Madagascar: Plan de mitigation - Déclin économique en vue, propositions du secteur privé rejetées par l'Etat

Les groupements professionnels parlent de milliers de dépôts de bilans, après que l'Etat ait refusé les propositions du secteur privé dans le Plan de mitigation contre le Covid-19.

Madagascar fait partie des dix pays n'ayant pas de Plan de sauvegarde économique clair, pour faire face à la crise de Covid-19. Des milliers d'entreprises déposeront leurs bilans à partir du mois prochain, faute de soutien de l'Etat, selon les membres du GEM.

Les impacts économiques de la crise de Covid-19 seront plus lourds que prévus. Après les trois premiers mois de crise, 15% des employés des membres du GEM (Groupement des Entreprises de Madagascar) sont déjà au chômage. Ce ne sont qu'un exemple des difficultés actuelles, selon le Groupement. En effet, le secteur privé - surtout les PME - ne peuvent plus couvrir leurs charges à cause du ralentissement des activités économiques, aussi bien sur le marché local qu'au niveau international. A noter qu'une rencontre bipartite s'est déjà tenu le 7 avril dernier, au cours de laquelle, les différents groupements professionnels ont exposé leurs situations et difficultés. Plusieurs ministres y étaient présents et évoquaient déjà des solutions qui pourraient être appliquées. Cependant, la proposition de solutions avancées par le secteur privé est aujourd'hui rejetée par l'Etat, d'après la déclaration de Thierry Rajaona, président du GEM.

Inadéquats. Le plan de mitigation du Covid-19 devait comprendre un plan de sauvegarde économique pour faire face à la crise actuelle, et un autre plan de relance économique, pour l'après-crise de Covid-19. Selon le GEM, la plupart des pays du monde se concentrent déjà sur leur plan de relance, alors que Madagascar n'a même pas de plan de soutien clair. « Le Projet de loi de finances rectificative ne retrace aucune dépense pour ce plan ». Certes, quelques mesures économiques ont déjà été prises par l'Etat, notamment l'octroi de marchés pour la production de masques, aux entreprises de la zone franche ou encore les reports d'échéances financières et fiscales, au bénéfice des entreprises. Mais ces solutions sont loin de pouvoir sauver les entreprises en difficultés, selon les représentants du secteur privé.

Sursis. Les groupements ont proposé la promotion des produits « Vita malagasy », soulignant l'importance des productions issues de l'agriculture, de l'élevage, des industries agro-alimentaires, etc. qui concernent beaucoup les PME. En ce qui concerne les charges fiscales, le secteur privé a précisé dans ses propositions, l'extrême nécessité d'exonérations et d'allègements fiscaux, pour sauver les entreprises de la faillite. Ces points ont été refusés par l'Etat. Face à cette nouvelle, les membres des différents groupements que nous avons questionnés s'accordent à dire que, les impacts du Covid-19 sur le tissu économique de la Grande-île, seront très graves. « Nous avons d'énormes difficultés à couvrir nos charges à cause de la crise. Ce n'est pas en reportant les échéances fiscales que nos activités seront sauvées. Les charges à payer à l'Etat se présentent aujourd'hui comme une bombe à retardement. Sans être pessimiste, nous pouvons dire qu'il est fort probable que les dépôts de bilan se compteront en millier, à partir du mois prochain », ont-ils affirmé.

Opportunités ratées. Pour ces opérateurs économiques, l'Etat devrait au moins accorder ces exonérations fiscales, s'il ne veut pas allouer des fonds pour sauver les entreprises. En effet, la demande du secteur privé formulée en avril dernier, pour le plan de mitigation, indique un fonds nécessaire de 50 milliards Ariary, pour appuyer l'indemnisation des employés mis au chômage technique à cause de la crise. Ce point de requête a également été refusé par l'Etat, d'après le GEM, qui a martelé qu'avec cette tendance, Madagascar va rater toutes les opportunités économiques, par rapport aux autres pays.

D'après les informations, les discussions entre les représentants du secteur privé et ceux du Gouvernement se sont toujours bien déroulées, alors que les propositions dans le plan de mitigation sont rejetées par l'Etat. Selon les opérateurs économiques, le blocage se situe au niveau du ministère de l'Economie et des Finances, qui ne veut céder aucune recette fiscale, même si de nombreuses entreprises sont menacées de fermeture... une situation qui pourrait réduire considérablement les recettes de l'Etat pour l'année prochaine et qui favorise un déclin économique pour Madagascar, qui cherche pourtant à préparer son envol.

Plus de: Midi Madagasikara

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