Afrique: L'Afrique face au Coronavirus

analyse

Une dure épreuve pour le continent africain.La crise du Covid-19 (Corona Virus Disease 2019) constitue la première angoisse planétaire de nos existences.

Cette nouvelle maladie infectieuse respiratoire a émergé à la fin de l'année 2019 en Chine et s'est propagée, avec une virulence meurtrière, comme un feu de brousse, à travers le monde. Charriant, en son passage, son lot de morts, de souffrances, d'angoisses et de chagrins. Bouleversant, sur son chemin, les frontières entre riches et pauvres, savants et illettrés, gouvernants et gouvernés.

Tous étant soumis, vaille que vaille, aux mesures drastiques de confinement et de gestes barrières.

Au moment où nous rédigeons cet article, de nombreuses villes frénétiques, de par le monde, sont, du fait du Covid-l9, scotchées sur le mode "PAUSE".

Nonobstant un ratio de morts par nombre d'habitants inférieur aux autres continents, exception faite de l'Océanie, le continent africain n'est pas épargné par cette maladie. Maladie que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a porté au rang de pandémie après avoir décrété pour elle, l'état d'urgence de santé publique de portée internationale.

Des efforts colossaux sont menés par des chercheurs de gros calibres pour l'éradication de cette pandémie. Ipso facto, il ne fait l'ombre d'aucun doute que cette dernière sera jugulée dans un avenir proche. D'autre part, avec des faibles indices de développement humain, les pays africains pataugent dans l'univers impitoyable du sous-développement.

Toutefois, si certains pays s'enfoncent davantage, d'autres sont sur une trajectoire de l'émergence.

Le Covid-19 est venu aggraver la situation des premiers et freiner l'élan des seconds.

Faut-il voir la main de Dieu sur cette crise sanitaire ?

Le coronavirus ne peut en aucun cas être considéré comme un signe de la fin du monde. Néanmoins, ce cataclysme provoqué par un micro-organisme d'à-peine quelques nanomètres de diamètre, devrait nous faire réfléchir. Nous inciter à nous poser des questions sur nos existences, sur certains de nos comportements.

Prenons, à titre d'exemple quelques agissements inspirés par la mondialisation sauvage, qui n'a que faire de la morale ou de l'éthique.

Mariages entre personnes de même sexe, prétentions, du fait de l'hubris technologique, de la transformation ontologique de l'humanité, croyances démiurgiques qui accompagnent la quête d'artefacts destinés à dépasser les capacités cognitives de l'être humain.

D'aucuns se demandent si le fait que les pays du continent les moins touchés par le Covid-19, soient ceux qui sont à l'angle mort de la mondialisation (Lesotho, Malawi, Soudan du Sud, Swaziland) est fortuit.

Lorsque Dieu parlait à Adam et Eve dans le Jardin d'Eden, il est évident que lui, qui n'a pas le mensonge dans son ADN, disait la vérité concernant ce qui leur arriverait au cas où ils désobéiraient.

Nous ne pouvons donc pas nous imaginer vivre dans un monde où nos idées et nos actions n'ont pas des conséquences sur nous et sur nos semblables.

L'Arche de Noé, la Tour de Babel, la destruction des villes de Sodome et de Gomorrhe sont à cet égard, très éloquents. Le devenir artificiel de l'humanité et son corollaire le devenir humain des machines n'y peuvent rien.

Point n'est besoin d'être un orfèvre en Théologie pour tordre le cou à l'idée selon laquelle un humain peut être dans le secret de Dieu.

On ne peut pas faire porter à Dieu la responsabilité de nos incompréhensions.

N'empêche qu'il nous semble que le créateur, dans sa providence, n'aurait pas voulu de cette crise épidémiologique.

S'il l'a permise, c'est peut-être pour nous transmettre un message. Celui de nous demander de vivre dans la réflexion, la prière et de mesurer nos gestes et nos envies qui devraient converger vers sa volonté.

Ce contexte de pandémie devrait aussi nous inciter à repenser le sens de notre existence et à nous poser dans un face à face lucide avec l'énigme de la condition humaine.

