Congo-Kinshasa: Kamerhe et Jammal - La demande de liberté provisoire était prématurée

En prenant la parole à la Prison Centrale de Makala pour son second passage devant les juges du Tribunal de Grande Instance de Gombe, Vital Kamerhe était conscient des enjeux. Il jouait gros concernant sa crédibilité, son innocence et son avenir. Aussi, a-t-il décidé de pratiquer l'offensive dans l'espoir de renverser un «match» qui avait mal démarré le 11 mai dernier.

Sous les projecteurs de la télévision nationale, il a lâché des phrases chocs : « Mon nom ne figure nulle part; je n'ai rien signé; qu'est-ce que je fais ici depuis quarante jours alors que je n'ai commis aucune faute. Mon honneur, celui de ma famille et de ma belle-famille a été jeté en pâture; rendez-moi ma liberté parce que ma place n'est pas ici etc ». L'homme, le politicien, était déchaîné. Le verbe haut, il donnait l'impression de s'adresser non pas aux juges visibles sur le petit écran, mais plutôt à une foule de militants invisibles, disséminés à travers le pays et qui avalaient chacun de ses mots comme une vérité d'évangile.

Mais l'étape de l'applaudimètre militant passée, voici la subtilité juridique avec ces questions, toujours anodines, qui tracent inlassablement le sillon qui conduit à la vérité. Par exemple :

- « Vous avez dit que vous étiez plusieurs superviseurs mais qui présidait les réunions quand vous vous réunissiez ? ». Réponse : « En ma qualité de Chef de Cabinet du Chef de l'Etat, je présidais les réunions... »;

- « Les 57 millions ont été payés sur base du contrat d'avril 2018 ou de l'Avenant de 2019 ? »;

- « Pourquoi les paiements ont-ils été effectués avant la signature de l'Avenant ? »;

- « Vous rappelez-vous avoir signé la lettre du 19 Janvier 2019 interdisant les décaissements des fonds... ? »

Et puis, ce coup de grâce donné par la partie civile : « le détournement est une infraction d'intellectuel qui n'est pas la même chose qu'un vol à la tire. Il s'agit donc de l'assemblage des actes isolés qui va démontrer plus tard le processus criminel. C'est pourquoi il faut garder son calme, aller mollo mollo jusqu'à la fin de l'instruction. C'est le rôle du ministère public et de la partie civile de démontrer en quoi consistent les actes matériels et moraux du détournement. Si le prévenu s'en tient aux qualifications, je lui rappelle que les juges ne sont pas liés aux qualifications. Vous êtes liés par les faits et vous avez même la possibilité de les disqualifier ou les requalifier. Autant donc qu'on ne soit pas pressé. Attendons toutes les parties que j'avais proposées dans le courrier de la semaine dernière, vous verrez une succession d'actes qui démontrent à la fois les intentions et les actes matériels du détournement. Je vous dis qu'il s'agit d'une infraction d'intellectuel et vous ne pouvez la démontrer que si vous êtes vous-même un véritable intellectuel et nous le ferons ».

Le pari est lancé et le rendez-vous pris pour le 3 juin prochain, toujours à la Prison Centrale de Makala.

En attendant, les avocats de la défense, aussi bien de Kamerhe Lwa Kanyingini Kingi Vital que de Sammih Jammal ont sollicité la liberté provisoire de leurs clients. Une demande prématurée parce qu'introduite au treizième jour pendant que la dernière ordonnance de détention court encore. En conséquence, le Tribunal n'a même pas examiné la demande et les avocats des prévenus auraient dû le savoir.

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