Burkina Faso: Validation de l'année scolaire - Le réalisme a prévalu

Depuis le mercredi 27 mai dernier, les parents d'élèves et les élèves savent désormais sur quel pied danser quant à la manière dont le gouvernement va gérer l'année scolaire et cela, en relation avec le Covid-19. En effet, l'hebdomadaire Conseil des ministres de ce mercredi 27 mai, a pris des mesures fortes en lien avec la gestion de l'année scolaire 2019-2020.

Ainsi, au niveau du préscolaire, c'est-à-dire de la petite section jusqu'à la grande section en passant par la moyenne, l'année scolaire est considérée comme achevée.

En ce qui concerne le primaire, c'est-à-dire du CP1 jusqu'au CM2, les apprenants des classes de CP1, de CE1 et de CM1 vont passer en classe supérieure, quelle que soit leur moyenne.

En rappel, cette disposition est en vigueur depuis 2009. Les élèves des classes de CP2 et de CE2 ainsi que ceux des classes intermédiaires du post-primaire (6e en 3e) et du secondaire (2nde en terminale), passeront en classe supérieure sur la base de leurs meilleures moyennes des deux premiers trimestres et du semestre.

Concernant les classes d'examen, la rentrée aura lieu le 1er juin et les cours se poursuivront jusqu'au 11 juillet prochain. A cela, il faut ajouter que les examens du CEP, du BEP et du BEPC se dérouleront du 14 au 28 juin et ceux du BAC, du 3 au 27 août.

Ainsi donc, le gouvernement a dévoilé sa stratégie, peut-on dire, de sauvetage de l'année scolaire. Et l'on peut dire d'emblée que les décisions prises ont été dictées par le réalisme. En effet, le gouvernement était loin de réunir les conditions pour une reprise des cours sans risque sanitaire.

Rien que sur le plan de la dotation gratuite de tous les établissements (publics comme privés) en masques, se profilaient d'énormes difficultés puisque les stocks disponibles à la date du 26 mai, sont insuffisants.

Il en est de même des dispositifs de lavage des mains. A cela, il faut ajouter que les associations des parents d'élèves avaient émis des inquiétudes quant à une réouverture des classes, qui ne tiendrait pas compte d'un certain nombre de mesures sanitaires appropriées. Ils étaient même allés au delà pour proposer des solutions pédagogiques d'achèvement de l'année scolaire.

Beaucoup de chantiers attendent le gouvernement pour remettre les choses à l'endroit

De toute évidence, le gouvernement a intégré des éléments de ces propositions dans les décisions qu'il vient de prendre. L'autre considération qui permet de dire que le gouvernement a fait dans le réalisme, est liée à la grogne sociale qui prévaut dans le milieu scolaire depuis pratiquement le mois de février.

De ce point de vue, la validation de l'année scolaire présente un double avantage. Il y a d'abord que le gouvernement a voulu, par là, rassurer les parents d'élèves et l'opinion qu'il travaille à l'achèvement de l'année scolaire tout en mettant un point d'honneur à ne pas livrer les élèves en pâture au Covid-19.

Et cette posture n'est pas dénuée de sagesse ni de réalisme. L'autre avantage de ces vacances forcées, peut-on dire, est qu'elles permettent au gouvernement de reporter jusqu'à la rentrée prochaine, sa bagarre avec le syndicat des enseignants.

En tout cas, il peut, par là, bénéficier d'un moment de répit pour éventuellement envisager de négocier avec les partenaires sociaux pour trouver un terrain d'entente.

Cela dit, le grand défit qui se pose au gouvernement est l'organisation des examens scolaires. En effet, quand on est à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso ou encore à Ouahigouya, on peut ne pas se rendre compte qu'à partir du mois de mai, bien des localités de ce pays sont inaccessibles.

Comment, dans ces conditions, peut-on envisager d'organiser du 3 au 27 août, des examens ? En tout cas, les présidents des jurys doivent d'ores et déjà se préparer psychologiquement à braver les fleuves et les rivières pour se rendre au siège de leur jury.

Cela est valable aussi pour les candidats et les correcteurs. Il faut aussi évoquer le défi de proposer des épreuves d'évaluation qui tiennent véritablement compte du niveau réel d'exécution des programmes.

Et en la matière, l'on sait qu'il y a de grandes disparités entre les zones urbaines et les zones rurales.

Par ricochet, cela pose un problème d'équité. Sur un tout autre plan, l'on peut se poser la question de savoir comment le gouvernement va réussir à remobiliser les élèves pour la rentrée prochaine après tant de mois passés dans l'oisiveté, loin des classes.

En tout cas, le Covid-19 a fait beaucoup de mal au système éducatif d'ici et d'ailleurs. Et il faut, dès à présent, penser à des solutions fortes. Au plan pédagogique, l'on peut envisager des innovations tendant à résorber le mal.

Déjà, on peut féliciter le gouvernement pour son initiative de recourir aux médias pour dispenser des enseignements. Ce n'est pas l'idéal, mais c'est quand même un pas dans la bonne direction.

Au plan des mesures sociales, on peut suggérer au gouvernement de ne pas oublier les professeurs officiant dans le privé.

En effet, certains d'entre eux, en raison du Covid-19, sont obligés de manger de la vache enragée parce que leurs employeurs, à tort ou à raison, ont arrêté de leur verser leurs salaires.

Bref, beaucoup de chantiers attendent le gouvernement pour remettre les choses à l'endroit. Chaque acteur de la communauté éducative a le devoir de l'y aider.

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