Sénégal: Cheikh Tidiane Gadio sur l'annulation de la dette africaine - « Macky Sall tient un discours de rupture »

interview

Vice-président de l'Assemblée nationale et président de l'Institut panafricain de stratégies (Ips), Cheikh Tidiane Gadio revient, dans cet entretien, sur les enjeux qui attendent l'Afrique pour l'après-Covid-19. Il est convaincu que les pays africains n'ont pas le choix : ils devront mutualiser leurs forces pour exister dans cette reconfiguration de la géopolitique qu'il estime inéluctable. De l'annulation de la dette à la lutte à la rivalité sino-américaine, l'ancien ministre des Affaires étrangères aborde toutes les questions.

Le monde est frappé par une crise sans précédent. Quelle lecture en faites-vous ?

Pendant longtemps, l'humanité a vécu toutes sortes de calamités, de grandes crises sanitaires ou économiques. Par exemple : les virus du Sida et Ébola en Afrique, le virus du Sras en Asie, la crise financière de 2008 qui a failli effondrer l'économie mondiale. Mais, ce qui est extraordinaire, et j'espère que cela ne va pas se répéter cette fois-ci, c'est que l'humanité subit ces crises, s'affole, se bat, finit par les résoudre et, malheureusement, oublie immédiatement les enseignements tirés de ces dernières. Aujourd'hui, il y a, de toute évidence, un déficit de concertation mondiale, en plus de la malheureuse tentative de marginaliser et de se défausser sur l'Organisation mondiale de la santé (Oms) pour absoudre ses propres errements dans la gestion de la crise. Chaque pays, visiblement, y va avec ses recettes et ses stratégies.

Quelles peuvent en être les conséquences?

Cette crise va forcément refonder la marche de l'humanité en général, mais aussi reconfigurer radicalement la géopolitique mondiale. Nous Africains, nos pays et nos peuples étaient perçus comme étant les champions toutes catégories de la vulnérabilité. Mais aujourd'hui, nous réalisons davantage que Dieu est très démocrate quant à la vulnérabilité des peuples. Il n'y a que lui qui détient la puissance absolue. Les grandes puissances du monde offrent un visage presque pathétique. Nous avons pratiquement envie de compatir à leur désarroi et de venir à leur rescousse. Avec l'état du monde actuel, nous constatons que ces grandes puissances peuvent faire voler des avions pendant 20 heures, faire marcher l'homme sur la lune, réussir toutes sortes de prouesses technologiques, médicales (... ) et que malgré tout cela, elles se retrouvent désarmées et désemparées face à un virus microscopique qui fait plus preuve d'ingéniosité et de capacité destructrice fulgurante.

Si on dit, aujourd'hui, que l'Amérique compte plus de victimes que lors de la guerre du Vietnam, nous nous rendons compte de l'hécatombe que le Covid-19 est en train de créer dans ce monde.

C'est quand même difficile à comprendre ?

Il y a plusieurs niveaux de lecture. C'est trop simpliste de penser qu'il s'agit juste d'une pandémie qui est venue déstabiliser le monde. Est-ce que le monde n'était pas déjà perturbé, marchant sur la tête, sens dessus dessous, évoluant dans un équilibre de façade, attendant juste un élément comme le coronavirus pour laisser exploser ses vulnérabilités et ses « fake certitudes » ? Je crois qu'il y avait trop d'injustices sociales, trop de fractures sociales et sanitaires; le très petit nombre de privilégiés barricadés dans leurs privilèges souvent indus, l'écrasante majorité se sentant hors-place et écrasée au quotidien...

En conséquence, nous nous retrouvons dans un monde totalement déséquilibré et en désarroi. Richard Haas, un grand spécialiste américain de la géostratégie et de la géopolitique, a écrit un livre prémonitoire, il y a trois ans à peu près, sur le monde en désarroi et « la crise du vieil ordre mondial » sur fond d'échec des politiques de globalisation « équitable », de multipolarité positive, de paix, de stabilité et de justice pour tous. C'est là où nous nous trouvons exactement.

