Afrique: L'OMS s'affole - A tort ou à raison ?

analyse

L'étape à venir pour le Maroc sera faite de dépistage massif

La crise sanitaire actuelle est pour le moins ambiguë. Les discours et les hypothèses s'entrechoquent pour verser dans la cacophonie. Alarmistes d'un côté et rassurants de l'autre, les scientifiques se sont de toute évidence mis d'accord pour ne pas s'accorder. Une situation certes inextricable mais somme toute compréhensible. Face à ce nouveau Coronavirus, les chercheurs nagent clairement en eau trouble. Avec une vision biaisée à cause d'un virus jusque-là inconnu. Du coup, l'opinion publique l'est tout autant. Résultat, on ne sait plus s'il faut être optimiste en l'avenir ou pas.

Vulnérabilité des pays sous-développés

Si l'on en croit l'Organisation mondiale de la santé, les pays africains et globalement ceux en voie de développement ou sous-développés sont dans de sales draps avec des prévisions allant jusqu'à 190.000 morts en Afrique. « Nous sommes très préoccupés par le nombre croissant de cas dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires où le système de santé est défaillant ou inexistant, et où les mesures de distanciation physique sont plus difficiles à mettre en œuvre », s'est inquiété Tedros Adhanom Ghebreyesu, le directeur général de l'OMS. « Ces pays sont, par ailleurs, les plus vulnérables, sur le plan économique, à l'effondrement des échanges commerciaux et des déplacements internationaux qui les privent, notamment, d'une manne touristique indispensable », poursuit celui qui a prédit le pire pour le continent africain, corroboré par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) qui a estimé, mercredi, dans un rapport, que l'indice de développement humain, mesurant conjointement l'éducation, la santé et le niveau de vie, était en voie de reculer cette année, pour la première fois depuis des décennies, à cause des conséquences sanitaires, sociales et économiques de la pandémie.

La barre des 5 millions de cas franchie

Cela dit, on ne peut nier la réalité des faits. Et les faits vont à l'encontre des prévisions de l'OMS. D'après un comptage de l'Agence France-Presse réalisé par le biais de sources officielles, au moins 5.006.730 cas d'infection ont été recensés à ce jour dans le monde, parmi lesquels 328.047 décès. Mercredi, un pic a même été atteint avec le recensement de 1.060.000 cas Covid-19. Mais l'élément le plus intéressant réside dans le fait que l'Europe est le continent le plus touché avec près de 2 millions de cas, dont 328 047 décès. Alors qu'en Afrique, le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l'Union africaine compte 2.834 décès confirmés et 33.863 guérisons pour 88.172 cas enregistrés, à la date du 15 mai.

Afin d'expliquer cet écart entre les prévisions et la réalité, l'OMS ne cesse de rappeler que « le nombre de cas diagnostiqués ne reflète toutefois qu'une fraction du nombre réel de contaminations, un grand nombre de pays ne testant que les cas graves.» Difficile de nier la part de vérité dans ce discours. Jusqu'à récemment, le Maroc pour ne parler que de lui, ne testait que les cas graves ainsi que leurs contacts. Des tests dont les résultats étaient souvent plus inquiétants lors de la conférence de presse matinale. Etrangement, ces derniers temps, la donne s'est inversée. Le point de presse programmé en fin d'après-midi est celui qui recense le plus de cas. Nul doute que Ramadan et ses horaires particuliers y sont pour beaucoup. A moins que ce soit un concours de circonstances. Mais ça c'était avant.

Dépistage massif prévu au Maroc

Désormais, le ministère de la Santé a enfin pris la décision de mener une campagne de dépistage massif jusqu'à fin juillet ou début août. Elle concernera toutes les régions du Royaume. L'objectif chiffré est de 1.790.000 tests de dépistage et 125.000 tests de diagnostic précoce. Autrement dit, le Maroc a décidé d'en finir avec ce virus qui met au ralenti tout le pays à la manière des pays asiatiques. A cela s'ajoute la délimitation de Hotspots. Des quartiers où des foyers de contamination ont été découverts. Objectif : Cerner le mal et éviter qu'il se propage ailleurs en isolant les habitants.

Les pays pauvres ont été raisonnables

Toutefois, le mystère reste entier. Pourquoi donc l'Afrique est épargnée alors que tout le monde, y compris l'OMS, lui prédisait l'apocalypse. En général, quand on ne sait pas, on demande à ceux qui savent. Et si on balaye l'actualité scientifique mondiale pour trouver un scientifique pour qui tout réussit, Il ne faut pas chercher bien loin. Il suffit de traverser la Méditerranée puis les Pyrénées et faire étape à Marseille. Là où le Professeur Raoult, infectiologue, directeur de l'IHU Méditerranée et ardent défenseur du traitement à la chloroquine, a fait des miracles. Pour lui « dans les 15 pays où il y a les plus forts taux de mortalité, on ne retrouve que des pays riches. Ce qui prouve qu'il y a une déconnexion entre richesse et capacité à répondre à des situations de cet ordre-là. D'ailleurs, si j'ai été capable d'y répondre, c'est parce que je suis en partie africain. Et donc cette partie de mes origines me laisse penser qu'il faut traiter le Covid-19 comme une maladie infectieuse », souligne-t-il avec un trait d'humour sur la chaîne YouTube de l'IHU Méditerranée.

Pour le natif de Dakar, « les pays pauvres ou en voie de développement ont choisi raisonnablement de traiter le Covid-19 comme une pneumonie avec des médicaments banals et peu coûteux. Par conséquent, ils ont des taux de mortalité beaucoup plus faibles ». C'est le cas du Maroc notamment. Et si l'on devait le croire à tout prix, faut dire que l'avenir s'éclaircit. Car selon lui, le Covid-19 est une maladie saisonnière. « Elle va disparaître dans quelques semaines ». Plus important encore, il explique le plus calmement du monde que « la deuxième vague est un mythe. L'histoire du rebond de la pandémie du Covid-19 est une fantaisie qui a été inventée à partir de la grippe espagnole. Tout comme le fait qu'il faut que 60 à 70 % soient infectés pour être immunisés et pouvoir contrôler le virus. Ce sont des chiffres totalement virtuels. Ça ne se passe pas comme ça », conclut-il. Avouons-le, son discours est nettement plus argumenté que celui de l'OMS. Alors qui croire d'après vous ?

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