Congo-Brazzaville: La plateforme Ewo-culture, un champ fertile en ressourcements

Voilà quelques mois, la Covid-19 s'est installée dans le monde entier, imposant des mesures de confinement comme moyen le plus sûr pour limiter la propagation de l'épidémie.

Durant cette période de repli, des initiatives pour garder le lien sont nées de tous les recoins de la planète. Une façon pour les Hommes d'inventer toujours l'avenir, même par des temps incertains. Parmi les actions qui ont accompagné mon confinement à Bordeaux, deux me sont venues du Congo, dont la plateforme Ewo-culture.

Naissance de la plateforme Ewo-culture

Le 28 mars, les autorités congolaises annoncent le confinement des habitants du pays, un couvre-feu nocturne, et l'instauration d'un "état d'urgence sanitaire" face aux risques de propagation du coronavirus.

Quelques jours plus tard, dans un coin de la ville d'Ouesso, une idée se lève dans la tête de Sylvain Bassima : revisiter avec les ressortissants de la région de la Cuvette-ouest, les diverses facettes de leur culture. Ainsi s'est créée le 10 avril 2020, la plateforme WhatsApp Ewo-culture. Elle est actuellement administrée par son initiateur, lequel en a confié la coordination à Blanche Simona Ngokoumounga et Eric Bella. Cette plateforme affiche à ce jour une centaine d'inscrits.

Le magnétisme de cet espace de dialogue a opéré si vite, qu'en l'espace de quelques jours à peine, plusieurs voix ont formé une immense passerelle allant de Pointe-Noire, Brazzaville, Ouesso, Ewo, ... jusqu'aux continents européen et américain. Beaucoup au départ ne se connaissaient pas. Au fil des échanges, les liens se sont tissés, certains ont retrouvé des aînés, ou des camarades de promotion longtemps perdus de vue. Nos répertoires téléphoniques se sont enrichis.

Que l'on soit en France, en Belgique, au Canada ou au sein d'une des villes du Congo, la plateforme nous est à tous apparue comme un bel éclat d'une lumière aux confins d'un horizon natal qu'on n'espérait plus. Chaque jour se levait avec son lot de contributions, parfois plus d'une vingtaine. Joie ! Étonnement ! Émerveillement !

Grande joie donc, à se ressouvenir des proverbes, des adages, des chants, des mythes et des contes, mais aussi des spécificités culinaires de l'univers tégué. Au commencement, les contributeurs s'exprimaient dans l'idiome de leur choix : français, lingala, etc. Ensuite le tégué s'est imposé, jusqu'à devenir la règle. Non par désir de repli communautaire ou instinct identitaire. Tout simplement par défi, une subtile émulation entre participants, un sursaut de reconquête d'une langue maternelle qui se perd et désormais nous échappe.

Les thèmes évidemment portent sur la culture et l'art, uniquement l'art et la culture. Avec des moments accordés à l'humour et à l'esprit de plaisanterie. Quelques incursions politiques et religieuses ont fait irruption, sitôt écartées. Le rituel est quant à lui immuable : le dimanche soir, l'administrateur ou l'un des coordonnateurs propose un thème. Et le groupe dispose d'une semaine pour débattre, chacun amendant à l'envi son argumentation, jusqu'à l'instant de la synthèse finale adoptée collégialement. Parmi les nombreux thèmes déjà débattus : les fondements du pouvoir et leurs symboles dans la cosmogonie téguée, les modes d'investiture et la hiérarchie des chefferies spirituelles, le caractère des épousailles traditionnelles, le mythe de la naissance des jumeaux et les cérémonies qui accompagnent leur célébration, etc.

Signalons ce rite tégué que la plateforme a tenu à respecter : quiconque est chargé d'annoncer le thème, se doit au préalable de solliciter publiquement la parole aux Mwènès. Car ce sont eux les garants du pouvoir traditionnel moral et judiciaire. Ce sont eux qui assurent le lien primordial entre les mondes du visible et de l'invisible.

Rappelons aux lecteurs que les Mwènès relèvent d'une très ancienne et honorable civilisation, datant du VIIè siècle environ, et dont le règne a connu son apogée aux alentours du XVè siècle, date des grandes constructions. Citons pour mémoire, l'immense muraille du grand royaume du Zimbabwe (nom qui signifie : la grande maison en pierre). Ce royaume en son éclat, est l'œuvre de Mwènè Shourou Ndzatsimba Moutapa, qui le baptisa de son nom : royaume de Mwènè Moutapa. Sa renommée a atteint l'occident, allant jusqu'à influencer Jean de La Fontaine qui en parle dans sa fable 11, intitulée Les deux amis. Par corruption due aux langues étrangères, ici le portugais, cette appellation se mua en : royaume de Monomotapa. Une erreur qui a contaminé les manuels d'histoire.

Pour finir, je souhaite que la plateforme Ewo-culture ne se tarisse pas avec le déconfinement. Qu'elle poursuive sa récolte des éléments culturels tégués ou tékés, pour les compléter harmonieusement avec ceux d'autres régions du Congo. Il en va de l'âme de notre pays, elle est une mosaïque dont chaque fragment repose dans le creuset de nos multiples langues maternelles.

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