Nous sommes dans une situation où personne ne sait pas de quoi demain sera fait. Ce qui est également remarquable du point de vue de la géopolitique, c'est que non seulement les rapports de force vont changer, mais les vulnérabilités des grandes puissances ont aussi déjà été révélées à la face du monde. Et comme beaucoup peuvent le constater, l'Afrique, avec très peu de moyens, très peu de ressources, semble s'en tirer relativement bien. Nous le disons toujours en touchant du bois. Mais, pour l'instant, il y a une sorte de résilience africaine qui ralentit la maladie et sûrement d'autres facteurs que nous ne maîtrisons pas encore sur le plan scientifique.

Est-ce à dire que l'Afrique s'en sortira mieux que les grandes puissances ?

Si je prends l'exemple du Sénégal, le Gouvernement a très bien réagi et très vite. Le Président Macky Sall a pris une initiative majeure en appelant à une consultation nationale. Il n'était pas obligé de le faire. Il y a très peu de pays qui l'ont fait.

Concernant l'Afrique, elle est indéniablement le ventre mou du système international. Elle est le continent le mieux doté en termes de richesses naturelles et en même temps le plus démuni. Aujourd'hui, nous avons la ressource la plus rare du monde et la plus importante qu'on appelle la ressource « jeunesse ». Cependant, nous nous sommes arrangés pour être dans une posture où, effectivement, le reste du monde sous-traite ses malheurs, ses angoisses et ses désarrois avec l'Afrique. Vous voyez des pays qui comptaient 20 000 morts quand l'Afrique, au même moment, en dénombrait 200. Au lieu de se focaliser sur leur sort, ces États plaignaient notre continent pour ses vulnérabilités et son impréparation. Et apparemment, ils ont la larme à l'œil quand ils parlent de l'Afrique. C'est presque un exercice d'exorcisme : chasser le malheur de son esprit en le déménageant chez les autres, particulièrement chez les Africains, surtout qu'en plus d'être vulnérables, ils n'ont pas droit à la parole, même dans les instances internationales.

Conséquence d'une telle logique : les gens se sont mis à épiloguer sur la faiblesse des infrastructures sanitaires de l'Afrique qui prouvent, à leurs yeux, que dès que le virus envahira le continent, ce sera la dévastation, la catastrophe et des millions de morts. Mais, le paradoxe extraordinaire dans tout cela est, malgré le fait qu'ils soient mieux dotés en infrastructures, ce sont eux qui souffrent le martyre et la désolation. Au lieu de gérer ce problème, ils se sont mis à pleurer sur le désastre qui va s'abattre sur l'Afrique. C'est suspect ! Plus que suspect !

Il y a quand même un paradoxe ?

Personnellement, je me suis dit est-ce que ce n'est pas dû au fait que le continent noir est le réservoir de ressources naturelles de ces pays ? Ils doivent se dire : veillons à sauver nos pays mais aussi à sauver l'Afrique qui a très peu de moyens. Si nous ne le faisons pas, demain, cela va se retourner contre nous. C'est un devoir de solidarité par défaut, mais surtout par intérêt. Mais, Dieu a fait que nos savants, nos scientifiques, nos chercheurs et nos médecins ont prouvé à la face du monde un talent extraordinaire, un calme, une sérénité, pour tout dire, une force tranquille insoupçonnée. Ils n'ont pas pris l'avion pour aller à Paris, Washington ou Pékin chercher des connaissances, de l'expertise, du coaching ou des débuts de solutions. Ce sont eux-mêmes qui sont recherchés et sollicités par les autres pour échanger sur les débuts de solutions. C'est d'ailleurs en cela que la géopolitique mondiale est totalement bouleversée et rien ne sera plus comme avant.

Maintenant, je dis à mes proches de faire attention quand nos amis occidentaux nous disent que plus rien ne sera comme avant. Je suis très suspicieux (rires).

Qu'est-ce que vous soupçonnez ?

