Congo-Kinshasa: Elena Schiatti - «Mon plus grand bonheur c'est de voir le sourire apaisé d'une survivante de violences sexuelles lorsque la justice lui est rendue»

communiqué de presse

La région du Kasaï, en République Démocratique du Congo, a connu une grave crise sécuritaire entre 2017 et 2018, à la suite de la rébellion provoquée par la milice Kamwina Nsapu contre les forces de sécurité de l'État dans les provinces du Kasaï. Cette crise s'est soldée par de nombreux dégâts humains, y compris de graves violations des droits de l'homme. Les femmes ont particulièrement payé un lourd tribut car nombreuses sont devenues veuves, d'autres affectées par des violences sexuelles commises par les différents belligérants.

Pour permettre aux femmes victimes de violences sexuelles en temps de guerre de se reconstruire, la MONUSCO participe aux différents efforts destinés à obtenir justice et réparation au bénéfice des victimes. C'est ainsi que la Mission a déployé une Conseillère Genre au sein du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme (BCNUDH) dans la région du Kasaï.

Depuis le 15 Février 2019, Elena Schiatti, Volontaire des Nations Unies et spécialiste des droits de l'homme, joure ce rôle ; elle aide les femmes victimes des violences sexuelles en période de conflit à obtenir justice.

Originaire de l'Italie, cette jeune dame apparemment frêle est très coriace quand il s'agit de défendre les droits des femmes et surtout des victimes de violences sexuelles en temps de guerre. Et pour cause, elle a été elle-même une victime de violences liées au genre.

«Je sais ce qu'est la violence à l'egard des femmes, puisque c'est quelque chose que j'ai vécue dans une relation amoureuse. Mon copain a été violent envers moi et ça été le début de la rage. A l'analyse, j'ai compris que ce n'est pas quelque chose de seulement individuel mais c'est surtout structurel et dans le monde entier... », dit-elle.

En plus de cette expérience personnelle, Elena a travaillé, avant de rejoindre la MONUSCO, comme stagiaire sur les droits des femmes.

« En Europe j'ai vécu la discrimination des femmes. On y voit même des femmes tuées par leurs maris. Cela m'a poussé à m'engager dans cette bataille pour un futur qui soit plus égal pour les femmes et les hommes ».

Cette motivation pour un monde égalitaire vient aussi de ce qu'Elena a vécu en Bosnie. « C'était ma première expérience à l'ONU et là, j'ai touché avec mes mains, la souffrance et le traumatisme que les femmes ont subies pendant la guerre en Bosnie et c'étaient surtout des cas de violences sexuelles. En fait, la violence sexuelle a été utilisée ici avec des visées ethniques de destruction. J'ai donc voulu continuer sur ce chemin après la Bosnie. »

C'est avec beaucoup d'assurance que Schiatti aborde cette question avec le réseau des partenaires qu'elle a dû établir dès sa nomination en tant que Conseillère Genre à Kananga.

Ce qui me motive le plus, et qui représente mon plus grand bonheur dans ce travail, c'est de voir le sourire apaisé d'une survivante de violences sexuelles lorsque la justice lui est enfin rendue.

« C'était un peu difficile au début » avoue-t-elle. Pour elle, « le premier défi, c'est l'accès à ces femmes », les routes ne sont pas praticables pour la plupart « mais surtout les victimes n'ont pas souvent les moyens de se déplacer pour faire leur déposition ».

Le second défi que note Schiatti, « c'est lorsque je vois que des femmes victimes ne peuvent pas obtenir la justice parce que le dossier n'avance pas au niveau de l'Auditorat militaire ».

En effet, des défauts de comparution de certains accusés à cause de leur rang social ou pour tout autre raison font que des situations restent pendantes. « Cela m'attriste énormément. Mais face à ce genre de situation, je ne sais rien faire d'autre qu'attendre ».

La patience, Elena Schiatti reconnait qu'il en faut beaucoup dans le travail qu'elle exerce. « Constituer un dossier pour ces victimes qui souvent ne parlent pas le français, n'est pas toujours facile en plus de pouvoir aider ces victimes à briser le silence à cause du regard et parfois le rejet que la société peut occasionner ».

A son actif, Elena Schiatti a traité une trentaine de dossiers judiciaires pour permettre aux victimes des violences sexuelles d'obtenir justice devant les tribunaux. Elle a collaboré de près avec les magistrats militaires pour faciliter le déroulement des interrogatoires dans le cadre de l'affaire Kamuina Nsapu.

Le Père Jeannot, Abbé du Camp Bobozo des FARDC à Kananga, témoigne : « Schiatti est très engagée pour les cas de violences faites aux femmes. En tant qu'Aumonier militaire et bien que la plupart des cas qu'elle gérait concernaient les FARDC, elle venait prier avec moi et les militaires ici ».

C'est ce que confirme sœur Adolphine du Centre d'accueil Marie Mère de l'Espérance. « Elena a été exceptionnelle à mes côtés dans la prise en charge des cas de victimes de violences sexuelles commises par les militaires. Je retiens d'Elana, une dame forte, véridique qui voulait donner le meilleur d'elle-même et qui est ouverte. Elle nous a beaucoup aidés dans la prise en charge des survivantes de violences sexuelles ».

Après une année passée dans la région du Kasaï, Elena Schiatti se prépare à sa nouvelle affectation dans le Sud-Kivu où les cas de violences faites aux femmes en tant de guerre sont innombrables. Pour elle, « c'est certes un nouveau défi qui m'attend ! mais ce qui me motive le plus, et qui représente mon plus grand bonheur dans ce travail, c'est de voir le sourire apaisé d'une survivante de violences sexuelles lorsque la justice lui est enfin rendue ».

*|Le 29 mai marque la célébration de la Journée Internationale des Casques bleus des Nations Unies. C'est une occasion de rendre hommage au personnel civil et militaire déployé dans les missions de paix des Nations Unies à travers le monde. Le thème de cette année est : « Les femmes dans le maintien de la paix : une clé pour la paix ». La MONUSCO vous propose de découvrir, à travers une série de portraits, les contributions inestimables des Femmes Casques bleus au service de la paix en République Démocratique du Congo.|

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