Sénégal: 50 ans du journal le «Soleil» - Les anciens entre nostalgie et veille

Ils ont consacré une partie de leur vie au «Soleil». Mais bien qu'ils ne soient plus en service, les anciens (journalistes, directeurs, rédacteurs en chef ou secrétaire de rédaction), ont gardé un lien très affectif avec la famille «Soleil».

Un lien riche en histoires, mais qui ne les empêche d'avoir un regard aussi critique que protecteur sur ce qu'ils considèrent, à juste raison, comme «un label à pérenniser».

Un demi-siècle déjà que le quotidien national «Le Soleil» a commencé à briller. Un cinquantenaire qui a vu passer des hommes brillants qui ont contribué à bâtir une renommée qui résiste aux temps et à la concurrence. Certains y ont passé toute leur carrière professionnelle. N'eût été l'exigence de la retraite, ils seraient sans doute restés «chez eux». Peu importe !

De loin, ils continuent de porter un regard attentif sur son évolution. Arrivé au «Soleil», 15 jours avant le numéro zéro en tant que correcteur, Latyr Diagne y passera, tenez-vous bien, 36 années. «En 1973, je suis devenu secrétaire de rédaction. C'est une fierté que d'avoir fait partie de cette équipe.

Le recrutement était très sélectif. Il arrivait même que le président Senghor reçoive les responsables de la rédaction au Palais. J'y ai une fois assisté. Je me rappelle, il avait beaucoup insisté sur la ponctuation», dit avec émotion celui qui a fait prévaloir ses droits à la retraite en 2006.

Ancien Président directeur général, Alioune Dramé estime que «Le Soleil» est un «journal école». Reporter pendant neuf mois, chef de service adjoint, chef de service, rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef, il deviendra, en 1988, Président directeur général du groupe.

«Je suis très fier du Soleil», dit-il. Malgré cette fierté, l'ancien Pdg estime que le journal n'a pas encore exploité tout son potentiel. « Le Soleil » représente beaucoup de choses. À l'époque, le Pdg était membre du bureau politique du parti unique. Moi par exemple, le président Abdou Diouf m'associait à tout.

Je savais même les coulisses du remaniement. Le Dg était plus important que certains ministres à l'époque», dit-il comme pour rappeler le sacerdoce. «Cette maison est tout pour moi», dit-il.

Quand «Le Soleil» envoyait ses premiers rayons, Djib Diédhiou qui a formé des générations et des générations de professionnels au Cesti, était en première année de sa formation en journalisme au Cesti.

«J'ai commencé dans ce journal en septembre 1971. Après mon stage à radio Sénégal. Je suis parti au « Soleil » pour me faire un peu d'argent. J'avais 25 000 FCfa par mois», se souvient-il, la voix étreinte par l'émotion.

Mais à l'heure de replonger dans ce passé au «Soleil» qui a presque fait sa vie, puisqu'il y a passé 36 ans, les évènements se bousculent. Mais s'il y a un qui revient avec insistance, c'est son voyage au Chili alors que le jeune reporter n'avait que 22 ans.

Il était désigné pour couvrir le vol inaugural de la compagnie aérienne Lufthansa (Frankfort-Dakar-Rio-Buenos Aires). «Il était prévu que je fasse une semaine, mais grâce au concours de l'ambassade de France, j'ai pu rester trois semaines de plus.

Donc j'ai passé trois semaines au Chili, une en Argentine. Le travail avait été très bien apprécié. Je me rappelle Opéra Mundi qui est l'équivalent du Courrier International l'avait repris. Le président directeur général Bara Diouf m'avait même adressé une lettre de félicitations.

C'était dans un contexte très compliqué au Chili, les usines étaient fermées, des mouvements de contestations par-ci, mais ça été très enrichissant», se souvient-t-il.

Très prolixe, il avait produit une série de reportages dans six éditions successives. Le premier a été publié le 17 janvier 1972, se rappelle-t-il, nostalgique.

Protéger les archives

Même s'il a quitté la rédaction de l'astre national, Djib Diédhiou a gardé un lien très étroit avec le journal, d'abord par la formation dispensée au Cesti, ensuite par un regard très critique sur le travail de tous les jours. Selon lui, le président Senghor voulait un journal entre France Soir et Figaro.

«Le Soleil» a fait du chemin. C'est une vie normale d'un journal. À l'époque, c'était un organe d'information publique qui a gardé sa ligne, tout en suivant l'évolution de la presse sur le plan graphique et le contenu.

La mise en page, le rubriquage, tout a évolué. L'environnement est devenu plus concurrentiel. À l'époque, il n'y avait que «Le Soleil» comme quotidien, les autres parutions étaient des mensuelles», confie-t-il.

Riche de son histoire, le journal semble assis sur une mine d'or. C'est ce que semble dire Djib Diédhiou en évoquant les archives du quotidien national. «Les archives sont mal entretenues. J'avoue que cela me fait mal.

«Le Soleil» a sillonné le pays et a parlé de tout. Il y avait des collections, des photos... C'est une partie de l'histoire du Sénégal. Or, aujourd'hui, si on a besoin de certains archives, il faut aller jusqu'à Ina, alors que «Le Soleil» fait le travail. Il y a urgence de protéger les archives.

Programme d'ajustement structurel

De 1981 à 2013, Amadou Fall a gravi quasiment tous les échelons. Reporter, grand reporter, chef de service, rédacteur en chef, directeur des Rédactions, directeur de la Stratégie et des projets, directeur commercial et enfin coordonnateur général de l'Administration jusqu'en fin avril 2013, sa vie se confond à celle du « Soleil». Il se souvient d'une rédaction bourrée de journalistes talentueux mais qui a vécu de pleins fouets les conséquences du Programme d'ajustement structurel.

«À partir du milieu des années 90, Le Soleil a commencé à perdre de son aura et de son envergure, face au foisonnement d'une presse privée agressive et virulente et à la mutation du paysage politique.

Il y a également qu'il avait subitement été sevré de subsides publics conséquemment aux exigences de l'ajustement structurel, alors qu'il continuait à assumer, chaque année, des charges toujours aussi lourdes du fait de sa mission de service public.

Ce qui explique, en grande partie, les soubresauts et crises internes qu'il a vécus, par la suite», confie-il. S'il ose dormir sur ses deux oreilles aujourd'hui, c'est parce qu'Amadou Fall est persuadé que ce «fruit mûr d'une trépidante histoire longue d'un demi-siècle est entretenu par des générations nouvelles qui tiennent encore plus haut le flambeau, pour que l'astre national soit plus radieux que jamais».

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