Madagascar: Polémique autour des grands travaux du Palais de la reine

Depuis quelques jours, les yeux des Tananariviens sont rivés vers la plus haute colline de la ville qui abrite le Rova, c'est-à-dire l'enceinte royale dans laquelle se trouvent Palais de la reine, plusieurs petits palais traditionnels, des tombeaux royaux ou encore une chapelle royale. Le site, historique et sacré, fait partie d'un programme de grands travaux qui déjà posent problème.

Les grands travaux de réhabilitation ont été ordonnés par le président malgache en vue de la célébration du soixantième anniversaire de l'indépendance du pays, le 26 juin prochain.

Le problème, c'est qu'en plus de la rénovation du Palais de la reine, un amphithéâtre en béton au pied de l'édifice emblématique est en train d'être construit. Cet ouvrage, aux allures de colisée romain, est censé accueillir des représentations populaires et culturelles sur l'histoire du pays. Pour ses détracteurs, c'est un sacrilège. Plusieurs pétitions ont été lancées en ligne, ces deux derniers jours. L'une d'elles a récolté plus de 8 200 signatures en moins de 24 heures.

« Face au génocide culturel se traduisant par la construction d'un Colisée au sein du Rova [... ], nous, citoyens malgaches des 4 coins du globe, exigeons l'arrêt immédiat des travaux et la démolition du bâtiment incriminé ». C'est par ces mots que commence la pétition en ligne qui affole, depuis 48 heures, les réseaux sociaux malgaches.

Au cœur de la polémique, se trouve, en effet, le « Kianja Masoandro », une arène tout en béton, d'une capacité de 400 places dont la construction a commencé début février. Le gros œuvre devrait être livré pour le 26 juin, affirme le constructeur français Colas.

Pour contrer les critiques, de plus en plus vives, la ministre de la Culture a convié, vendredi 22 mai, les journalistes sur le site. « Non, cette arène n'a pas été construite pour nourrir l'égo ou répondre à un caprice du président de la République. Non, ce n'est pas le suicide du patrimoine national », a-t-elle martelé.

Le choix de l'édifice a été pensé pour permettre de raconter des scènes de l'histoire du pays « de manière éducative ». Quant à son architecture, la ministre souligne que les voûtes de l'arène sont le reflet de celles qui ornent le Palais de la reine. Des décisions, rappelle enfin la ministre, qui ont toutes été validées par un comité scientifique composé de spécialistes : historiens, archéologues ou encore des muséologues.

Présents sur place, aucun de la dizaine de membres de ce fameux comité n'a souhaité s'exprimer, s'agissant d'un silence étonnant pour un groupe de personnes présentées comme libres et indépendantes.

En mars dernier, plusieurs associations avaient déjà alerté, par écrit, la direction du Centre du patrimoine mondial de l'Unesco du caractère incongru du projet et de la difficulté de certains membres du comité à se faire entendre par un président de la République décrit comme « inflexible face aux arguments et explications abondamment fournis ». Afin d'éviter « une crise ouverte » avec la présidence, certains des membres avaient alors fini par « juger plus sage de se taire ».

Depuis 2016, la Haute-Ville d'Antananarivo et donc son Rova sont dans la course pour obtenir une inscription au patrimoine mondial de l'Unesco. Cette arène moderne sur une colline historique rebat les cartes et vient ajouter un peu plus de difficulté pour démontrer la « valeur universelle exceptionnelle » des lieux.

Le montant total de la rénovation du Rova et la construction de cette arène n'ont pas encore été dévoilés, mais la ministre l'a affirmé: « tout a été financé sur le seul budget de l'Etat malgache pour marquer sa souveraineté ».

L'idée, à la base, du président de la République pour le Rovan'Antananarivo, quand ce sera reconstruit, c'est que ce soit un symbole de la souveraineté de Madagascar, de notre indépendance retrouvée.

« Un symbole de la souveraineté de Madagascar »

Plus de: RFI

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