Ile Maurice: Cité Tôle - Le cauchemar des De Souza et de leurs jumeaux

Assoupis sur un vieux matelas noir, étalé sur le sol boueux, les jumeaux de De Souza voyagent aux pays des rêves pendant que leurs parents affrontent un véritable cauchemar. En effet, Dylan et Anastasia De Souza ne s'attendaient pas à avoir à remballer leurs affaires dans des circonstances pareilles et avec leurs jumeaux, âgés de moins d'un an, dans les bras.

Cela fait cinq mois que ce couple a élu domicile à cité Tôle, Malherbes. La petite structure en tôle avec des draps attachés qui font office de mur, est ce que Dylan et Anastasia ont trouvé de mieux pour protéger et garder leur famille en sécurité. Jusqu'à présent, les pires circonstances qu'ils ont dû affronter sont les pluies diluviennes et l'humidité curepipienne.

Mais en ce jeudi 28 mai, leur quotidien a changé subitement. Avec leurs bouts de choux dans les bras, ils essayent de braver les forces de l'ordre armées de matraque et de boucliers anti-émeutes qui se sont rassemblées et qui attendent le mot d'ordre pour agir.

Pour ce jeune couple, cet évènement ne vient qu'empirer l'angoisse qui les inonde depuis peu. «Nounn vinn la paski nou pa ti ena okenn place pou alé. Nou ti pé ress Lallmatie mai après nounn bisin alé nepli pé cav paye lacaz» explique Dylan. Le jeune homme de 22 ans, ajoute que depuis le confinement, l'espoir de s'en sortir avec sa petite famille s'éteint à petit feu. Il confie, que lui qui avait pour habitude de «trasé pou amenn enn boussé manzer», ne sait plus à quel saint se vouer. «Mo marsan dan bazar mwa et la depi confinement mo pann cav travay em. Nou pena preské nanier cot nou pou aller ?Kuma nou pou fer ? Mo gagn tracas» dit ce père aux yeux épuisés en tenant un de ses bébés dans les bras.

Pour Anastasia, 23 ans, c'est un des évènements les plus atroces qu'elle vit. Son cœur de jeune maman bat à toute vitesse à chaque fois qu'elle entend un bruit dehors. «Eski zot pou vinn tire nou la ?» Les questions se bousculent dans sa tête et à chaque fois qu'une personne pénètre dans sa petite maison et qu'elle doit ressasser les évènements, ses larmes coulent. Mais cela n'altère en rien les regards affectueux qu'elle lance à ses garçons. «Kot mo pou ale amenn zot ? Lavi pa fasil. Dan aswr mo gagne enn ti place dormi cot enn couzinn ress pli loin mai mo pa cav reste cot li tous les zours pena plass. Okenn fami pena plass pou ramass nou.»

Si en fin d'après-midi, on leur a annoncé qu'ils peuvent souffler la cour ayant accédé à leur demande d'injonction, l'inquiétude reste toutefois à son comble pour ces jeunes parents. Car si la cour donne raison au gouvernement, ils vont devoir encore une fois se démener pour trouver un endroit où habiter. Et pas seulement pour eux cette fois mais aussi pour deux innocents qui n'ont rien demandé.

Plus de: L'Express

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