Sénégal: Zakaria Mendy (Casa Sports) - Laissé en rade à une semaine du départ pour la CAN 90

Ils ont en commun d'avoir été des footballeurs de talent et de n'avoir jamais disputé une phase finale de Coupe d'Afrique des Nations (Can). Pour une raison ou une autre. Nous vous proposons d'aller à la rencontre de cette belle brochette de joueurs qui auraient certainement fait bonne figure dans cette compétition si courue. Aujourd'hui, Zakaria Mendy.

Zakaria Mendy est de la génération de joueurs appelés en sélection nationale après la désillusion de la Can 1986 en Egypte, pour, sous la conduite de Mawade Wade, tenter de redorer des couleurs, un moral et une représentativité à un football sénégalais traumatisé par son échec au Caire. Avec les Nah Diallo, Amara Traoré et autres Ali Bambi Thiam, ils avaient constitué une équipe Espoirs chargée de gérer cette délicate transition. Zakaria alias «Lagala» a ainsi pu disputer la Cabral de 1987 à Conakry et celui de l'année suivante à Bissau.

Parfois aussi, avec deux ou trois autres, il avait souvent été appelé pour renforcer l'équipe A si le besoin se faisait sentir. Une équipe nationale A avec de grands joueurs, expatriés pour l'essentiel, dont un certain Oumar Guèye Sène. «J'étais sa doublure», rappelle fièrement Zakaria Mendy qui ne tarit pas d'éloges pour l'ancien capitaine du Paris Saint-Germain. «C'était un joueur formidable, capable de tout faire avec un ballon», dit-il. Pourtant lui, Zakaria alias «Lagala» était loin d'avoir les pieds carrés. Milieu de terrain offensif très technique, doté d'une très belle lecture du jeu et capable de délivrer des passes lumineuses à tous les coups, il faut presque le forcer pour lui faire dire qu'il «était l'un des meilleurs à (son) poste, pour ne pas dire le meilleur». Ce qui n'avait point échappé à Claude Le Roy, l'entraîneur national d'alors qui en avait fait le deuxième choix après l'intouchable Oumar Guèye Sène.

Aussi pour la préparation de la Can de 1990 en Algérie, le technicien français l'avait-il inclus dans le groupe qui avait passé une quarantaine de jours en France, avec d'autres locaux tels Abdou Mbaye et Abdoulaye Sagna aujourd'hui disparus ou Christian Gomis. «J'aurais dû faire partie de la liste définitive», clame-t-il fermement. Car il soutient avoir réussi de belles prestations tout au long du stage et avait même reçu les assurances du coach. Surtout lorsqu'il avait été acté qu'Oumar Guèye Sène, le titulaire incontestable au poste, ne viendrait pas. Zakaria se souvient encore de la prise de bec que Le Roy et Sène avaient eue au téléphone alors que le technicien et son groupe étaient à Nice et que le joueur, lui, refusait de quitter Paris. «Oumar Guèye Sène lui avait même raccroché au nez.» Zakaria s'était alors dit qu'il ne pouvait pas ne pas être du tournoi final. «Mais, au bout du compte, Claude Le Roy n'avait pas pris ses responsabilités», regrette-t-il encore de nos jours. Il avait été laissé en rade de retour au pays, à une semaine du départ pour la phase finale.

À la place, d'autres «pros» avaient été retenus dont certains ne pouvaient même pas rester tout le temps avec le groupe et «étaient obligés de faire des allers et retours entre leurs clubs et l'équipe nationale». Pourtant lui, Zakaria, avait failli être pro. «En 1989, j'étais tout près de signer au Fc Bruges en Belgique. Du fait de la limitation du nombre d'étrangers, on voulait me faire signer un contrat de stagiaire», rappelle-t-il. Mais de retour au pays, sur les conseils de feu Mamadou Teuw, une piqûre ratée qui l'a longtemps cloué au lit avait compromis l'affaire. Cependant, il s'était encore battu pour revenir à son meilleur niveau ; au point donc de prétendre être de la Can de 1990.

L'ancien meneur de jeu du Casa Sports révèle s'être expliqué avec Claude Le Roy qui a «essayé de (lui) remonter le moral, en prétextant qu'il y aurait d'autres échéances à venir». Et la suivante, c'était la Can à domicile en 1992. Là encore, Zakaria avait été zappé. «Au milieu de terrain, il y avait de très bons joueurs mais qui avaient pris de l'âge comme Lamine Ndiaye et Oumar Guèye Sène», rappelle «Lagala» qui reconnaît en avoir «pris un coup au moral». Mais, quoique déçu, il n'avait pas hésité à souffler à un technicien proche de l'encadrement des «Lions», après la défaite d'entrée face au Nigéria (1 - 2) que pour que le Sénégal s'en sorte au deuxième match face au Kenya, il fallait nécessairement mettre Adama Cissé dans l'entrejeu «pour ratisser les ballons». Car, il avait noté que dans l'équipe, il n'y avait pas de récupérateur, les milieux de terrain n'ayant pas assez de souffle pour se coller aux incessants mouvements qu'exige ce poste.

Son message avait-il été transmis ? En tout cas, avec la titularisation d'Adama Cissé, les «Lions» avaient retrouvé une certaine stabilité qui leur avait permis de mener le match à leur guise et de s'imposer (3 - 0) pour passer en quarts. Zakaria qui, de si loin avait vu la solution au problème de l'équipe, l'aurait certainement résolu s'il avait été du groupe. Moralement, il en souffre encore quelque peu, même s'il s'en remet au destin.

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