Maroc: Abderrahmane El Youssoufi - Un homme d'Etat au service de la culture

La culture, première source d'intérêt

Abderrahmane El Youssoufi a toujours considéré l'art et la culture comme moyens de promotion du dialogue et de lutte contre l'ignorance et l'obscurantisme. Il a, tout au long de sa carrière politique, appelé à ériger la question culturelle à la tête des préoccupations et fait notamment partie de ceux qui ont été derrière la création du Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain (MMVI). «Ce musée est le fruit des résultats sur lesquels nous avons travaillé au moment de la formation du gouvernement que je présidais», avait-il déclaré en marge de sa visite à l'exposition rétrospective d'Alberto Giacometti, une visite symbolique qui incitait à inculquer aux Marocains, dès leur jeune âge, l'amour des arts et de la culture.

«Notre attention a porté en premier lieu sur l'aide aux ingénieurs et ministres afin que tout un chacun, selon sa position, puisse jouer son rôle dans la valorisation de la chose culturelle», avait-il précisé, réaffirmant «le besoin du Maroc pour la culture». «Nous essayons d'agir ensemble pour que les Marocains visitent les musées et se cultivent eux et leurs familles», avait-il expliqué, appelant les intellectuels et hommes de médias «à jouer leur rôle dans l'encouragement des potentialités des différentes catégories sociales afin de faire de la culture la première source d'intérêt».

En effet, la visite d'Abderrahmane El Youssoufi au MMVI mettait en avant la centralité de la culture dans la vie, encourageait le Marocain à se rendre dans ces hauts lieux de l'art et de la beauté, et rappelait que les musées sont là pour tous les Marocains, tout âge et tendances confondus. «Cette visite reflète l'éducation en culture et en arts qu'El Youssoufi a reçue», avait déclaré M'Barek Bouderka, ancien membre de l'Instance équité et réconciliation, et compagnon de route d'El Youssoufi. «Elle constitue un enseignement pour le citoyen marocain, et un message aux responsables de l'éducation en général pour que l'amour des arts soit inculqué aux citoyens dès leur jeune âge», avait-il fait savoir.

Un féru de théâtre et de cinéma

Depuis l'annonce du décès d'Abderrahmane El Youssoufi, les hommages se multiplient et les témoignages d'artistes sont plus émouvants les uns que les autres, tous saluent l'homme au grand cœur qu'il était. Dans une déclaration à Libé, le comédien Mohamed Choubi explique qu'en plus d'être un homme sensible, «Si Abderrahmane El Youssoufi était un grand homme de culture, un homme d'une élégance intellectuelle et morale exemplaire». «Au temps du gouvernement d'alternance, il avait nommé Mohamed El Achaari à la tête du ministère de la Culture, un homme qu'il connaissait bien et connaissait ses compétences, et ils avaient, tous les deux, réussi à mettre en place un nouveau modèle de soutien à la création culturelle et artistique, à travers un fonds de soutien à l'édition et au livre, à la production théâtrale, à la musique et aux arts chorégraphiques, aux arts plastiques et visuels, ainsi qu'à l'organisation de manifestations culturelles et artistiques», souligne Choubi.

Et d'ajouter : «Il faut dire qu'en plus d'être profondément nationaliste et peut-être l'un des derniers nationalistes d'une telle envergure, Si Abderrahmane est un homme qui a beaucoup donné à la culture, aux artistes et aux intellectuels dans notre pays». «Il était aussi un féru de théâtre et de cinéma. Je me souviens très bien quand il venait régulièrement voir les productions théâtrales de Touria Jabrane», précise-t-il, avant de conclure : «Je tiens à présenter mes sincères condoléances à la famille ittihadie, ainsi qu'à toute la classe politique et à tous ceux qui aimaient cet homme d'exception et qui admiraient son grand sens patriotique».

De son côté, le cinéaste Azlarabe Alaoui raconte qu'il ne connaissait ce grand militant qu'en tant que symbole national. «Mais les coïncidences ont fait que je travaille avec lui, il y a de cela une vingtaine d'années», explique-t-il. «Et même quand l'expérience d'alternance avait pris fin, on est toujours resté en contact et mes rares rencontres avec lui, que ce soit à Casablanca ou à Nice étaient pour moi des jours de fêtes», souligne-t-il. « Très modeste et toujours souriant, il ne faisait jamais de différence entre les hommes de pouvoir et les gens ordinaires comme moi. Vous ressentez son amour pour les faibles avant les forts et pour les pauvres avant les riches», estime Azlarabe Alaoui.

