Congo-Kinshasa: Histoire - Ce qu'on ne vous a pas dit...

analyse

Le nom Zaïre

En août 1483, l'explorateur portugais Diego Cao arrive au royaume du Kongo et découvre un fleuve impétueux, le rio poderoso, sur les bords duquel il érige une colonne de pierres, le padrao. Il s'enquiert du nom auprès des habitants. On lui répond : Nzadi (le grand fleuve). Il écrit : Zaïre. Cinq siècles plus tard, un missionnaire belge transformera Ngalula en Malula pour l'inscription d'un élève dans son école. Au 18ème siècle, Voltaire donnera le nom de Zaïre à l'héroïne de sa pièce de théâtre.

En juin 1960, dix jours avant l'indépendance de la RDC, les députés élus aux élections de mai doivent se prononcer sur le nom que portera le Congo belge qui sollicite son entrée à l'ONU. Un député se lève et propose le nom de Zaïre. Il s'appelle Grégoire Kamanga. Il appartient au parti politique Coalition Kasaienne (Coaka) allié au MNC-Lumumba, et occupera en premier le poste de ministre de la santé. Il argumente que le changement de nom évitera des disputes avec nos voisins du Moyen Congo français. Il n'est pas suivi par ses collègues. Anicet Kashamura du Centre de Regroupement Africain (CEREA), le futur ministre de l'information, réplique. Le Congo belge sera indépendant le 30 juin. Le Moyen Congo français aura son indépendance après nous. Il n'y a pas de raison de changer de nom. Maintenons Congo. En août, nos voisins d'en face devenus indépendants adopteront aussi le nom de Congo. Pour nous différencier, on parlera de Congo-Léopoldville (Kinshasa) et Congo-Brazzaville.

Joseph Désiré Mobutu, de retour à Kinshasa le 10 juin 1960, se souviendra de ce débat lorsqu'il débaptise le Congo en 1971 pour prendre le nom de Zaïre proposé par Kamanga. Il ne veut plus de Congo parce que ce nom était assimilé aux troubles, aux mutineries, aux rébellions et aux sécessions du début des années soixante. Le Congo a donné congolisation comme la région des Balkans avait donné balkanisation. Pour Mobutu Sese Seko, Zaïre était comme un habit neuf que revêtait le pays et qui réhabilitait ses habitants.

L'appropriation du Mouvement Populaire de la Révolution de Pierre Mulele

Dans le maquis du Front de l'Ouest, Pierre Mulele fait le point de la lutte avec ses proches au Kwilu. Le mouvement insurrectionnel se développe à l'ouest avec ses partisans. Il sait qu'à l'est un mouvement similaire étend son étreinte avec Soumialot et les autres camarades révolutionnaires pour faire tomber « le régime fantoche » de Léopoldville. Il espère et augure que ces deux mouvements de l'ouest et de l'est vont se rejoindre et former un seul Mouvement Populaire de la Révolution. Ce nom est fixé sur papier.

Ce papier parviendra au Chef d'Etat-major de l'Armée Mobutu lorsque les forces armées ont pu se saisir des archives de la rébellion. Après le coup d'Etat du 25 novembre 1965, tous les partis politiques sont interdits. En mai 1967, le président Mobutu crée son parti qui deviendra un parti unique, le Parti-Etat Mouvement Populaire de la Révolution. Olinga, Olinga te, ozali kaka M.P.R. Joseph Désiré Mobutu s'est approprié le nom du parti projeté par Pierre Mulele.

L'adoption du Flambeau de l'UGEC

Le 27 octobre 1971 le Pouvoir mobutiste décide de débaptiser le pays, le fleuve et la monnaie appelés « Zaïre » (3Z). Il fallait accompagner cette opération du changement de l'hymne national et du drapeau. Le Président Mobutu fit venir les compositeurs de l'hymne du Trente juin, en l'occurrence l'historien Lutumba lu-Vilu-na Wundu pour le texte, et le père Boka di Mpasi Londi pour la musique, et leur imposa un canevas de travail. Il fallait prendre en compte la grandeur du pays, la place du fleuve, la paix retrouvée après une période de troubles, la devise du pays et l'ambition de ses dirigeants.

L'air plut au Président Mobutu. Un Conseil extraordinaire du Bureau Politique, l'organe de conception, d'inspiration, d'orientation et de décision du M.P.R. tenu à Mbuji-Mayi le 18 décembre 1971 retint l'hymne qui y fut chanté pour la première fois. Mais l'exécution publique de la Zaïroise eut lieu à Lubumbashi.

Pour le drapeau national, bien que le président Mobutu ait en horreur l'idéologie de l'Union Générale des Etudiants Congolais (UGEC) - le socialisme scientifique -, il adopta le logo de l'UGEC, avec le flambeau qui symbolisait l'éveil du peuple. Il fut convaincu par certains de ses conseillers, des anciens membres de ce mouvement estudiantin.

Le fétichisme du chiffre 4

Pour le Maréchal Mobutu, quatre était un chiffre faste. Il avait le fétichisme du chiffre 4. S'il est né le 14 octobre 1930 à Lisala, il a tenu à poser des actes importants durant ces jours fastes : 14 septembre 1960 pour son premier coup d'Etat, 24 novembre 1965 pour son second coup d'Etat (en réalité l'opération préparée la veille a abouti le 25 novembre), 24 juin 1967 pour sa première Constitution, 4 octobre 1973 pour son premier discours à l'ONU à New York, 14 janvier 1990 pour le lancement des consultations populaires, 24 avril 1990 pour la libéralisation de son régime.

Mutamba Makombo Jean-Marie

Professeur Emérite /Université de Kinshasa

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