Libye: Les Américains changent-ils leur fusil d'épaule en Libye?

Les dernières déclarations des responsables américains le laissent penser. Après un feu vert donnée à Khalifa Haftar pour lancer son offensive surprise sur Tripoli, le 4 avril 2019, Washington loue désormais les efforts du gouvernement d'union nationale (GNA) en matière « de lutte contre le terrorisme ». Au début de cette semaine, l'armée américaine avait dénoncé l'intervention russe aux côtés des forces de Khalifa Haftar. La politique américaine en Libye serait-elle confuse ou pragmatique ?

En mai 2019, le New York Times révèle que Khalifa Haftar a eu l'aval de la Maison Blanche pour s'emparer de Tripoli. Selon le quotidien, le conseiller à la Sécurité nationale de l'époque, John Bolton, aurait tenu ces propos : « Si tu veux attaquer, fais le, mais fait vite ». C'était quelques jours avant la conférence nationale inclusive préparé par les Nations-unies. Et Khalifa Haftar promettait de gagner cette guerre en quelques jours pour conforter sa position avant de s'asseoir à la table du dialogue.

Le 14 avril, soit dix jours après le début de l'offensive, il reçoit un appel de Donald Trump. Le président américain avait alors loué les efforts de Khalifa Haftar dans la lutte contre le terrorisme, selon un communiqué de la Maison Blanche. Une position en contradiction avec celle du département d'État et elle fait polémique à Washington : « Nous sommes contre cette offensive militaire et nous appelons à l'arrêter immédiatement » avait annoncé le secrétaire d'État américain, George Pompeo en avril 2019.

Contradiction américaine

Une contradiction qui lève un coin du voile sur le lobbying pro-Haftar dans la capitale américaine, conduit par l'Égypte et les Émirats arabes-Unis, ainsi que par des sociétés de lobbying payées des millions de dollars. Une technique qui joue sur les réseaux d'influences américains et qui a été adaptée ensuite par le GNA.Pour plusieurs observateurs l'ambiguïté de la politique américaine est due à l'activisme de ces réseaux d'influences. Malgré les positions officielles du département d'État, Washington prend à nouveau, en juillet 2019, la défense du maréchal libyen, elle empêche une décision de l'ONU condamnant Khalifa Haftar pour avoir bombardé un centre de migrants à Tripoli, faisant plus de 40 victimes.

Washington s'y intéresse à nouveau

Washington semblait se désintéresser un moment du conflit libyen dont les conséquences touchent davantage l'Europe que les États-Unis. Mais en mars, elle met son veto contre la nomination de l'algérien Ramtan Lamamra comme successeur de Ghassan Salamé, l'envoyé spécial démissionnaire de l'ONU. Ces dernières semaines, alors que Khalifa Haftar perd du terrain, les Américains semblent avoir changé de camp... pour soutenir le GNA, le gouvernement d'union nationale basée à Tripoli. Celui-ci s'est d'ailleurs dit prêt à leur accorder une base militaire en Libye.

Des analystes libyens ne dissocient pas cette duplicité occidentale de l'importance de l'intérêt de chacun en Libye. Ils rappellent que Washington n'a pas de position fixe et qu'en Syrie elle a bien abandonné les Kurdes à la fin. Ces Libyens affirment que Washington et les autres grandes puissances « savent très bien qu'aucun camp en Libye ne gagnera la guerre et se comportent en conséquence ».

Plus de: RFI

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.