Sénégal: Mamadou Talla, ministre de l'Education nationale - «Le ministère s'adaptera à toute nouvelle évolution de la situation»

interview

Malgré le caractère imprévisible de la pandémie, le ministère de l'Éducation nationale se dit prêt à agir et à s'adapter à toute nouvelle évolution de la situation dans la reprise des enseignements-apprentissages, le 2 juin prochain. Dans cet entretien exclusif accordé au Soleil, Mamadou Talla tient à rassurer les parents d'élèves. «L'État va veiller au respect strict des mesures préconisées», a dit le ministre.

Quelle a été la stratégie mise en œuvre par le ministère de l'Éducation nationale pour opérationnaliser la décision du Chef de l'État d'ouvrir les écoles le 2 juin 2020 ?

Je vous remercie de m'offrir l'opportunité d'informer, encore une fois, les sénégalais sur la posture du secteur de l'Éducation et de la Formation face à la pandémie de la Covid-19. Pour rappel, dès l'apparition du premier cas, en rapport avec le gouverneur de Dakar, le ministère de l'Éducation nationale a organisé une grande leçon sur le coronavirus (activité dupliquée au niveau déconcentré) et mis en place par arrêté, un comité de veille en charge d'organiser la riposte face à cette pandémie. Suite aux premières instructions du chef de l'État issues du Conseil des ministres du 29 avril 2020, j'ai, en rapport avec mes autres collègues du Secteur de l'Éducation et de la Formation (ministère de l'Emploi, de la Formation professionnelle et de l'Artisanat, ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation et le ministère de la Femme, de la Famille et du Genre), initié un comité interministériel.

Ce comité est composé, en dehors des départements de l'Éducation et de la Formation, de 11 autres ministères, d'institutions et de structures impliquées dans la gestion de la pandémie et l'organisation de la reprise des cours pour le 2 juin 2020. Je peux d'ailleurs citer parmi ceux-ci, les ministères en charge des Infrastructure, des Transports terrestres et du Désenclavement, le ministère de la Santé et de l'Action sociale, celui de l'Eau et de l'Assainissement, le ministère des Collectivités territoriales, du Développement et de l'Aménagement des territoires, le ministère du Développement industriel et des Petites et Moyennes industries etc. Des rencontres intersectorielles régulières se sont tenues avec notamment, les services du niveau déconcentré, les représentants du ministère cités, les élus locaux, les partenaires sociaux (syndicats enseignants, parents d'élèves), les partenaires au développement, des organisations de la société civile actives en Éducation.

Ce processus a permis l'élaboration d'un plan opérationnel de reprise des cours validé par l'ensemble des familles d'acteurs pour la continuité pédagogique avec la réouverture des écoles pour les classes d'examen et « Apprendre à la maison » pour les classes intermédiaires. Grâce à l'appui du ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, le retour des enseignants à leur poste est entamé depuis le 26 mai 2020. Les autres opérations d'organisation pratique de la reprise (désinfection des écoles, mis en place des matériels sanitaires, sensibilisation etc.) se poursuivent aussi en rapport avec les acteurs des niveaux central et déconcentré.

La réouverture échelonnée des écoles, après deux mois de fermeture liée à la Covid-19, nécessite toute une série de mesures et d'orientations. Que peut-on retenir à ce sujet ?

Elles sont de plusieurs ordres. Il s'agit des opérations et des mesures sanitaires de mise à niveau systématique des écoles, établissements et services aux normes sanitaires et sécuritaires, la désinfection, le nettoiement, l'adduction d'eau, la garantie de toilettes fonctionnelles et la mise à disposition de personnel d'appoint et l'aménagement d'un espace d'isolement propre à chaque structure. On peut citer aussi, la dotation aux élèves et personnels en kits sanitaires (masques normés et gel hydro alcoolique), la mise à disposition de thermo-flashs, de dispositifs de lavage des mains, de points d'eau (adduction d'eau, réservoirs, citernes, fûts, etc.) et de médicaments dans les établissements.

Des instructions et orientations sur l'entretien régulier des écoles (toilettes, réfectoires, etc.) ont été données ainsi que l'interdiction de vente d'aliments dans et aux alentours des écoles et établissements tout comme la mise en place d'une équipe d'alerte et de veille chargée de l'application effective des mesures. Un dispositif de suivi-supervision de l'application des mesures sanitaires à tous les niveaux a été mis en place aussi. Une note d'orientation sur l'organisation d'une rentrée échelonnée et les principes directeurs de la reprise portant sur les emplois du temps, la gestion des groupes d'élèves, l'organisation des récréations, le respect de la distanciation dans les salles de classe (1 élève/table et assis en zigzag, le respect de la distanciation physique 1,5 mètre entre individus), le port obligatoire du masque pour les élèves et le personnel enseignant et administratif, la systématisation de l'utilisation de la solution hydro-alcoolique et le lavage des mains avant, pendant et après les classes, la suspension des cours d'éducation physique et sportive pour éviter tout contact physique et le respect des horaires de cours fixés entre 9h et 15h, etc., sont autant de mesures prises.

La question de la reprise a été abordée de manière sectorielle avec certains départements ministériels concernés. Qu'est-ce qui a été retenu à ce niveau ?

La préparation et l'organisation des apprentissages et des évaluations se font de manière concertée entre les différents départements ministériels. Dans ce cadre, le Comité qui a pour mission de préparer et de coordonner la reprise et la continuité des cours dans les écoles, les structures de formation et les Universités , procède au suivi journalier de la mise en œuvre des engagements des uns et des autres. Aussi, pour chaque département ministériel, les rôles et responsabilités sont définis avec un cahier des charges.