Et d'ajouter : «Lorsque je lui ai rendu visite la dernière fois, il y a de cela quatre ans, on a discuté de beaucoup de choses, notamment du grand philosophe Mohamed Abed Al-Jabri, du tournage d'une série biographique et on s'est également rappelé certaines anecdotes amusantes que nous avions partagées au temps de ma collaboration avec le gouvernement. Notamment celle d'un pilote d'hélicoptère qui nous avait emmenés d'Errachidia à Figuig et qui avait demandé à la délégation de revenir avant la tombée de la nuit parce que l'éclairage de l'hélico était tombé en panne». «Abderrahmane El Youssoufi était grand par ses principes et par son amour pour ce pays. Il a vécu avec honneur et dignité et est mort comme un symbole de la nation», conclut l'artiste.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d'autres artistes ont tenu à exprimer leur tristesse et leur regret suite à la disparition d'Abderrahmane El Youssoufi, dont le comédien Hassan Elfed, et les chanteurs Asmaa Lamnaouar et Hatim Amour.

Un témoin exceptionnel

Témoin exceptionnel de l'expérience d'alternance, Driss Guerraoui, conseiller du Premier ministre Abderrahmane El Youssoufi à l'époque et actuel président du Conseil de la concurrence, revient sur un pan de l'histoire méconnu du grand public, à travers son livre «El Youssoufi, leçons pour l'histoire».

Composé de 383 pages, images et documents à l'appui, l'ouvrage qui se décline en dix chapitres présente la personnalité et le parcours d'Abderrahmane El Youssoufi, tout en faisant la lumière sur ses positions en tant que Premier ministre, et en révélant des détails sur la période du gouvernement d'alternance et sur la manière El Youssoufi de gestion des problèmes sociaux. Le livre a été présenté lors de la dernière édition du Salon international de l'édition et du livre, en présence d'Abderrahmane El Youssoufi, lui-même et de son épouse, en plus d'une pléiade d'Ittihadis, de hauts responsables et de diplomates.

Celui qui fut un proche parmi les proches de l'ancien premier secrétaire de l'USFP explique qu'il traite dans son ouvrage les données extraites directement de ses rencontres avec Abderrahmane El Youssoufi, ou des sources et documents dont il dispose, ou encore de certaines discussions qu'il a eues avec les acteurs directs qui ont supervisé ou vécu les réformes sociales du gouvernement d'alternance, qu'il s'agisse d'anciens ministres, de ses collègues à la primature ou de certaines personnes qui s'intéressent à l'expérience de l'alternance. «J'ai adopté dans l'écriture de cette œuvre une méthodologie qui comporte trois axes. Il y a d'abord l'analyse des faits que nous avons vécus sur le terrain au cœur des événements, puis le suivi documentaire des réformes sociales entreprises par le gouvernement d'alternance, au sein duquel j'ai été chargé de préparer les dossiers et de suivre leurs procédures.

Le troisième axe concerne les témoignages que j'ai recueillis à travers les moments vécus aux côtés de Maître Abderrahmane El Youssoufi lors d'une étape forte de l'histoire politique du Maroc contemporain», précise-t-il. L'auteur du livre explique également que «chercher dans ces données, les collecter, les étudier, les analyser, et en tirer des leçons serait bénéfique pour les étudiants, les chercheurs et le grand public qui s'intéressent à cette époque de l'histoire du Maroc».

Dans sa présentation du livre, El Youssoufi écrit que le gouvernement d'alternance s'est employé à adopter des réformes sociales majeures qui ont concerné de larges franges de la société, soulignant que l'importance du livre réside dans le fait que l'auteur était présent lors de la mise en place des réformes, et accompagnait les différentes étapes de leur opérationnalisation.

«En incluant dans ce livre le bilan des grandes réformes sociales mises en œuvre par le gouvernement d'alternance entre mars 1998 et octobre 2002 sur la base d'informations réelles, l'ouvrage apporte une valeur ajoutée qu'il puise de l'intérieur de cette expérience gouvernementale», a estimé El Youssoufi.

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