Si nous ne mourons pas tous du Covid-19, nous allons tous mourir un jour. Ce monde n'est pas un lieu où l'on reste, mais un lieu où on passe. Ceci n'est pas la vérité pour certains, c'est la vérité pour tous.

Celle que nous reléguons souvent si délicatement aux oubliettes des réalités essentielles.

L'Afrique doit gagner la bataille du Covid-19

La pandémie n'ayant pas encore dit son dernier mot, la vigilance doit rester de mise en Afrique. Les consignes pour minimiser la propagation du virus, telles que les gestes barrières, doivent être scrupuleusement respectées. Le confinement doit être accepté de gaité de cœur. Il permet de réduire le taux de reproduction de base de la pandémie et par ricochet, de minimiser les chances de sa propagation.

L'Afrique doit saisir l'opportunité pour confectionner un véritable tissu productif local comprenant des industries pharmaceutiques. Celles-ci devraient transformer les plantes locales et ainsi éviter au continent d'importer 90% des médicaments dont il a besoin.

De même, le continent devrait mettre l'accent sur la formation du personnel de santé, la construction d'infrastructures médicales d'accueil et de prise en charge des patients.

Tout ceci s'appuyant sur des coopérations scientifiques et sanitaires solides et des transferts de compétences médicales, techniques et stratégiques.

En ce qui concerne les deux mamelles essentielles du traitement en médecine que sont la prophylaxie et la thérapie curative, les intelligences sanitaires du continent doivent mutualiser leurs efforts pour chercher des solutions endogènes auxquelles viendraient se greffer des bonnes volontés externes.

L'après Covid-19 doit être différent de l'avant Covid-19

L'Afrique devrait tirer avec intelligence, sagesse et rigueur les leçons du Covid-19.

« Sous le choc du pilon, souffre le grain de riz. Mais l'épreuve passée, admirez la blancheur. Pareil sont les humains. Pour être homme, il faut subir le pilon du malheur ».

Ce dicton de Hô Chi Mihn est à point nommé ici. Les africains ont subi à gogo des pilons du malheur. Citons sans souci d'exhaustivité, les dictatures militaires, les crises économiques, les entraves aux droits de l'homme, la paupérisation à outrance, les crises sanitaires d'Ebola et de Chikungunya.

La crise sanitaire en cours est un autre pilon du malheur pour les africains. Il surpasse tous les autres par sa dangerosité pour les vies humaines, la rapidité de sa propagation et la nocivité de ses conséquences sur la croissance, le chômage et la misère des populations.

Cette dure épreuve devrait nous aider à construire le ressort du vivre ensemble africain et de tracer une nouvelle trajectoire pour le continent.

Trajectoire qui devrait conduire vers des politiques qui placent la santé au cœur des stratégies de développement.

Pour être plus agressif, les africains seraient avisés de faire front commun et d'éviter d'agir par mimétisme.

La vitalité créatrice des africains devrait consister à repenser la santé, l'économie et le social à l'aune des lorgnettes tournées vers les réalités africaines.

D'autre part, la dignité devrait faire partie intégrante de l'écosystème comportemental de l'africain.

Ainsi, avant de tendre la main, les pays africains devraient d'abord compter sur leurs propres forces. Ceci d'autant plus que le continent est riche en ressources naturelles et dispose d'une expertise jeune et compétente. Expertise qui est dilapidée par le chômage et le brain drain.

Les dirigeants et l'intelligentsia du continent doivent enterrer la hache de guerre pour le bien des populations africaines

«Lorsque deux éléphants se battent, c'est l'herbe autour qui en souffre ». Ce vieux dicton est instructif à cet égard. Les gouvernants et les intellectuels du continent ne peuvent pas se regarder en chien de faïence, sans causer des dégâts sur les populations.

Les premiers doivent écouter ceux qui savent et leur accorder un soutien tant moral que financier, afin que de leurs délibérations sorte un organigramme détaillé des stratégies à adopter pour déboucher sur une Afrique libre, démocratique et prospère. Faisant ainsi entrer dans l'espace des possibles, ce qui pourrait ressembler à une utopie. Clouant, de ce fait, le bec à ceux qui se rêvent toujours en médecin d'un perpétuel patient africain.

