Maroc: A l'ère du confinement, le "défi lecture" prend son envol

Comme il a le pouvoir de ressusciter les mots et les êtres, de résister aux ordalies imprévisibles de l'histoire et l'habitude de mettre flamberge au vent de la modernité et de s'en défendre, le livre, moyen d'accès classique mais incontournable au savoir et à la culture, marque également de son sceau la période de confinement actuelle. Nul ne saurait nier que le nombre de lecteurs diminue chaque année ou que le livre perd de plus en plus de son attrait. L'importance donnée jadis aux livres a été contestée par l'Homme lui-même du fait, entre autres, du progrès technologique et des diversions qui l'ont accompagné.

D'aussi loin que s'en souviennent les historiens, le livre était un moyen de communication et d'expression entre les peuples, les communautés ou encore les individus, etc. Aujourd'hui, aux yeux de la majorité de personnes connectées à internet, cet attribut n'a presque plus aucune raison d'être, en raison du développement que nous connaissons tous.

Cependant, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nombre d'internautes marocains ont fait de leur confinement une opportunité de donner au livre la valeur qui lui sied en lançant sur les réseaux sociaux le "défi de lecture", appelé aussi en anglais "book challenge". En effet, le principe derrière cette initiative consiste, d'après ceux qui ont lancé le défi et ceux qui l'ont en contrepartie accepté, à faire la promotion de la lecture et de l'offrir en cadeau, en publiant les couvertures des livres qui les ont marqués, sans explication ni critique.

Se positionnant en porte-à-faux avec les Cassandre qui prévoient la fin du livre, les promoteurs du défi sont en fait des gens de tout acabit. On y décèle (la liste n'est point complète) des professeurs ; étudiants ; journalistes ou aussi des retraités contents de pouvoir exhumer des ouvrages auxquels la générosité du temps accorde davantage d'accès.

Convaincu que, advienne que pourra, le livre ne peut sombrer dans l'obsolescence, Aziz Qaissi, professeur de langue anglaise à l'Université Ibn Tofail de Kénitra, confie à la MAP que le confinement sanitaire a donné à chaque lecteur débutant plus de temps pour rouvrir les livres qu'il ne pouvait lire avant. Il estime, toutefois, que "les distractions tels les réseaux sociaux ou le visionnage de films peuvent toujours gêner la pratique de la lecture". Mais il s'assure toujours, dit-il, de rester "hors-ligne" pendant qu'il essaye de lire. Même son de cloche chez Fatima Moussaid, gestionnaire d'un collège, qui pense que le confinement a été l'occasion pour beaucoup de Marocains de se "mettre" ou de "se remettre" à la lecture. D'où l'idée du défi lancé sur les réseaux sociaux et relayé en chaine.

A son avis, "l'intérêt de ce défi reste modeste mais pas inutile". Modeste dans la mesure où, selon elle, on se contente de publier juste la couverture du livre sans analyse et critique, et utile parce que c'est un moyen "d'aiguiser la curiosité chez certains pour découvrir ces titres et une occasion pour d'autres pour constituer une liste exhaustive pour leurs prochaines lectures", nuance-t-elle. Elle assure avoir adhéré à cette "chaîne" parce qu'elle a la "conviction" que cela rentre dans le cadre de l'approche de l'éducation par les pairs et que cela peut inciter des personnes qui ne lisaient pas à s'y mettre.

Bref, la réalité foisonnante des textes et des ouvrages partagés par les internautes, la diversité des domaines et des genres reflétée dans les couvertures ainsi que la multiplicité des lecteurs et de leurs choix revêtent un intérêt tel que le défi a pris rapidement son envol.

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