Congo-Kinshasa: BDK, Lucha... - Pourquoi toujours l'exception congolaise ?

«Gilets Jaunes » en France du 17 novembre 2018 à début 2020, « Mouvements pro-démocratie » en Chine (précisément à Hong Kongo) du 15 mars 2019 au 19 janvier 2020, « Révolution du sourire » ou « Printemps algérien » en Algérie du 22 février 2019 au 13 mars 2020 : les manifestations publiques à longue durée et à grande échelle ayant caractérisé l'année 2019 et les premiers mois de 2020 se sont « diluées » d'elles-mêmes, au fur et à mesure de la confirmation des menaces du Coronavirus.

Organisateurs - et même manifestants - ont vite fait de réaliser le non-sens du maintien des rencontres en masses et de braver les mesures barrières prises par les autorités politiques pendant que la pandémie répand la mort réelle sur le monde.

Pourquoi ce n'est qu'en RDC où la culture est à l'exception ?

Dans le Kongo Central et à Kinshasa, une affaire privée (revendication des émoluments par le Député national Zacharie Badiengila) fait envoyer à la mort 55 personnes, selon le rapport publié par Hwr. L'Etat est accusé d'usage disproportionné des armes létales à l'endroit des "makesa" (militants, selon Papy Mantezolo) pendant qu'il est établi que cette milice se fait la réputation d'être indestructible.

Pour les Occidentaux, une noix de palme qui tue, c'est tout ce qu'il y a de stupide. Ou une Kalachnikov qui embraye devant un adepte de Ne Muanda Nsemi bardé d'amulettes (fétiches), c'est tout à fait bête.

Pourtant, pour le policier ou le militaire qui voit son compagnon mourir d'une « noix de palme » lui explosant au visage comme une grenade, l'instinct de sa propre survie l'emporte sur la survie de son « agresseur ».

Ce phénomène, pour ne pas remonter à l'époque coloniale ni précoloniale, le Congo le vit depuis les années 1960 : Maï-Maï, Mama Onema, BDK, Enyele, Bakata Katanga, Kamwina Nsapu etc. en sont les témoignages. Des gourous manipulent des esprits faibles par des pratiques occultes, et le "kesa" (militant) agit en automate (comme un zombie) avec toutes les conséquences qui en découlent.

Dans tous les cas, au Kongo Central, tous les morts ou blessés pour des raisons politiques au cours de ces 40 dernières années sont à plus de 95 ℅ BDK ! C'est qu'il y a anguille sous roche.

Pour l'heure, il n'y a pas anguille sous roche dans la mesure où l'on voit Hrw, Papy Mantezolo et quelques médias prompts à traiter de la question mais lents à mettre en exergue la cause première de la répression des manifestations organisées à Kinshasa et au Kongo Central, à savoir les émoluments réclamés par Ne Muanda Nsemi. Et non, comme on le fait croire, l'appel au départ des non-originaires de l'Espace géographique Kongo qui va tout de même de Muanda à Kinshasa.

Les faits connus sont les suivants : primo, Serge Mayamba (détenteur de la procuration établie par Zacharie Badiengila) et Papy Matenzolo affirment la perception par Ne Muanda Nsemi de ses fameux émoluments au travers de sa famille pendant qu'il est en prison. Secundo, faut-il encore noter que l'Etat congolais n'est pas obligé de les lui payer pour une raison valable : la cavale ! Oui : Zacharie Badiengila va fuir la prison avec, dans sa suite, des détenus qu'on n'a plus retrouvés. Tertio, revenu d'on ne sait où, il se met à réclamer des émoluments pour les deux ans au cours desquels il n'a pas siégé. Quarto : prétextant le cas Bemba, il ne dit mot du véhicule 4×4 obtenu au titre d'indemnités de sortie. Quinto : malgré cela, il ose défier l'Etat en menaçant la sécurité publique au moment où justement l'Autorité établie va prendre des mesures barrières contre le Coronavirus. Dont, évidemment, l'interdiction d'un attroupement de plus de 20 personnes. On le voit en procession, avec ses centaines de « makesa », sur les artères riveraines de sa résidence de Benseke, au quartier Ma Campagne.

Quand on pense qu'on a failli ne pas avoir une loi autorisant l'état d'urgence au motif que l'Assemblée nationale et le Sénat ne pouvaient pas siéger à cause de cette interdiction, rien n'explique toute caution apportée aux manifestations publiques de BDK organisées à des fins privées.

La mesure barrière relative à l'attroupement de 20 personnes s'appliquant sur l'ensemble du territoire national, rien n'explique non plus l'exception congolaise que s'accordent Lucha et tous les mouvements semblables.

Autant pour BDK que pour les autres, Lucha connaît le sens de la proclamation de l'état d'urgence. A commencer par la restriction de certaines libertés. Dont, encore évidemment, celle de manifester publiquement.

Certes, l'insécurité à l'Est n'est pas éradiquée. A un moment donné, on a assisté à une accalmie. Mais qu'elle ait repris, elle ne doit pas (nous) faire perdre de vue que deux épidémies tuent dans cette partie du pays : Ebola et Covid-19. Raison de plus pour la mise en attente de certaines revendications, surtout quand elles mettent des masses dans la rue.

L'ennemi, lui, sait qu'il a besoin de la preuve du statu quo dans la gestion des droits de l'homme autant sous Kabila que sous Tshisekedi. L'ennemi, lui, a un objectif connu : confirmer la non-gouvernabilité du Congo, réputé trop grand pour être bien géré.

S'agissant des « makesa », de Lucha et de toutes les organisations semblables, la question qu'on se pose toujours est de savoir pourquoi, si réellement ils sont pour le changement qu'ils veulent voir se produire au pays, n'intègrent-ils pas les Fardc et la Pnc en plus des institutions comme l'Assemblée nationale, le Sénat et les Assemblées provinciales ! Rien ne justifie, en effet, le fait de s'abstenir de mettre au service de son pays l'expertise dont on croit disposer. L'expertise dont on dispose se réduit à marcher, marcher, marcher.

Dommage que dans la plupart des cas, c'est la « piétaille » qui attrape des balles pendant que les leaders, eux, semblent détenir des infos précises pour se mettre à l'abri au moment indiqué.

Un proverbe de chez moi (Kongo central) dit : « kizowa, dia kidianga ». Traduction littérale : « L'idiotie mange aussi »; le verbe « manger » étant utilisé au figuré, c'est-à-dire dans le sens de (se) tuer.

Quand on va mourir pour des émoluments faux d'un gourou en proie à un dérèglement mental ou quand on va mourir pour un mouvement SDF (ses revendications n'ont plus de domaines ni de directions fixes), c'est qu'on a un esprit suicidaire.

Au moment où Français (Gilets Jaunes), Chinois de Hong Kong (Mouvements pro-démocratie) et Algériens (Révolution du sourire) ont mis en veilleuse leurs revendications pour ne pas s'exposer au Coronavirus, rien ne justifie l'exception congolaise, mais alors rien.

Sauf le fait d'obéir à un agenda plutôt anti-Congo !

A La Une: Congo-Kinshasa

Plus de: La Prospérité

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.