Ils veulent continuer à diriger le monde. Ils veulent prendre cette phrase et lui donner l'orientation et le contenu qu'ils souhaitent. Si on n'y prend garde, le post-coronavirus va encore faire place aux mauvaises habitudes internationales. Vous allez voir une situation dans laquelle les gens vont se battre bec et ongles pour reconquérir le statu quo ante. Les privilèges qu'ils avaient, la domination du monde qu'ils avaient, les règles de partage injuste des richesses du monde ; ils vont vouloir retourner à cela tout en disant que « plus rien ne sera comme avant ». Donc, cela peut être une façon de nous endormir.

La planète entière a subi les chocs du coronavirus et doit, en principe, être prêt à accepter un monde plus juste et plus équilibré. C'est pour cela que je dis aux Africains : « Ayons notre propre discours du "plus rien ne sera comme avant" ! » Construisons-le nous-mêmes ! Et ne dépendons pas, encore une fois, de ce que les grands analystes européens, américains et asiatiques vont définir comme l'après-coronavirus et nous l'imposer. C'est une nouvelle façon de violer, de « buguer » encore notre intégrité intellectuelle et de nous tromper. L'Afrique doit avoir son propre discours et, impérativement, changer de logiciel, car elle aussi est condamnée à des changements majeurs. Nous devons aussi parler contre le statu quo, nous dresser contre leur volonté de dominer le monde. « Le plus rien ne sera comme avant » doit se traduire par une remise en cause de la Pax americana issue de la Deuxième Guerre mondiale, c'est-à-dire la domination du monde par l'Amérique et ses alliés occidentaux. Aujourd'hui, il y a forcément et fatalement une permutation des places qui va advenir. Après chaque grande catastrophe mondiale, comme la Première ou la Seconde Guerre mondiale, le monde s'en est sorti avec une permutation de places. L'Angleterre qui était l'une des grandes puissances du monde jusqu'à la Première Guerre mondiale a dégringolé pour céder la place aux États-Unis. Nous avons également vu que l'Union soviétique a émergé brutalement, à l'époque, comme puissance mondiale. D'autres candidats au statut de puissance mondiale comme la Chine se préparaient calmement, presque confidentiellement, à leur irruption dans les premières loges.

En quoi consiste la permutation ?

Le monde post-coronavirus sera un monde nécessairement et fortement reconfiguré. Est-ce que les États-Unis vont pouvoir garder leur statut de première puissance mondiale ? Est-ce que la Chine qui talonnait les États-Unis ne va pas avoir une meilleure gestion de la crise et de l'après-crise et se repositionner ? La Chine, il faut le noter, talonnait de près les États-Unis du point de vue de la permutation. Est-ce que donc le Covid-19 ne va pas créer les conditions d'une reconfiguration des rapports de force et d'une nouvelle géopolitique mondiale dans laquelle la Chine sera la puissance mondiale numéro un, les États-Unis numéro deux et l'Inde se rapprocher bientôt de la 3ème place ? Et là se pose maintenant la question de l'Afrique. L'Afrique n'a aucun avenir si, avec ce qui se passe avec le Covid-19, nos leaders continuent de prêcher « l'intégration lente au rythme d'une tortue avec des freins » et s'ils continuent de refuser l'unité politique ou le fédéralisme. Ce serait là la vraie catastrophe qui pourrait frapper le continent. Si l'Afrique, justement, dit que rien ne sera plus comme avant et prend en main son destin, cela pourrait être intéressant.

Aujourd'hui, par exemple, relativement à la posture des 54 pays africains, je trouve que le Président du Sénégal, Macky Sall, tient un discours réaliste et de rupture avec la situation antérieure dans la mesure où il affiche et affirme ouvertement son panafricanisme. Il a raison puisque seule une démarche concertée des pays africains pourrait nous sortir de la situation actuelle. Imaginez n'importe quel pays d'Afrique avec 10 000 personnes contaminées qui ont besoin d'un espace dans les salles de réanimation. Ce serait la catastrophe ! Nous n'avons pas ces moyens.

C'est pourquoi le Président Macky Sall, depuis lors, est en train de prêcher une concertation et une solidarité agissante des pays africains. Les solutions seront certes appliquées sur le plan national puisque le développement de la maladie dans chaque pays se présente différemment, mais l'expertise, le partage d'expériences et de bonnes pratiques doivent être mutualisés et s'opérer au niveau régional et continental.

