Burkina Faso: L'UFC à L'Obs. - Quand un imam et un évêque vous rendent visite...

Hier jeudi 28 mai 2020, L'Obs. a reçu dans ses locaux une visite pas comme les autres : une visite œcuménique, celle d'un imam et d'un évêque. Il s'agit du grand imam Mamoudou Cissé et de l'évêque Laurent Dabiré de l'Union fraternelle des croyants de Dori (UFC).

L'objectif de cette visite de courtoisie est de faire connaître les efforts de cette union interconfessionnelle dans le dialogue inter-religieux, dans la construction de la paix et du développement intercommunautaire.

Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un mufti et un prélat tourner ensemble et prêcher la paix. Et ils nous viennent tout droit de Dori, cet îlot de paix dans un vaste Sahel en proie à l'insécurité, pour une visite œcuménique de courtoisie.

Preuve que les différences peuvent être conjuguées, que musulmans et chrétiens peuvent travailler ensemble... Imam Mamoudou Cissé et Mgr Laurent Dabiré sont responsables de l'Union fraternelle des croyants (UFC), qui a fêté ses cinquante ans d'existence en octobre 2019.

Si Dori, à part quelques incursions sporadiques des forces du Mal, demeure un îlot de paix dans cette zone d'insécurité, l'UFC y est en partie pour quelque chose.

« Face à cette situation particulière que vit Dori, j'ai pensé à plusieurs reprises que l'influence des cinquante ans de l'UFC a permis la création et l'instauration d'un microclimat.

Les gens se sont fréquentés, se connaissent et sont moins enclins à des discours de division ou d'opposition. On peut justement invoquer l'action de l'UFC même si elle n'est pas la seule», a soutenu Mgr Laurent Dabiré.

Pour rendre cette localité résiliente, c'est un travail de longue haleine d'une cinquantaine d'années qui a été fait. En effet, pour semer la bonne graine, celle de la bonne entente, du bon vivre-ensemble et de la cohésion sociale, l'UFC a mis en place une stratégie d'actions qui consiste en la formation, à la sensibilisation de la jeunesse et des communautés adhérentes à l'Union fraternelle des croyants ; en sus, elle passe par des activités d'intégration comme les caravanes, le noël des enfants qui se déroule entre enfants musulmans et chrétiens tout comme le ramadan des enfants.

Sur le plan national, des conférences publiques auxquelles participent des jeunes des treize régions existent.

« Nous tenons un discours qui bannit les divisions. Nous sommes différents de part la religion, mais nous sommes des frères. La religion, l'ethnie ne doivent pas nous diviser », a indiqué pour sa part l'Imam de la grande mosquée de Dori, Mamoudou Cissé. Au lieu de semer la graine du mauvais esprit, a poursuivi le prélat, nous semons celle de l'esprit d'estime, de courtoisie, de respect et de solidarité...

Le souhait des deux leaders religieux est de faire régner entre les fils et filles de ce pays sans distinction de religion ni d'ethnie, l'entente, l'unité leurs premières armes pour combattre ces maux qui menacent notre pays. « Le travail que les religieux ont à faire, c'est de sensibiliser et de former à la saine compréhension de la différence religieuse », ont-ils indiqué.

L'UFC, qui a vu le jour dans la capitale du Séno il y a cinquante ans et qui y fait ses beaux jours, tente de se dupliquer pour répandre ce bel exemple partout : ainsi, il y a depuis quelques années l'installation et la promotion des cellules de l'UFC dans certaines localités afin que, petit-à-petit, son expérience soit partagée pour que beaucoup puissent voir un exemple concret, croire et adhérer à l'idée que les différences peuvent être conjuguées, que musulmans et chrétiens peuvent travailler ensemble.

A cette occasion, l'UFC, qui a formé les consciences et exhorté les gens à se départir de toute violence, s'érige contre ceux qui évoquent des arguments religieux pour justifier les actes de terreur. « L'utilisation de la religion de cette façon est contre la volonté de Dieu puisque la religion, l'étymologie du mot même signifie relier, ce qui crée des liens entre le transcendant et les hommes et un lien entre les hommes eux-mêmes du fait qu'ils regardent tous vers un seul Dieu. Lorsqu'elle est évoquée dans de telles circonstances, ça ne peut être qu'une invocation abusive, voire dangereuse et indue », a précisé l'évêque de Dori.

Par ailleurs, les hôtes du jour ont lancé un appel au dialogue entre les religions, les cultures, à la solidarité afin de relever les défis de notre pays que sont le terrorisme, la pandémie à coronavirus. L'UFC a joué sa partition pour contenir au mieux la radicalisation de sa population cible. « Nous faisons ce que nous pouvons pour que la pauvreté ne soit pas un motif de recrutement par les terroristes », a souligné l'Imam de la grande mosquée de Dori.

« l'Abbé Joël Yougbaré est toujours en vie »

Profitant de l'occasion que nous donne cette visite de courtoisie de l'évêque de Dori à L'Obs., nous nous sommes informé de la situation du curé de Djibo, l'Abbé Joël Yougbaré, enlevé le 17 mars 2019 sur l'axe Djibo-Bottogui. Voici la réponse du prélat :

«Nous n'avons pas ses nouvelles. Nous avons, il y a un an de cela, eu des informations alarmantes qui ont circulé, qui faisaient état de son exécution. Etant donné qu'on parlait de pendaison dans une certaine zone, nous sommes tout simplement allé voir et nous n'avons pas trouvé de traces ni de lui ni d'aucune autre personne. A la fin, la nouvelle s'est révélée un fake news.

Nous pensons que l'Abbé est toujours en vie. On a eu des témoignages sérieux qui nous ont assurés qu'il est toujours en vie, notamment à travers des personnes qui ont été libérées et qui ont été à un moment donné dans le même groupe d'otages que lui ».

A La Une: Burkina Faso

Plus de: L'Observateur Paalga

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.