Sénégal: Ibrahima Diakhaby - « La chance ne m'a pas souri à des moments clés de ma carrière »

Aussi bon joueur et redoutable buteur sur le terrain que personne, adorable en dehors, Ibrahima Diakhaby, l'ancien attaquant de la Jeanne d'Arc de Dakar a eu une honnête carrière de footballeur. Et même s'il ne regrette absolument rien, il aurait pu prétendre à plus. Il n'en veut cependant pas au destin qui ne lui a pas toujours été favorable.

« Le football sénégalais ne s'est jamais aussi bien porté au niveau national. Il est n°1 en Afrique depuis plusieurs mois et peut compter sur des joueurs de classe mondiale évoluant dans de grosses écuries. Quant au foot local, il tente tant bien que mal d'exister avec des équipes professionnelles qui se battent malgré le manque de moyens.

Mais, il n'y a pas de raisons de baisser les bras ; la réussite est au bout de l'effort. » Bien que vivant en France depuis 1994, l'ancien attaquant international de la Jeanne d'Arc de Dakar, Ibrahima Diakhaby, est un observateur averti du football sénégalais.

Auparavant, il s'était illustré sur les pelouses chérifiennes à partir de la saison 1988-89, lorsqu'il avait rejoint Moussa Ndaw, son ancien partenaire chez la « Vieille Dame », au Wac de Casablanca avec lequel il a remporté le championnat du Maroc et la Coupe du Roi.

Mais pas la Coupe d'Afrique des champions (devenue Ligue africaine des champions) ; parce que, explique-t-il, « après avoir disputé la compétition jusqu'en quarts de finale, j'étais parti à l'intersaison au Kawkab de Marrakech avant de revenir au Wac un an plus tard ». Il n'était donc pas là lorsque Moussa Ndaw et les Wydadis avaient soulevé le trophée continental.

De son expérience marocaine, Diakhaby dit avoir beaucoup appris. « J'ai surtout été marqué par l'engouement populaire autour des clubs », dit-il en souvenir certainement, de la JA de la belle époque lorsque lui et ses partenaires déplaçaient des foules. C'est pourquoi, de savoir sa Jeanne d'Arc évoluer aujourd'hui en National 1, équivalent de la 3ème division, lui fend le cœur.

« C'est peut-être dû à la mauvaise gestion de l'équipe dirigeante », tente-t-il de diagnostiquer tout en se tournant plutôt vers l'avenir. « L'heure est à la mobilisation générale des bonnes volontés pour donner un nouveau souffle à l'équipe. »

Pour Ibrahima Diakhaby qui, dans les années 1980, était un des plus brillants joyaux de la « Vieille Dame », l'urgence est de « faire un bon recrutement, d'y mettre les moyens pour faire remonter l'équipe en L2. C'est cela le plus dur. Je suis convaincu que si la JA revient en L2, elle accédera très vite à l'élite, car tous ceux qui s'étaient plus ou moins éloignés reviendront dans les rangs ».

Une épouse, ancienne athlète

Pour brillant qu'il eut été, « Diakha », attaquant râblé, technique et adroit devant les buts, n'a pas eu une carrière à la dimension de son talent. Car après le Maroc, c'est en Corse qu'il a atterri en 1994, dans un club amateur avant de signer son dernier contrat pro l'année suivante à Ajaccio où il avait croisé un certain Tony Silva alors prêté par l'As Monaco.

Puis il a fini son parcours dans un club à Bastia, avant de s'en aller vivre à Rouen avec son épouse, l'ancienne athlète, Françoise Damado. « Mais je ne regrette absolument rien. De la Jeanne d'Arc à Bastia en passant par le Maroc et la Corse, j'ai rencontré des gens extraordinaires qui m'ont beaucoup apporté dans ma vie de tous les jours », témoigne-t-il.

Lui Diakhaby, a toujours été d'une correction exemplaire et d'une civilité rare. Et d'une foi inébranlable au destin. « Dans la carrière d'un footballeur, il y a bien sûr le talent - ce que tout le monde me reconnaissait - mais aussi le facteur chance qui ne m'a pas souri aux moments clés de mon parcours », soutient-il.

Notamment cette rupture des ligaments croisés qui l'avait tenu éloigné des terrains pendant un an et qui avait été opérée grâce au soutien de l'ancien président de la JA, Oumar Seck. Ou encore, le fait que, retenu parmi les 22 joueurs pour la Can de 1986, en Egypte, il n'ait pas disputé une seule minute lors du tournoi.

Mais, ne comptez pas sur lui pour ruer dans les brancards. Ce n'est pas le genre du bonhomme. D'ailleurs, précise celui qui est arrivé dans la Tanière dès 1983, « j'étais déjà très content d'être du groupe dont j'étais le benjamin. En plus, on avait une équipe très performante avec de très grands joueurs comme Bocandé, Sène, Youm, Roger Mendy. Un groupe équilibré avec 11 Sénefs comme l'on disait alors et 11 locaux. C'était compliqué de se faire une place au soleil ».

Ibrahima Diakhaby refuse même de voir le bon parcours de son fils, Adama, comme « une revanche par procuration ». À 23 ans, son rejeton, international Espoirs français, se fait actuellement les crocs à Nottingham Forest (Championship anglaise) où il a été prêté pour 3 ans par Huddersfield Town.

Même s'il s'interdit de parler de son fils, l'ancien ailier de la JA ne peut s'empêcher de dire son « énorme fierté de le voir arriver là où son papa n'est pas arrivé. J'ai écrit mon histoire et je lui demande d'écrire la sienne et je souhaite qu'elle soit la plus belle possible ».

« Au moins deux fois champion du Sénégal » avec la JA en plus des coupes du Sénégal et de l'Assemblée nationale remportées, Ibrahima Diakhaby, « surclassé séniors dès (sa) première année en juniors » et « capitaine de l'équipe pendant quelques années » en plus de son expérience internationale, est assez outillé pour émettre ce jugement.

« Depuis 2002, le Sénégal a changé de dimension. Si cette génération-là avait mondialement fait connaitre notre pays, c'est celle actuelle qui nous apportera les trophées dont nous rêvons tous. » Pour cela, « Diakha » propose que l'on valorise nos stars.

Ne pas attendre qu'elles meurent pour leur rendre un hommage posthume grandiose comme ce fut le cas avec Jules Bocandé. Selon lui, des statues de El Hadj Diouf et Sadio Mané, les deux seuls Sénégalais à avoir décroché le titre de Meilleur footballeur africain, doivent être érigées au stade L.S. Senghor « pour services rendus au football national », afin d'inspirer tout le monde.

Plus de: Le Soleil

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