Certains Chefs d'État africains se sont entretenus récemment par visioconférence ou ont même tenu des sommets. C'est excellent. Je pousserai une telle dynamique jusqu'à souhaiter la tenue urgente d'un « sommet extraordinaire de l'Union africaine par visioconférence ». Chaque Chef d'État devrait y participer et l'Oms en serait l'invité d'honneur, tout comme certaines sommités scientifiques africaines, comme celles du Sénégal, du Maroc, et d'autres pays qui font un excellent travail. Ces savants, chercheurs et médecins africains de classe internationale s'adresseraient aux Chefs d'État et feraient des propositions de réponse africaine solidaire et concertée contre le Covid-19. Il faut critiquer et se démarquer de ce que j'appelle « les chevauchées solitaires de nos États ». Si après le Covid-19 nos États maintiennent le statu quo, retournent à la situation antérieure, cela ne sera plus une chevauchée solitaire, mais une chevauchée suicidaire. Le monde va se reconfigurer, nous laisser sur le quai et continuer de jouir de nos faiblesses auto-infligées et de nos richesses.

Est-ce le seul moyen pour l'Afrique de figurer dans ce que l'on appelle de plus en plus le nouvel ordre mondial ?

Exactement. Il y a un concept qui était apparu il y a 10 ans ou 15 ans et était intéressant : les « New World Global Players » (les nouveaux acteurs de niveau mondial). L'Afrique ne peut pas, avec 54 États nains, balkanisés, émiettés, avec des budgets nationaux équivalant au budget d'une université américaine, faire partie des « New World Global Players ».

Ici, il faut rendre un hommage appuyé et affectueux au président Amadou Mahtar Mbow. Vers la fin des années 70, en sa qualité de directeur Général de l'Unesco, il a mené un combat héroïque pour ce qu'on appelait le Nomi, « le Nouvel ordre mondial de l'information ». Il se disait que tant que les Africains, les Asiatiques, les pays de l'Amérique latine et les autres peuples reçoivent de l'information sur leur réalité, sur leurs problèmes des médias occidentaux, ils auront toujours une image déformée de leur réalité et ils ne pourront jamais transformer cette réalité.

Les Américains ont alors mené une guerre farouche contre lui, beaucoup d'Occidentaux se sont mobilisés contre lui. Cela lui a coûté son poste à l'Unesco. Aujourd'hui, à nos Chefs d'État qui se battent pour « le nouvel ordre mondial », je rappelle la « jurisprudence Mbow » pour leur dire « soyez extrêmement prudents, « ils » vous ont à l'œil, « ils » se battront pour qu'après-Covid-19, « tout change, pour que rien ne change ! » Eux-mêmes prendront en charge le discours sur un nouvel ordre mondial afin d'obtenir un paradoxal « nouvel ancien ordre mondial ». Vigilance, voire vigilance absolue !

Comment rebondir ?

Chaque pays africain, chaque leader africain allant seul, court les risques de ce qui s'est passé depuis 1960. On élimine les leaders qui ont une vision et on nous propulse des leaders qui sont aux ordres et qui acceptent le discours des dominants. Il faut des ruptures paradigmatiques fortes. Il faut courageusement se dire « voilà les paradigmes sur lesquels nous avons fondé et basé le développement de l'Afrique 60 ans après. Le résultat n'est pas reluisant ! » Le progrès a été tellement faible en termes de là d'où nous sommes partis et là où nous voulions arriver. Exactement là où la Corée du Sud et la Malaisie sont arrivées de nos jours en 60 ans. L'éducation n'est pas réglée, l'agriculture, la santé, les infrastructures de base... Nous ne pouvons pas nourrir nos populations. Nous ne cultivons pas ce que nous mangeons et nous ne mangeons pas ce que nous cultivons. Nous sommes les pauvres les plus riches du monde et les riches les plus pauvres du monde. Nos leaders voient alors toutes leurs options se réduire en une seule : rompre avec le paradigme de 1960 (indépendance en solo) et Addis-Abeba, 1963 (apologie de la balkanisation et neutralisation du projet de l'État fédéral africain), et donc, relancer et laisser éclore le paradigme du « destin fédéral de l'Afrique » (Cheikh Anta Diop), en y incluant, bien sûr, l'indispensable diaspora africaine. Or donc, le Covid-19 pourrait être ce « choc fédéral » tant attendu.

