Tunisie: Y a-t-il un commandant à bord ?

Que se passe-t-il dans notre pays ? On brûle une draisine valant quelque onze milliards et personne ne réagit.

On essaie de calciner la motrice d'un train et personne ne bouge ? On interrompt, depuis déjà 14 jours, la circulation des trains transportant le phosphate, occasionnant des pertes sérieuses au vu et au su de tout le monde, sans que personne n'intervienne. On empêche la circulation pour une période plus ou moins longue, en posant des obstacles sur les routes sans aucune considération pour les usagers dont certains doivent conduire des malades pour les faire soigner, des femmes devant aller accoucher, des citoyens allant travailler ou, tout simplement, des convoyeurs d'équipements lourds ou légers servant à créer de la richesse et on n'intervient pas.

Est-ce que ce qui se passe dans notre pays est normal, acceptable, supportable par le pays ? Est-ce cela la démocratie ?A-t-on pensé aux répercussions de ces actes de sabotage sur la notation de notre pays par les institutions internationales du rating? Pareils actes sont-ils encourageants pour les investisseurs tunisiens et surtout étrangers? Est-ce qu'il y a vraiment un gouvernement en place ? Des responsables en fonction ? Pourquoi alors, personne parmi les gouvernants ne prend la parole pour condamner de tels actes criminels ? Personne ne prend à témoin le peuple de ces sabotages ? Ne dit-on pas que le fait de ne pas condamner pareille dégradation est un signe de complaisance ou d'approbation ?

Donc, autant criminel que l'acte lui-même ? Que faut-il pour que l'une des deux têtes de l'exécutif réagisse à pareil événement? N'avions-nous rien appris de nos anciens qui, au lendemain de l'indépendance, étaient au four et au moulin pour mettre sur pied les fondements de l'Etat et veiller à la bonne marche de l'administration, en s'adressant presque chaque semaine au peuple pour le mobiliser, le sensibiliser, le mettre en confiance, l'encourager et l'impliquer dans l'action de l'Etat ou, au besoin, le réprimander ?

Cependant, faut-il rappeler que rien n'est totalement acquis sans les qualités personnelles, qui sont toutes aussi importantes, même nécessaires pour assumer de hautes responsabilités publiques et évoluer dans n'importe quel environnement : engagement, probité, empathie, implication, esprit d'initiative, esprit d'appartenance, solidarité, capacité à communiquer, esprit critique, sens des responsabilités, personnalité affirmée, discrétion, écoute et compétences techniques...

Assumer un pouvoir, même régional et surtout national, implique que le chef réagisse, à chaque fois que de besoin : soit, selon le cas, pour critiquer, condamner, mettre en garde ou ordonner l'ouverture d'une enquête ; soit, aussi, pour encourager ou féliciter les maîtres d'œuvre d'une activité ou d'une action d'éclat. Là, réside la différence entre le chef et le commun des mortels parce que gouverner, c'est apprécier et décider, c'est donner le cap et impliquer la foule, c'est sanctionner positivement ou négativement, c'est expliquer certains événements pour en tirer des conclusions ou des recommandations. Le chef doit souvent saisir les occasions pour marquer sa présence, pour faire passer un message, pour siffler la fin de la récréation, pour orienter une étude ou une conférence. Bref, il doit être toujours là, aux commandes, physiquement et dans l'esprit du peuple.

Ne pas réagir à des actes ou des faits importants ou graves est un signe de faiblesse de l'Etat qui peut nuire au moral de la population, peut faire semer le doute dans les esprits des citoyens et altérer et offenser l'autorité de l'Etat.

Laisser-faire et laisser-aller n'ont jamais été de bon augure et ne sont pas des comportements positifs pour un responsable qui se veut et qui doit être ambitieux, passionné, enthousiaste, chaleureux, tolérant, sympathique et populaire. En fait, le commandement, c'est la présence et pour montrer qu'on est présent, il faut, de temps à autre, le faire savoir.

La responsabilité nationale de haut niveau est une charge très lourde et exige de son détenteur une présence et une disponibilité de tous les instants, un régime de vie personnelle pénible et désagréable et un comportement irréprochable et digne d'éloges, quitte à ce que sa vie privée soit mise, le temps de son mandat, entre parenthèses. C'est cela le sacrifice, c'est cela le désintéressement.

Que Dieu garde et protège la Tunisie éternelle, l'héritière de Kairouan et de Carthage.

*Ancien sous-chef d'état-major de l'Armée de terre et ancien gouverneur

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