Congo-Kinshasa: Pétition contre Kabund - J.J. Mamba a semé le vent !

Beaucoup de commentaires dont certains sentant la subjectivité ont été faits le week-end au sujet de la comparution en flagrance devant la Cour de cassation le samedi 23 mai 2020 du député national MLC Jean-Jacques Mamba. La plupart des reproches émis par les commentateurs à l'endroit du pouvoir judiciaire, mettent l'accent sur le fait qu'un député ne peut pas comparaître avec ses immunités.

Mais, les auteurs de ce reproche semblent avoir vite oublié que l'élu du Mlc ne constitue nullement un cas d'école parce que n'étant pas le premier élu à être appelé à la barre en plein exercice de son mandat.

Au lieu de verser inutilement dans des sentiments, il est préférable d'analyser froidement la situation.

Au fait, comment en est-on arrivé là ?

Des irrégularités flagrantes

Comme il fallait s'y attendre, une telle immédiateté de l'action judiciaire ne pouvait que relever de la flagrance. C'est d'ailleurs l'élément retenu par la Cour de Cassation qui a fait savoir au concerné que la pétition dont il s'était porté garant contre le premier vice-président de l'Assemblée nationale était entachée d'irrégularités flagrantes, tels des cas de faux et usages de faux. Ce qui est contraire au statut d'un élu censé être couvert d'honorabilité conformément à l'appellation retenue dans le règlement intérieur.

Pour ce faire, celui qu'on appelle élu ne doit pas verser dans la magouille ou user de la tricherie pour faire aboutir une démarche politique.

L'accusé Mamba, on le sait, clame son innocence mais son collègue Mpiana qui a porté plainte contre lui devant la Cour de Cassation ne l'entend pas de cette oreille. « Il n'a jamais signé la pétition portée par Jean-Jacques Mamba ». Le député de l'UNC se dit surpris de voir son nom inscrit sur la liste, alors qu'il n'a jamais été contacté ni donné son aval pour une telle démarche. Et il n'est pas le seul à dénoncer l'escroquerie des signatures. Deux autres députés nationaux séjournant depuis la fin du mois de mars dans l'arrière-pays où ils observent le confinement en application des mesures barrières liées au covid-19, ont crié au scandale en constatant leurs noms sur la liste leur envoyée sur le net. Immédiatement, ils ont écrit au bureau de leur institution en guise de protestation tout en se réservant le droit de saisir la justice.

A tous ces contestataires, Jean-Jacques Mamba répond qu'il n'avait pas besoin d'escroquer leurs signatures parce qu'il avait déjà dépassé la barre requise de cinquante pétitionnaires. La question, malheureusement, n'est pas là. La seule présence des signatures illégales sur le document suffit pour le corrompre, d'autant plus qu'on ne peut ni les biffer, ni les retirer. C'est cela le vrai problème.

La jurisprudence

Comme nous l'avons déjà souligné, l'arrestation du député Mamba Jean-Jacques n'est pas une première dans les annales du Parlement congolais. On se souvient des cas de Cyrille Mbwebwe, élu du territoire de Luiza pris et jugé en flagrance, Adolphe Onusumba expédié en prison dans les mêmes conditions, Eugène Diomi Ndongala etc.

Le député Mohindo Nzangi fut pris manu militari à Goma et transféré à Kinshasa à la suite d'une intervention faite sur une radio locale et considérée comme un outrage au Chef de l'État. C'est à Kinshasa qu'il a été sauvé par la Cour suprême de Justice qui, après audition de la bande sonore, n'avait pas trouvé les faits infractionnels qui lui étaient imputés. Et que dire de Franck Diongo qui vient de recouvrer la liberté dans le cadre de la libération des prisonniers politiques décidée par le nouveau Président de la République ?

On ne peut clore ce chapitre sans parler de Léon Nembalemba de la législature en cours. Une année ne s'est pas encore écoulée depuis qu'il avait été trainé devant la justice, sans susciter la réaction du bureau de la chambre basse !

J.J. Mamba est-il victime de sa propre turpitude ?

Depuis la réaction de quelques députés dont les noms sont repris sur la liste des pétitionnaires sans leur consentement, y compris la lettre du 1er vice-président J.M Kabund en réponse à celle lui adressée par la présidente de sa chambre l'informant de la pétition rédigée contre lui, on a appris des choses incroyables. Dans une déclaration faite sur les ondes d'une radio locale, JJ. Mamba révèle qu'il n'a pas recueilli personnellement les signatures des députés. A l'en croire, la question aurait été sous-traitée au niveau des chefs de groupes ! Vous êtes l'auteur d'une pétition et vous n'êtes pas en mesure d'authentifier les signatures que vous portez ! On est où là ?

Jeanine Mabunda qui apporte tout son soutien à Mamba a décidé de faire passer la motion ce lundi. Elle atteindra probablement ses objectifs mais aura-t-elle pour autant sauvé le soldat Mamba ?

Dans une lettre adressée au Procureur Général près la Cour de Cassation, la Présidente de la chambre basse a demandé, sur pied de l'article 107 de la Constitution, la suspension des poursuites engagées contre Jean-Jacques Mamba. C'est malheureusement tout ce qu'elle peut obtenir et cette suspension n'ira pas au-delà de la session en cours qui se termine, on le sait, le 15 juin prochain. En clair, dès le 16 juin 2020, Jean-Jacques Mamba retrouvera les conditions dans lesquelles l'avait surpris la demande de suspension des poursuites à son endroit introduite par Mabunda. Il sera donc jugé pour les faits ci-dessus rappelés. Il va peut-être obtenir la tête de Jean-Marc Kabund et provoquer une crise politique voulue par les tireurs des ficelles, mais il ne doit pas oublier qu'il court, en ce qui le concerne, le risque de savourer sa « victoire » entre les quatre murs de la prison centrale de Makala. Il doit déjà s'y préparer psychologiquement car c'est souvent cela qui arrive quand on sème le vent.

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