Cameroun: Yves Tsala, consultant en management des organisations sportives. - « Les agents sont mis à contribution dans la surfacturation »

interview

Comment comprendre la récente sortie du Ministre par rapport aux agents sportifs ?

La financiarisation croissante de l'économie du sport a accru l'ingérence des capitaux criminels dans le domaine. Le besoin de financement des clubs favorise l'entrée de certains acteurs évoluant traditionnellement hors de la sphère sportive tels que les fonds d'investissement. Ces derniers sont le plus souvent domiciliés dans les pays à fiscalité privilégiée. Le football à titre d'exemple est un sport particulièrement exposé au phénomène du blanchiment d'argent et du financement du terrorisme, du fait de la forte masse d'argent qui y circule, de l'implantation solide de la discipline dans tous les continents et le talent présent. On peut donc observer une mobilité des talents d'un continent à l'autre directement pour les circuits professionnels. C'est difficilement le cas pour une discipline comme le basketball, les talents qui partent d'Afrique passent par les centres de formation ou championnats universitaires généralement avant de rejoindre le championnat professionnel.

En effet, c'est très souvent lors des transferts de joueurs que les organisations mafieuses essayent de recycler dans l'économie formelle, l'argent issu de leurs différents rackets. Les agents sportifs sont au centre de la transaction, car ce sont eux qui mettent en relation les clubs, afin d'orchestrer le mouvement de leurs athlètes en portefeuille. Il convient donc de bien les identifier. A travers cette étape, on réduit l'inégalité des contrôles entre les pays, les continents, qui fait le lit du blanchiment d'argent. Par ailleurs, du fait de leur proximité avec les athlètes et leur entourage, les clubs, etc., les agents sportifs sont astreints à observer des comportements éthiques. On devrait donc s'intéresser aux procédures d'accréditation de ces agents au sein des Fédérations.

Quelles sont les pratiques répréhensibles imputées aux agents sportifs ?

Elles sont nombreuses. En ce qui concerne le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, les agents sportifs sont mis à contribution dans la surfacturation du montant du transfert. On retrouve des joueurs qui sont achetés à un montant étonnement élevé par rapport à leur valeur réelle. Les agents passent par toutes sortes de subterfuges pour « gonfler » cette valeur : des actions de marketing ciblé à quelques mois de la fin de saison, des négociations pour les faire appeler en équipe nationale, etc. La surfacturation d'un transfert est le meilleur moyen pour recycler l'argent sale dans l'économie. Sur d'autres aspects, certains agents sportifs ont des comportements répréhensibles. Certains athlètes de très bon niveau doivent monnayer auprès des agents sportifs leur place en équipe nationale. Ces derniers organisent aussi une mise en migration inappropriée des athlètes, avec à la clé des documents frauduleux. Nous avons été saisis plusieurs fois des cas de basketteurs abandonnés aux Philippines, sans moyens de subsistance par des agents sportifs. On leur a dit au départ qu'on leur trouverait un contrat dans un championnat professionnel ou universitaire avec de fausses invitations ou bourses. D'autres ont carrément été abandonnés dans des pays en Europe ou ils ne connaissaient même pas la langue.

Quelles mesures prendre pour dissiper le flou autour de cette profession ?

Les Fédérations internationales définissent les critères pour délivrer les autorisations d'exercer. Les Fédérations nationales doivent s'assurer de l'authenticité des documents et établir des procédures additionnelles d'accréditation de ces derniers. Ensuite, ils doivent être formellement enregistrés et les fichiers transmis au MINSEP. Ces derniers doivent être actualisés chaque saison. Ainsi, lorsqu'un mouvement suspect de fonds lors d'un transfert apparait, on peut essayer de le retracer par le truchement de l'agent sportif. Il peut lui-même dénoncer des flux de fonds suspects. Pour ce faire, il faudrait ajouter un dispositif juridique, qui contraigne les agents sportifs à cette coopération. Il serait indiqué aussi de penser à mettre sur pieds une Direction nationale de comptabilité et gestion pour contrôler les comptes des associations sportives pour les championnats déjà professionnels ou à venir. La loi du 11 juillet 2018 portant organisation et promotion des activités physiques et sportives au Cameroun encadre cette activité. On y défini tout d'abord au chapitre III ce qu'on entend par agent de joueur. Ensuite, l'article 29 précise qu'un joueur peut s'attacher les services d'un agent sportif, lequel doit être enregistré à la Fédération et cette dernière doit informer le Ministère. Toutefois l'alinéa 3 indique bien que c'est aux Fédérations Nationales de définir les conditions de délivrance et de retrait de la licence d'habilitation des agents sportifs. En clair, le Minsep demande simplement aux fédérations d'appliquer la loi.

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