route, il dit avoir pris l'habitude d'enfiler l'outil de protection depuis que le virus a pointé son méchant nez sur le territoire national.

« Depuis l'apparition de la maladie, j'ai pris l'habitude de porter un masque de protection. Je n'ai pas eu besoin d'attendre qu'on rende cela obligatoire avant de m'y conformer.

Nous devons avoir le reflexe de nous protéger. Cela participe de notre propre bien-être et de celui des autres », a confié le juriste de formation sur un ton interpellateur.

Le contrôle du port obligatoire du masque est en vigueur depuis hier lundi, c'est la sensibilisation qui prévaut. Dans le quartier Wemtenga de Ouagadougou, des FDS postées sur une artère très fréquentée nous informent que le contrôle commence à 6 heures et prend fin à 10 heures.

Et cela durerait deux jours : lundi et mardi. Ces éléments très affables, cache-nez de couleur kaki barrés sur les visages, ont, disent-ils, reçu de la hiérarchie la mission de seulement sensibiliser les récalcitrants.

« Nous sensibilisons ceux qui n'en portent pas. Nous leur rappelons l'importance du respect de la mesure. Nous ne réprimons pas », glisse l'un des policiers.

Leur présence sur les lieux porte ses fruits, selon notre interlocuteur : «Quand nous sommes arrivés à 6 heures, je peux dire que 50% des usagers n'enfilaient pas de masques ou de cache-nez.

Mais quand les gens nous ont remarqués, ils ont dû signaler notre présence à leurs proches. Avec ces alertes, les personnes qui sortent masquées sont plus nombreuses, près de 80%».

Le constat des hommes de terrain, est que ceux qui sont en infraction avancent le fait de ressentir un malaise lorsqu'ils en portent, d'autres brandissent l'argument de l'oubli. Pour d'autres, c'est plutôt un cache-menton.

Sécurité s'est exprimé sur la question d'éventuelles sanctions contre les citoyens réfractaires à porter le masque. « Le souhait est qu'il n'y ait pas de sanctions. Je suis sûr qu'aucun Burkinabè ne veut transmettre le coronavirus à un voisin, un frère. Dans toute interdiction il y a des sanctions prévues, mais j'espère que nous n'en arriverons pas à là », a déclaré Ousséni Compaoré, invitant les Burkinabè au sens de responsabilité.

Plus de: L'Observateur Paalga

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