Sénégal: COVID-19 - Méfiance et prudence dans les toilettes publiques

Très exposés du fait de la forte utilisation des toilettes, commerçants, chauffeurs et mécaniciens semblent prendre conscience du danger qui n'est pas loin. Ainsi c'est la prudence, méfiance et protection individuelle, en plus du programme de nettoyage des gérants de ces toilettes publiques

Malgré la fête d'ascension, Poste Thiaroye n'a rien perdu de sa ferveur. Munis de sachets ou de sacs aux contenus aussi divers que variés, de jeunes vendeurs à la sauvette courent derrière les bus et autres particuliers.

La concurrence entre ses jeunes commerçants ne se limite pas à la pointe de vitesse. Il y a aussi des opérations de charme. Du marketing pour vendre le reste de son stock.

«J'ai de bons biscuits. Une nouveauté sur le marché», chantonne l'un d'eux, suivant du regard et des pas, les potentiels acheteurs. De loin, Baye Mbaye vit cette ambiance. Il n'est ni ému, ni bluffé.

Le sexagénaire au pantalon bouffant vit cette scène au quotidien. Originaire de Lambaye, il gère une toilette publique à quelques encablures du rond-point. Et il est habitué à recevoir les vendeurs de la zone.

«Ce sont presque les seules toilettes publiques ici, donc elles reçoivent forcément du monde, notamment les petits commerçants et les mécaniciens d'à côté », renseigne le gérant, débattant un long cure-dent.

Dans ce contexte de Covid, Baye a redoublé d'efforts dans la salubrité des toilettes. «Les fosses septiques sont vidées fréquemment, les toilettes sont nettoyées deux fois par jour» ajoute le vieux, accueillant un jeune tablier.

Les commerçants et chauffeurs établis devant le lycée de Thiaroye et en face de l'hôpital de Pikine ont récemment construit des toilettes publiques à 300 mètres de l'établissement. Sous le soleil torride de 13 heures, le gérant profite de l'un des derniers jours du mois béni de Ramadan, autour d'un lido, avec un jeune homme et une fille.

En débardeur, muscles saillants, béret délavé sur la tête, le monsieur réserve toute son attention à cette partie de jeu. «Dans cinq minutes, je répondrai à toutes vos questions» avertit-il, tout souriant. Les cinq minutes promises seront largement dépassées.

Démarche rassurée, il prend la direction de ces toilettes qui font face au bloc D du lycée. Mouchoir en main, il ouvre la porte qui cachait deux cabines carrelées plus ou moins propres, séparées par un petit mur.

Le doigt pointé vers l'une d'elles, il y enjoint ce commentaire : «Elles sont bien entretenues». Avant d'ajouter : «Il y a une dame qui s'occupe chaque matin du nettoyage. Elle fait d'énormes efforts surtout dans ce contexte de Covid-19». La même organisation est faite pour celles du petit marché de Thiaroye-Sur-Mer.

Les deux portes de ces toilettes sont fermées. L'eau noirâtre et nauséabonde sortie de la fosse septique trace sa voie vers un magasin abandonné. Cependant l'un des commerçants rassure. «Le gérant ne doit pas être loin. Même avant la Covid, les toilettes étaient bien entretenues» témoigne-t-il.

Les usagers prennent des précautions

Des masques, des gels antiseptiques constituent la marchandise d'Abdourahmane Gueye, le visage suant, corps svelte, est debout près de la chaussée. Interminable quête d'une clientèle.

Pour satisfaire ses besoins naturels, le vendeur à la sauvette préfère se réfugier derrière le canal ou attendre de rentrer chez lui. Tout dépend de la situation à laquelle, il est confronté.

«Pour uriner, il suffit juste d'acheter un sachet d'eau et d'aller derrière le canal. Avec la propagation du Coronavirus je ne fréquente plus les toilettes publiques de Poste Thiaroye comme avant. Si la situation n'est pas critique, je préfère attendre le soir», dit Abdourahmane, avec sa panoplie de marchandises.

Madou Faye lui, est tablier. Après avoir effectué la prière du Tisbar, l'homme à la quarantaine bien sonnée retrouve sa table de commerce garnie d'écouteurs, chargeurs, habillages pour téléphones, etc.

Avenant et souriant malgré la rigueur du mois de ramadan, M. Faye dit constater une baisse de la fréquentation de celles de Poste Thiaroye.

Il tourne la tête et montre du doigt ce bâtiment de plusieurs cabines, avec ces commentaires : «En temps normal, certains attendaient dehors. Mais actuellement je pense qu'il n'y a personne à l'intérieur».

Son constat, dit-il, peut-être la résultante du mois de Ramadan ou d'une méfiance dans ce contexte. Comme son espace de commerce est à trois voire quatre mètres des toilettes, il ne peut pas aller derrière le canal pour se soulager.

Du coup, c'est prudence et méfiance. «Des efforts sont faits depuis les premiers cas de la Covid-19, avec l'installation d'un point d'eau javellisée.

Il n'empêche j'ai mes propres moyens de prévention. Je touche les loquets avec un mouchoir à jeter. A ma sortie, je me lave les mains avec du savon puis avec une solution hydro alcoolique.

La situation est critique», indique Madou. Chauffeur de clando au garage du camp militaire de Thiaroye Moussa vient de quitter les toilettes.

En jean et maillot, le longiligne jeune homme, à la démarche appuyée a les mains mouillées. «C'était pour uriner et je me suis lavé les mains avec du savon. Et je le fais après chaque usage», raconte-il, à quelques mètres de son véhicule gris.

Le vendeur de fruits, Ousseynou est dans la même logique : avoir ses propres moyens de protection et de prévention. Du coup, il assure avoir par devers lui, un savon et du gel antiseptique. Prêt à barrer la route à la Covid-19.

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