Le Chef de l'État plaide pour l'annulation de la dette. Que pensez-vous de ce combat ?

Aujourd'hui, nous taquinons, dans les toutes prochaines décennies, les deux milliards d'habitants en Afrique. On sera, peut-être, la première puissance démographique du monde, en plus d'être le dépositaire de l'essentiel des ressources naturelles du monde. Cela montre la force et la puissance des Africains. La tristesse dans cette affaire, c'est que le monde entier en est convaincu, sauf les Africains eux-mêmes. Maintenant comment faire pour en convaincre les Africains ? Nous sommes potentiellement la première puissance du monde à tout point de vue. Tout ce qui nous manque, c'est de mutualiser, d'aller ensemble et d'arrêter de nous battre les uns contre les autres. Un Chef d'État africain (Macky Sall) se lève et demande l'annulation de la dette de l'Afrique. Sans surprise : qui sont les plus grands adversaires de Macky Sall, aujourd'hui, dans la lutte pour l'annulation de la dette de l'Afrique ? Ce sont des Africains. Ils se sont levés pour dire qu'il faut qu'on se respecte, il faut qu'on soit responsable, il faut assumer nos dettes. Notre opinion est aux antipodes d'une telle perception de la dette. Pour nous, l'Afrique, de l'indépendance à nos jours, a surpayé sa dette. Avec les taux d'intérêt usuriers, on ne fait que repayer, encore repayer, toujours repayer. Maintenant, sachant que les gens vont dire que la dette privée, c'est avec des privés, le Président Sall a bien précisé qu'il parle de la dette publique africaine qu'il souhaite voir annulée purement et simplement ! Même le Président français Emmanuel Macron s'est levé pour féliciter son homologue sénégalais. Et pourtant, ce sont des experts africains qui ont dit « non » à Macron : « Un moratoire ferait l'affaire ». D'après le Président français, ils lui ont donné comme argument que « c'est plus facile et plus rapide à obtenir ». Pendant qu'on agonisait sur la question du « pourquoi une telle attitude ? » d'autres personnalités africaines sont venues à leur rescousse pour défendre « le moratoire et non l'annulation ».

Donc, le mal est africain ?

Le problème est fondamentalement entre Africains. Chaque fois qu'un Africain a une brillante idée, au lieu que les autres Africains se battent pour enrichir la proposition et le rejoindre, ils préfèrent le tirer vers le bas. C'est comme si rien de bon ne pouvait venir d'un Africain. Qui a dit qu'en demandant l'annulation de la dette de l'Afrique que notre pays est en train de bouleverser les règles internationales ? Peut-être que ces règles devraient être bouleversées parce qu'elles sont fondamentalement injustes et nous ont coûté très cher. J'entends des gens dire que ce n'est pas bien puisque les bailleurs vont dire, demain, que ce pays ne respecte pas sa signature souveraine en matière de dette. C'est tellement faux ! Toute l'histoire de la dette, de l'économie des 20 ou 30 dernières années, même après les annulations, les bailleurs sont revenus proposés leurs prêts ou les consentir sans réticence. Parce qu'ils font trop d'argent chez nous, qu'ils peuvent même nous supplier pour nous prêter. C'est faux de nous dire que si le Président Macky Sall demande l'annulation de la dette publique de l'Afrique, cela va décrédibiliser le continent et que les gens vont hésiter avant de nous octroyer, à nouveau, un prêt. Je fais même une hypothèse. Est-ce que certains pays occidentaux qui se sont empressés de soutenir la question de l'annulation de la dette de l'Afrique ne sont pas plus intelligents que ceux qui s'y sont opposés ? Parce que si l'économie de l'Afrique post-Covid-19 s'effondre, elle emportera ses principaux créanciers. Ces derniers n'ont pas intérêt que l'on ferme boutique. L'effondrement des économies africaines, le cas échéant, précipiteraient leurs entreprises et multinationales implantées chez nous dans la faillite et le désarroi. C'est peut-être même une projection intelligente dans l'avenir qu'ils font en se disant qu'il faut leur donner une perfusion pour les maintenir sur pied après le Covid-19. Je ne comprendrai jamais, en tant que citoyen africain lambda, que des bailleurs de fonds créanciers nous disent qu'ils sont intéressés par la discussion sur l'annulation de la dette africaine et que des Africains se lèvent pour dire non : moratoire oui, annulation, non merci !