Les seconds savent que toute autorité vient de Dieu. Ils doivent, de ce fait, respecter leurs dirigeants et leur indiquer ce qui ne va pas ainsi que les approches efficaces pour y remédier.

Les gouvernants, les autorités sanitaires et les professionnels de la santé des pays africains doivent travailler la main dans la main avec les scientifiques et chercheurs dans les domaines de la santé et les disciplines connexes. Ils doivent délivrer des messages audibles pour les populations.

La crise du coronavirus a mis à nu les maux qui gangrènent les systèmes de santé en Afrique. Faible nombre d'infrastructures hospitalières, faibles budgets, état de délabrement et sous équipements des infrastructures existantes, insuffisance du personnel hospitalier.

Les responsables sanitaires africains ont la lourde responsabilité de faire connaitre aux dirigeants de leurs pays respectifs cet état de chose. Ils doivent en contrepartie obtenir de ceux-ci l'élargissement de leurs assiettes financières afin d'affronter les défis susmentionnés. Ils doivent s'assurer que les réalisations conjointes sont durables et alignées aux priorités de santé publique du continent.

Dans tous les pays du continent des équipes éclectiques comprenant des épidémiologistes, des virologues, des économistes, des démographes etc... devraient être mises en place et collaborer, par l'entremise de l'Organisation Mondiale de la Santé, avec des équipes sœurs de l'hémisphère nord.

Des telles équipes devraient travailler d'arrache-pied pour l'assainissement de la santé publique en Afrique. Elles devraient aussi jeter leur dévolu dans la lutte contre les maladies infectieuses sur le continent.

Dans l'esprit de l'épidémiologiste Larry Brilliant qui a écrit : « Les émergences de virus sont inévitables, pas les épidémies », les équipes susmentionnées pourraient aider l'Afrique à éviter les épidémies dans le futur.

Elles seraient aussi d'une grande utilité dans la vulgarisation de certains faits saillants en faveur du grand public. Faits, qui une fois assimilés, éviteraient des ennuis de santé aux populations.

Citons par exemple, le lien entre un milieu insalubre et la naissance des microbes, le pont entre la dégradation de la biodiversité et la transmission des virus de l'animal à l'homme, La relation entre notre vulnérabilité croissante face aux épidémies et la destruction accélérée des habitats.

Les équipes ci-dessus devraient aussi aider à déconstruire des clichés du genre

«Un virus ne résiste pas à la chaleur » (alors qu'il se complait dans le corps humain à 36°), « Le Covid-19 ne s'attaque pas aux noirs » (alors qu'il a fait des morts en Afrique noire).

Les portes paroles de ces équipes devraient s'appuyer sur une rhétorique communicative adéquate et convaincante pour passer des messages utiles aux populations.

Il est regrettable qu'avec l'influence du professionnalisme, des tels messages s'épuisent souvent en psittacisme des concepts érudits ou en logorrhées vaniteuses pour épater les non-initiés.

Les communications émanant des équipes des scientifiques devraient être relayées par les autorités administratives.

En effet, les droits à dire et à être entendu sont inégalement distribués. Ce qui est dit compte peu, mais celui qui le dit compte plus.

En guise de conclusion

D'après l'historien autrichien Walter Scheidel, les plus grandes remises à plat résultent des chocs les plus sévères.

Le Covid-19 en est un. Puisse-t-il nous aider à mettre en place une Afrique créative, solidaire et résiliente.

Que cette rude épreuve nous conduise aussi à une reconfiguration de nos entendements afin de réencastrer l'éventuel et le fortuit dans la conduite des affaires publiques, surtout celles relatives à notre santé.

Puissions-nous œuvrer tous pour combattre le Covid-19, prévenir et contrer les épidémies à venir, ensemble et dans l'esprit du dicton : « Celui qui n'a pas voulu quand il pouvait, ne pourra pas quand il voudra ».

Enfin, émettons le vœu ardent que sorte prochainement de terre, ce système de santé global, solidaire et durable dont le continent a tant besoin.

Jean-Pierre Luhandjula

Professeur des Mathématiques au Département de Math-Info de l'Université de Kisangani

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