À titre d'exemple, le ministère en charge de la Formation professionnelle et celui en charge de l'Industrie accompagnent la production de matériels sanitaires et de protection (masques, gel hydro-alcoolique, dispositif de lave mains, thermo-flashs etc.); celui des Transports terrestres apporte son appui pour le retour des enseignants et élèves à leurs postes; le ministère des Collectivités territoriales (les Mairies et Départements) accompagne les mesures définies sur le plan local. D'ores et déjà, le ministère de la Formation professionnelle a mis à la disposition du ministère de l'Éducation nationale plus de 400.000 masques, le ministère de l'Industrie a donné 500.000 masques et les ministères des Transports terrestres et Collectivités territoriales sont respectivement à pied d'œuvre dans le transport et la mise à disposition des matériels requis des écoles et établissements.

Le ministère envisage-t-il de mobiliser des moyens additionnels pour accompagner la reprise sur le terrain ?

D'emblée, il faut noter que des moyens importants ont été déjà mobilisés par l'État et tous les partenaires de l'école. Ces moyens continueront à être déployés pour la réussite totale de la reprise et la poursuite des enseignements-apprentissages non seulement pour le reste de l'année 2019/2020 mais également pour la préparation de la rentrée prochaine 2020/2021. Tous ces moyens seront mis à disposition dans les délais et dans les écoles et établissements concernés sans oublier la poursuite de l'accompagnement des classes intermédiaires avec «Apprendre à la maison». Par ailleurs, malgré le caractère imprévisible de la pandémie, je peux vous assurer que le ministère se tient prêt à agir et à s'adapter à toute nouvelle évolution de la situation.

C'est ainsi que j'ai initié une caravane pour faire le tour des régions avec un double objectif : remettre le matériel requis aux comités régionaux dirigés par les gouverneurs mais aussi s'imprégner du niveau de préparation de la rentrée. Ce qui nous a permis de voir que toutes les dispositions ont été promptement prises avec une mobilisation exceptionnelle de l'ensemble des acteurs de la communauté éducative. De plus, j'ai équipé toutes les Inspections de l'éducation et de la formation (Ief) et Inspections d'académie (Ia) de duplicopieurs, des machines avec une très grande capacité de tirage, pour permettre la continuité pédagogique des élèves des classes intermédiaires. S'y ajoutent les cours diffusés à travers Canal Éducation, les ressources numériques disponibles sur une plateforme et les contenus diffusés par des radios communautaires.

Des acteurs de l'enseignement privé sollicitent un appui de l'État à travers le fonds de résilience. Qu'est-ce qui est en train d'être fait à ce niveau ?

L'enseignement privé est une composante importante du système éducatif sénégalais. En effet, sur les 3.510.991 élèves recensés en 2020, 711.991 sont du privé. Soit 20,28% des effectifs globaux. De ce fait, cette entité bénéficie de l'accompagnement constant et conséquent de l'État avec, cette année, une subvention de 90 millions de FCfa allouée aux structures privées du préscolaire et 1 milliard 200 millions au profit de l'enseignement élémentaire et le moyen secondaire privé. Dans la même logique, toutes les mesures prises dans la riposte concernent autant le public que le privé. C'est pourquoi le même dispositif et la même attention seront de mise dans les structures de l'enseignement privé surtout en ce qui concerne la reprise des cours. De même, ils vont bénéficier du dispositif d'accompagnement matériel à l'instar des autres établissements du public.

Qu'est-ce qui a été retenu au sujet des examens et concours ainsi qu'en terme de réaménagement du calendrier scolaire ?

Il est évident que certains concours tels que Miss-Math/Miss-Sciences et le Concours général ne pourront pas se tenir cette année, compte tenu du contexte. Comme je l'ai déjà dit, les examens traditionnels se dérouleront normalement avec un certain décalage. Un calendrier de l'ensemble des évaluations (Cfee, Bac, Bfem), établi, en rapport avec les différentes entités impliquées (directions pédagogiques, Dexco, Office du Bac), est disponible.

La crise de la Covid-19 traduite par la prolongation de l'année scolaire n'aura-t-elle pas des conséquences sur la prochaine année scolaire en termes d'agenda ?

L'appréciation porte moins sur la durée de l'année scolaire que le nombre d'heures à effectuer par cours. À ce propos, les dispositions seront prises pour que l'année prochaine le quantum soit respecté. L'évolution de la pandémie nous édifiera sur les décisions idoines à prendre tout en apprenant à nous adapter à toute nouvelle situation. Différents scénarii sont déjà conçus par mes services pour faire face aux cas les plus pessimistes. En tout état de cause, la pandémie de la Covid- 19 soulève, pour nous, la problématique de la résilience du secteur face aux chocs actuels et futurs d'où la nécessité de toujours travailler à son renforcement. Cependant, nous tenons à préciser que cette reprise ne concerne qu'environ 16% de la totalité de l'effectif des élèves.

Je profite de cette tribune pour saluer la belle mobilisation de toute la communauté éducative pour assurer une reprise des cours dans un environnement serein et apaisant. Les autorités administratives, avec à la tête les gouverneurs, les autorités territoriales, les parents, les partenaires sociaux n'ont ménagé aucun effort pour que nos enfants soient dans les meilleures conditions. Je tiens aussi à reconnaître le patriotisme et le sens du sacrifice dont ont fait preuve nos enseignants. Permettez-moi aussi de rassurer les parents en leur disant que nous allons veiller au respect strict des mesures préconisées par les autorités sanitaires et leur dire de continuer à rester vigilants jusqu'au 31 Juillet.

Plus de: Le Soleil

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