D'aucuns estiment que dans son combat pour l'annulation de la dette, Macky Sall est en train d'asseoir son leadership à l'échelle africaine...

C'est une affirmation qui a sa pertinence. Mais, dans un autre volet, dès que vous le dites, une mobilisation se forme pour combattre ce leadership. Un leadership, cela vient naturellement, vu le style du Président Sall. Lui-même ne se bombe pas le torse et ne se prétend pas leader de l'Afrique. Je pense qu'il fait le travail naturellement, et beaucoup de ses collègues l'appellent pour requérir son avis sur certaines questions. C'est là où un leadership commence à être accepté et va s'imposer de lui-même. Parce que dans la pratique et dans les faits, les gens constatent que vous avez des idées innovantes et une vision claire. Je crois que l'insistance du Chef de l'État sénégalais sur le fait que notre voie de salut pour les problèmes du contient soit le panafricanisme lui sert, sert le Sénégal, mais sert surtout l'Afrique. Mieux vaut le laisser dans cette dynamique. Un leadership qui émerge naturellement est mieux qu'un leadership qu'on force par des proclamations. Donc, je pense qu'il faut faciliter l'acceptation de ce leadership par ses propres homologues. Pour ce que j'en sais, les leaders africains sont très satisfaits des initiatives et du « style poli et courtois » du Président Macky Sall. Non seulement il a fait des propositions très fortes pour contenir le Covid-19, mais il a fait applaudir notre pays à travers le monde pour notre modèle de gestion de la pandémie, bien qu'il y ait actuellement des débats de remise en cause. J'estime que ce sont des débats sains entre experts. Ce n'est rien de méchant. Mais, en même temps que le Président Sall le faisait pour le Sénégal - je le sais pour en avoir échangé avec lui - son souci était que l'Afrique présente une réponse africaine à cette crise. D'où d'ailleurs l'éditorial signé dans votre quotidien, « Le Soleil », pour présenter « le point de vue d'un Africain ». Il pouvait bien le formuler en point de vue d'un Sénégalais. C'est cela qui est très appréciable.

Pourquoi à chaque fois qu'une solution vient de l'Afrique, elle est accueillie avec des pincettes ?

Effectivement. Si ce qui a été découvert à Madagascar ou dans d'autres pays d'Afrique était sous-traité avec des laboratoires occidentaux discrètement et confidentiellement, le succès allait nous revenir avec des applaudissements. Mais, dès que c'est l'Afrique, cela devient suspect. On pense déjà que nous ne sommes pas assez compétents et que nous n'avons pas des laboratoires et des équipements nécessaires. C'est purement et simplement de la stigmatisation. Maintenant, ce serait une erreur de répondre à cette stigmatisation par des bravades. Par exemple, si on découvrait ici, au Sénégal, que le « niim » ou toute autre plante médicinale pourrait apporter des solutions véritables au Covid-19, je ne pense pas que ce soit un politicien qui doit monter au créneau. Il faut transférer le débat aux scientifiques qui sont de classe internationale et de statut mondial. Alors, laissons à ces gens les résultats des découvertes et laissons les leur donner, en plus du label de l'authenticité africaine, le label de l'authenticité scientifique.

Une telle démarche est préférable tant nous avons tous été témoins, et avec beaucoup de fierté, de la compétence et de la bravoure de notre corps médical devant l'adversité et le danger. Nos soignants sont comme nos « Jambars » qui donnent leurs vies pour la patrie sans « hésitation ni murmure ». Au demeurant, nos médecins, chercheurs et scientifiques, comme tous les Africains talentueux, sont obligés d'être meilleurs parmi les meilleurs » pour être simplement « normaux et traités avec respect ».

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