Congo-Kinshasa: La démocratie d'opinion - "Que le jeu continue... "

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En observant les événements de la politique particulière au Congo, nous disons qu'il y'a sensation démocratique. Tel un vent qui nous atteint à l'épiderme, la démocratie est encore épidermique, c'est-à-dire un souffle agissant sur la peau et qui, dans un premier temps, exige des réactions relatives à cette partie superficielle du corps humain.

Connaissant le passé, baignant dans la tragédie du présent, nous n'avons du futur que son caractère prédictible qui laisse dans l'esprit un sentiment mitigé d'espoir et de tristesse. Embraqués dans l'appel incessant et inévitable de l'avenir, nous sommes pris, en ce temps post dictature, par le désir soit de renouveler le passé, soit de le réfuter totalement.

Tout dépend de la position que nous permet d'occuper le présent. Si on se place dans l'axe du pouvoir, il appert que son détenteur voudrait toujours le détenir s'il lui procure toujours jouissance.

Quand bien même la plupart de citoyens ne se reconnaîtraient pas dans ce pouvoir, son détenteur ne trouverait pas de raison de l'abandonner tant qu'il est assujetti à ses intérêts.

Et aussi, Les siens qui l'entourent veulent toujours être là où il fait bon vivre, c'est-à-dire, sous la couverture du pouvoir anarchique. Tout changement est ainsi mal perçu car il met en danger leurs intérêts. C'est ainsi que dans le désordre caractéristique du pouvoir anarchique, politiques, on s'amuse entre frères claniques, on s'amuse loin des valeurs absolues, loin du sacré.

En effet, il n'y a rien de sérieux pour eux.

Ainsi, emportés dans le plaisir ludique, les miens et Moi voudrions que le jeu continue.Quant aux autres qui ne participent pas au jeu, ils se constituent en spectateurs tristes qui perçoivent clairement que, dans ce jeu, le pays va mal.

Ils voudraient bien que tout change quand les maîtres du pouvoir préfèrent eux que le jeu continue.

Ne participant pas à la jouissance du pouvoir, ne bénéficiant pas de droits effectifs, les autres vivent dans l'amertume que laisse le chant démocratique tant exécuté dans le pays et qui ne transforme pas la violence en justice. Ils sont dans l'amertume due au fait que le pays appartient à un groupe, ces acteurs du drame politique ; amertume vécue dans leur être parce qu'ils sont pris en otage par les acteurs de la tragédie politique qui veulent que le jeu continue toujours; en fin de compte, tout est amer parce que le pays va mal.

D'aucuns voudraient que tout change.

Cependant, rien ne se fait. Ce sont les mêmes personnes qui ont pris goût au pouvoir; ils prennent les couleurs de nouveaux partis politiques, s'accommodent aux nouvelles alliances car ils veulent toujours être là. Dans l'axe du désir du moi et des miens, la situation s'empire pour les autres tant que la dialectique place les uns en position de force.

On comprend pourquoi, il n'est pas question de quitter la scène tant qu'on peut encore faire ses démonstrations de force; tant qu'on est lié à un plus fort... On peut ainsi percevoir plus clairement pourquoi dans les pays qui n'ont pas encore accédé à l'abstraction et à la valeur de l'idée, de la pensée et de la parole, personne ne démissionne.

En effet, le jeu politique étant encore au niveau des besoins individuels ne se hisse pas au niveau de l'exigence universelle de l'idée dans laquelle il y a partage du sens commun et du bon sens. La contradiction entre l'action et l'idée n'émeut personne ; l'animalité noyée dans l'homme refait surface : les sentiments humains tels que l'honneur, la honte n'ont pas droit de cité ici.

Dans ces conditions, la logique de la force règne sur la scène politique car il s'agit non de la raison la plus forte mais de la raison du plus fort. C'est le retour de la jungle où la norme n'existe pas.

Il y a ainsi rupture entre l'activité politique et la morale faisant de l'homme politique un être immoral voir amoral car la jungle qui meuble son esprit le soumet à la pression de la poursuite des biens qui voilent complètement la recherche du Bien. C'est ainsi qu'on est toujours loin de produire dans la cité, comme le dirait Paul Ricoeur, « une vie bonne avec autrui dans des institutions justes».

La logique du moi et des miens qui contraint le politicien à demeurer sur la scène est source des ambiguïtés dans l'espace politique où le primat de l'opinion, couplée à l'imperium des intérêts égoïstes produit une topographie de l'anarchie à travers laquelle la violence, le désordre, la misère du plus grand nombre sont mis en relief.

Tel est même le contexte d'un pays où la plupart des citoyens sont à la recherche du minimum vital. Cependant, bien qu'on soit embarqué dans la recherche de la satisfaction des besoins primaires, on voudrait quand même accéder aussi aux grands enjeux des temps. Ce désir reste vain, car la rationalité décolle difficilement sur la piste des appétits égoïstes. L'homme devient pure matérialité fuyant tout exercice de l'esprit et dont l'aiguillon du désir ne peut que pointer la conquête de l'avoir matériel.

Ainsi s'ouvre, en politique la porte de la prédation du moi et des miens dont les ambitions se bornent au désir de durer dans les jouissances du pouvoir.

Si l'on réveille la démocratie de l'opinion à ce stade de la prédation, on la découvre au service des maîtres qui tiennent pour volonté populaire, leurs intérêts égoïstes.

La démocratie signifiant l'usage du forum appelé parlement devient manipulation de la loi par une majorité intéressée qui vote tout à la mesure des hommes forts, pour s'assurer de leur longévité politique au pouvoir, les politiciens rusés en sont arrivés à former un parlement représentatif des opinions des hommes forts ; un parlement qui fonctionne pour fabriquer un cadre juridique assorti à leur ambition bafouant complètement la volonté de la population qui, elle, vit dans la misère et l'espoir d'un nouvel ordre politique rationnel toujours retardé, et raisonnable.

Professeur Jean Kambayi Bwatshia

Directeur du Centre de Recherche sur les Mentalités

et l'Anthropologie Juridique «Eugemonia»

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