Burkina Faso: Ramadan 2020 - Une prière sous le sceau du coronavirus

La communauté musulmane du Burkina Faso, à l'instar de celle d'autres pays du monde entier, a célébré la fête de l'Aïd el fitr ou la fête de la rupture du jeûne le 24 mai 2020. A Ouagadougou, la prière marquant la fin des 30 jours de jeûne, rythmés par des moments d'intense spiritualité et d'adoration d'Allah, a eu lieu à la place de la Nation.

Un espace où, à cette occasion, il y avait cette année un dispositif particulier ; la lutte contre la propagation du coronavirus oblige. Pour l'imam célébrant, ce mal est tout simplement dû aux actions des hommes d'où la nécessité qu'ils s'en remettent à leur créateur, le seul remède à toute calamité.

N'entrait pas dans l'espace bien délimité de la place de la Nation qui veut mais qui était prêt à se soumettre aux différents gestes barrières et aux consignes données par les organisateurs de la prière.

Port du masque ou du cache-nez obligatoire, les fidèles qui n'en ont pas en sont dotés séance tenante, des dispositifs de lave-mains entreposés à chaque entrée et à l'intérieur de l'espace, le gel hydro-alcoolique en renfort, des affiches de sensibilisation au coronavirus placardées çà et là et le tout couronné par un marquage au sol indiquant l'emplacement des tapis de prière dans le respect de la distanciation sociale.

Une batterie de mesures qui sont la preuve palpable que les mahométanes et les mahométans devaient impérativement s'adapter à la nouvelle donne imposée par la covid 19 ; cette maladie qui n'a épargné aucun secteur d'activité depuis son apparition au Burkina Faso le 9 mars courant.

«A l'intention de ceux qui viennent d'arriver : veillez au strict respect de l'écart entre vous, évitez de vous saluer et de vous faire des accolades, la maladie à coronavirus n'est pas encore finie, respectons les consignes de nos autorités politiques, sanitaires, de nos responsables religieux afin de barrer la route à ce fléau », n'ont cessé de seriner les tenants des micros, entre deux cantiques de louanges à Allah, en langues locales.

C'est dans cette atmosphère que le Mogho Naaba Baongho a pris place dans le fauteuil royal qui lui était destiné avec derrière lui sa suite, composée, entre autres, de sécurocrates et de batteurs de tambour. Drapé dans son gros boubou noir blanc et portant un cache-nez assorti, l'arrivée de Sa Majesté a été suivie par celle du gouvernement, représenté par le ministre en charge des Cultes, Siméon Sawadogo, et du grand argentier, Lassané Kaboré. Il ne manquait donc plus que l'imam pour le début de l'exécution des deux rakats surérogatoires.

Un bâton pour recadrer les hommes

Après une dizaine de minutes faites de génuflexions et de prosternations sous la direction d'el hadj Mohamed Sourwila, les fidèles étaient tout ouïe à ce dernier lors de son sermon. Au-delà de l'invite à la préservation des acquis du mois de jeûne (voir encadré), l'imam a axé une bonne partie de son adresse sur le contexte, marqué par la maladie à coronavirus et à l'insécurité, cet autre mal qui sévit depuis il y a cinq longues années. «A la lumière de l'islam, les maladies qui s'abattent sur nos pays et le monde entier en général sont le fait des hommes. Elles sont la résultante de nos errements, de nos actions de désobéissance envers notre Créateur. C'est pourquoi Il s'est saisi d'un bâton pour recadrer les Hommes, comme l'homme le fait pour son troupeau. Et dans ces cas de figure, il ne saurait y avoir de remède tant que, d'abord, nous ne nous en remettrons pas à Lui. Nous devons Le supplier avec humilité afin qu'il lève cette calamité. L'arme du musulman, ce sont les invocations et les prières. Prions afin qu'Il éradique cette maladie et nous préserve de toutes celles qui pourraient venir », a déclaré l'imam Sourwila pour qui ce retour à Dieu doit se matérialiser hic et nunc. S'il est d'accord avec la manifestation de la joie les jours de fête, il a cependant invité les fidèles à le faire dans la sobriété, à se départir des excès et des écarts de conduite. Il les a aussi exhortés au respect des mesures barrières et autres consignes édictées par les autorités politiques, sanitaires, religieuses et coutumières. «Ce sont des gestes que vous savez déjà, tels le port du masque, le lavage des mains à l'eau et au savon, entre autres, pour que la maladie ne gagne pas du terrain», a ajouté le mufti.

L'imam, du haut de son estrade, a par la suite eu une pensée spéciale pour toutes celles et tous ceux qui souffrent d'une maladie quelconque et sont alités chez eux, dans des hôpitaux ou à l'extérieur du pays en quête d'une meilleure santé. Il n'a pas omis les plus de 800 000 déplacés internes contraints de fuir leurs localités d'origine à cause des attaques terroristes. «Nous faisons une mention spéciale à nos Forces de défense et de sécurité qui, nuit et jour, sous le soleil et la pluie, se mobilisent pour assurer notre quiétude. Puisse Dieu les aider à nous aider dans la recherche de la sécurité. Nos bénédictions vont également au président du Faso ainsi qu'à tout son gouvernement. Qu'Allah les inspire et leur donne les moyens pour qu'ils œuvrent au bien-être des populations dont ils ont la charge», a souhaité el hadj Sourwila.

Le ministre en charge des Cultes, Siméon Sawadogo, et son collègue de l'Economie, des Finances et du Développement, Lassané Kaboré, venus souhaiter bonne fête aux musulmans au nom de l'exécutif, ont, quant à eux, salué la disposition des communautés religieuses à veiller au respect des mesures barrières.

«Vous aurez remarqué qu'il y a eu une volonté de faire respecter la distanciation sociale et les différentes mesures préconisées par le gouvernement. Il est vrai qu'il y a toujours des comportements à améliorer, mais on sent cette volonté de nos frères musulmans et de l'ensemble des communautés religieuses de les respecter», a-t-il fait savoir, confiant que le pays viendra à bout de cette pandémie.

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