Congo-Kinshasa: Détournements des fonds du programme des 100 jours - Mort troublante du juge de Kamerhe et Jammal

La ville de Kinshasa s'est réveillée sous un terrible choc : c'est celui de la mort inopinée et troublante du magistrat Raphaël Yanyi Ovungu, juge-président du Tribunal de Grande Instance de Gombe et juge chargé du procès de Vital Kamerhe, Directeur de cabinet du Chef de l'Etat, et de Samih Jammal, Directeur général de la société Samibo, poursuivis tous deux devant cette juridiction pour détournement présumé de la somme de 47 millions de dollars américains destinés à la construction de 1.500 maisons préfabriquées à Kinshasa et dans certaines provinces du pays. L'homme, selon des sources familiales, a été pris de malaise en début de soirée du mardi 26 mai 2020, chez lui, sur rue Ntimansi, au quartier Bisengo, dans la commune de Bandalungwa. Après avoir pris son repas du soir, il est allé au lit très tôt, vers 19 heures.

C'est quand son épouse s'est rendu dans leur chambre à coucher, vers 23 heures, qu'elle a constaté que son mari était mal en point. Elle a aussitôt décidé qu'il soit amené au Centre Hospitalier Nganda où, soutiennent les mêmes sources, il a succombé vers 1 heures du matin, après son admission aux soins intensifs.

Mais avant son transfert à l'hôpital, ses proches ont constaté que sa peau était devenue toute noire. Cette mutation subite les pousse à croire à un empoisonnement. D'où, la nécessité d'une autopsie pour fixer l'opinion.

S'agissant de la thèse de l'assassinat, elle tient la route car en dehors d'une attaque à main armée ou avec arme blanche, quelqu'un peut aussi être assassiné par empoisonnement.

Selon ses proches, il ne manifestait aucun signe de maladie lundi, après l'audience qu'il a dirigée à la Prison Centrale de Makala, ainsi que le mardi. D'où l'exigence d'une autopsie pour connaître la cause exacte du décès subit du juge-président Raphaël Yanyi.

assassinat ?

Aux premières heures de la matinée d'hier mercredi 26 mai, une rumeur incontrôlée faisait état de l'assassinat de Raphaël Yanyi par des inconnus armés. Mais, aucune précision n'était fournie sur les circonstances de ce prétendu crime. Ladite rumeur a été rapidement démentie par la famille du défunt d'abord et par le général Sylvanus Kasongo, commandant de la police provinciale ville de Kinshasa ensuite. Ce dernier a catégoriquement balayé la version de l'assassinat à main armée, signalant au passage que le juge-président du Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe était sous haute protection policière.

Empoisonnement ?

La piste de l'empoisonnement est également à l'ordre du jour. Une certaine rumeur a fait croire que Raphaël Yanyi aurait abondamment vomi dans la soirée du mardi 26 mai, avant de piquer une crise. Des sources incontrôlées ont même affirmé qu'il aurait vomi du sang. Encore une fois, les proches du défunt ont réfuté la thèse d'un quelconque vomissement. D'où, l'unique alternative qui reste pour savoir de quoi est mort ce magistrat est l'autopsie.

C'est du reste pour protester contre le grand flou qui entoure le décès du magistrat Raphaël Yanyi que des jeunes de Bandal ont barricadé, hier matin, les voies menant à sa résidence, brûlé des pneus, caillassé des véhicules, et détruits des étals des particuliers. Il a fallu une intervention musclée de la police pour rétablir l'ordre.

Vedette éphémère d'un procès sous haute tension

Avant l'ouverture du procès de Vital Kamerhe et Jammal, les avocats de ces deux prévenus ainsi que les cadres et militants de l'UNC (Union pour la Nation Congolaise), le parti du premier cité, avaient exigé, avec insistance, que les audiences soient diffusées, en direct, sur la RTNC (Radio Télévision Nationale Congolaise). Le résultat visé était de prévenir toute mascarade de procès et de permettre à Kamerhe de cracher des « vérités » sur les tenants et les aboutissants du dossier des détournements des fonds du programme de 100 jours du Chef de l'Etat.

Illustre inconnu du grand public jusqu'au 11 mai 2020, Raphaël Yanyi était attendu, par tous, comme le magistrat qui devrait permettre à toutes les parties de s'exprimer selon les règles du droit, afin que les « vérités » attendues par tous puissent éclater effectivement, soit contre les prévenus Kamerhe et Jammal, soit contre le ministère public, gardien des intérêts de la République Démocratique du Congo. En fait, le rôle attendu du juge-président du Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe devrait être celui de favoriser l'expression de tous les sons de cloche, jusqu'au prononcé d'un verdict équitable.

Aussi, dès la première audience, à savoir celle du lundi 11 mai 2020, la défense semblait chercher la faille dans la prestation de celui qui avait la police des débats.

Contrairement aux appréhensions de certains, Raphaël Yanyi avait crevé l'écran, conduisant les débats avec calme, autorité et clairvoyance, recadrant toutes les parties en cause, chaque fois que l'exigeaient les circonstances. Au terme de cette première audience, l'opinion tant nationale qu'internationale était unanime sur un fait : le procès de Kamerhe et Jammal n'était ni du théâtre, ni un «prêt à porter» déjà ficelé par le pouvoir en place. Chacun sentait que le dossier de 47 millions de dollars américains partis en fumée après leur sortie du trésor public allait livrer ses secrets au fil des audiences.

Celle du lundi 25 mai 2020, présidée par le même juge, a semblé avoir planté le décor des « vérités » attendues par tous, lesquelles allaient certainement sortir des bouches des témoins et renseignants cités aussi bien par le ministère public, les avocats des parties civiles que ceux de la défense. Au cours de la même audience, l'arrogance du prévenu Kamehre et ses menaces, à peine voilées, sur l'officier du ministère public et les avocats des parties, surtout lors de la citation de son épouse, Hamida Shatur, sur la liste des témoins attendus à l'audience du mercredi 3 juin 2020, avaient intrigué plus d'un téléspectateur.

Raphaël Yanyi aurait-il été éliminé pour l'empêcher de faire connaître aux Congolaises et Congolais la vérité sur le premier de la longue série des dossiers des détournements des fonds publics liés aux travaux de modernisation et de réhabilitation des infrastructures de base, dans le cadre du programme d'urgence des 100 jours du Chef de l'Etat ? Il serait hasardeux de l'affirmer. Car, selon des sources judiciaires, le procès de Kamehre et Jammal devrait reprendre, comme prévu, le mercredi 03 juin 2020 à la Prison Centrale de Makala. Pour ce faire, la hiérarchie du pouvoir judiciaire devrait nommer rapidement un juge-président intérimaire du Tribunal de Grande Instance de la Gombe, en remplacement du défunt. En principe, le poste devrait revenir au magistrat le plus gradé et le plus ancien dans cette juridiction. C'est à ce dernier que devrait revenir la lourde charge de désigner une nouvelle composition.

Une fois cela fait, l'audience du 3 juin 2020 devrait commencer par la réouverture des débats, avec en point de mire la lecture, à l'intention du nouveau président de séance, de tous les procès-verbaux des séances du 11 et 25 mai 2020. Si le concerné s'estime suffisamment édifié et si le temps le permet, il pourrait passer à l'audition des témoins et renseignants. Dans le cas contraire, il pourrait ordonner le renvoi de l'affaire à une date ultérieure. Bref, la mort de Raphaël Yanyi ne met pas un terme du procès de Vital Kamhere et Samih Jammal. Kimp

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