Cameroun: Aloa Javis - Un patriarche du bikutsi s'en est allé

L'auteur de la chanson culte « Subugu mu » est décédé le 12 mai dernier à l'âge de 71 ans à Yaoundé, des suites d'une longue maladie.

Le comité des sages de la musique camerounaise est en deuil. Il a perdu, le 12 mai dernier, son vice-président, Aloa Javis. L'artiste, parmi les premiers promoteurs du rythme bikutsi, est décédé à quelques jours de son 71e anniversaire, emporté par une longue maladie. Hier à son domicile au quartier Ayene à Yaoundé, sa veuve recevait encore du monde. Des amis, des voisins, et de jeunes admirateurs, venus dire leurs hommages. « Il a été malade pendant plus de deux ans. On ne savait pas ce qu'il avait. C'est l'an dernier qu'un cancer de la prostate a été diagnostiqué, mais il était déjà trop tard », raconte Mama Josepha, son épouse, en visionnant sur son téléphone la dernière apparition télé d'Aloa Javis.

« C'était en 2018, à Tam-Tam Week-End, sur la Crtv », se souvient-elle. Ce jour-là, sur le podium de l'émission présentée par Master Ivo, Papa Aloa comme l'appelaient affectueusement ses proches, a interprété « Subugu mu », ce titre-culte qui pendant près de 50 ans va remettre sans cesse le chanteur au goût du jour. Aloa Javis était très respecté par ses pairs et les héritiers du bikutsi. En 2017 avec Betti Joseph, il était parrain de la 19e édition du Festi-Bikutsi. Né Etoundi Aloa Mengue Josaphat, un 17 mai 1949 à Nkondougou dans la Mefou-et-Akono, région du Centre, Aloa Javis descend d'une lignée de férus de musique. Sa mère, Rose Mbazoa, chante comme un rossignol, alors que son père, Germain Etoundi, titille le balafon. Mais finalement, c'est son oncle Mengue, joueur expérimenté de Banjo qui va réveiller en lui l'appel des décibels. Son enfance se déroule entre cet environnement artistique et ses cours à l'Ecole de Nkondougou VI, puis l'Ecole principale d'Obala où il obtient son CEPE. Vient l'adolescence et ses envies de liberté. Aloa décide de tracer la route pour la capitale, où il dépose ses valises chez son aîné, Nicolas Essi, mécanicien-tôlier.

Pas question de plonger les mains dans le cambouis. Il se met à la boxe contre toute attente, en poursuivant en parallèle son apprentissage de la guitare basse. Sa route croise celle d'Ela Engelbert dit « Nablon », dans l'Orchestre Cher ami de la capitale. Cette rencontre lui sera salutaire, car c'est sous les ailes de Nablon et d'Archangelo de Moneko que le jeune Aloa apprend à décrypter la musique. Il devient Javis, sobriquet qu'il tire d'une combinaison entre son prénom Josaphat, son nom Aloa et la dernière syllabe d'Elvis (comme Elvis Presley), dont il est un inconditionnel. En 1970, Aloa Javis crée sa propre troupe, « Les idoles », dans laquelle il intègre des noms comme Sala Bekono, Assamba Jean Paul ou Simon Akoulou. Il se mue en chef d'orchestre, mais continue de donner de la voix. Un an plus tard, en 1971, son groupe sort un 45 tours produit par Sonodisc à Radio Cameroun, avec les titres « Subugu mu » et « Minal mi ». Le succès frappe à sa porte.

L'artiste et ses musiciens engagent une tournée nationale, qui les mène entre autres dans les villes de Batouri, Maroua, Belabo, Mora. Ils iront même chauffer la scène du côté de Maidougouri au Nigeria, et sous d'autres cieux. Javis et les Idoles dévoileront en 1977 un autre opus, avec des chansons comme « Mezik me koba ». Ils vont toucher au makossa, à l'asiko et au soukous. Après 19 ans à Nanga-Eboko, ville devenue son quartier général (c'est là que son chemin trouve pour la première fois celui de Betti Joseph dit « Bejos »), il veut changer d'air, et se rend à Mbalmayo, puis fait son retour à Yaoundé. Il s'installe dans un bar voisin du mythique « Eldorado » de Mvog-Ada, où il fait des prestations d'abord avec l'aide d'un certain André Edou, qui lui prêtera des instruments, puis avec ses propres moyens. Sa carrière est riche de collaborations au service de nombreux artistes. Sa discographie a imposé sa marque sur le rythme bikutsi dans les années 70. Elle restera indélébile.

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