Cameroun: Rive gauche du Noun - Le chef du village Bangou 2 tire sa révérence

Les populations et élites portent le deuil de Sa Majesté Jean Fotso. Il est allé, dit-on, rejoindre les ancêtres le dimanche 24 mai dernier.

La principale case de la chefferie de Koukpa dit Bangou est sous scellé depuis le lundi 25 mai. L'opération menée par le sous-préfet de l'arrondissement de Foumbot intervient suite au décès intervenu dans la soirée du dimanche de dernier du maitre des lieux, Sa Majesté Jean Fotso, 72 ans et chef traditionnel de troisième degré de la localité. « Il a été malade pendant cinq jours. Nous sommes consternés. Sa mort nous plonge dans la détresse », témoigne Sabine Nguemdjo, l'une des épouses du défunt. « Nous sommes soumises aux rites de veuvage suivant la tradition Bamiléké. C'est d'autant éprouvant qu'il s'agit de la mort d'un chef », ajoute-elle.

Ainsi, c'est tout le village qui porte le deuil. Les notables et autres gardiens des traditions veillent à ce que certains travaux champêtres soient mis en berne pendant cette période. Les cérémonies d'enterrement officiel du défunt chef sont prévues pour le 11 juillet 2020 suivie de la désignation de son successeur. Une opération à laquelle devra s'atteler les notables de la localité et les cinq autres chefs traditionnels Bamiléké de la rive gauche du Noun. Dassi Tankam de Bamougoum 2, Kamegne de Bandjoun 2, Arouna Nguepnang Njomgang de Batoufam 2 ont déjà pris langue avec les élites du village Bangou 2 afin que les choses se passent suivant les rites et coutumes Bamiléké.

Ils sont particulièrement mobilisés du fait que le défunt était le doyen des chefs Bamiléké sur la rive gauche du Noun avec 52 ans de règne à son actif. Car nous renseigne l'une de ses épouses, suite à la mort de son père, le chef Samuel Lélé, intervenue en 1968, il a renoncé à une vocation d'instituteur à l'école publique du groupe III à Bafoussam pour rentrer succéder à la chefferie de Bangou 2. D'où sa vocation comme excellent planteur de café et pourvoyeur de la coopérative agricole des planteurs de la Mifi(Caplami) en produits récoltés dans ses plantations sur la rive gauche du Noun. Comme tous les autres planteurs de la localité, il a souffert de la chute du prix du café arabica sur le marché mondial suite à la crise économique de 1987.

Un repère historique

Attaché à la terre de ses ancêtres, il s'est reconvertit dans la pratique des cultures vivrières. Et ne s'est jamais lassé de se mettre au premier rang pour la défense du pacte ayant permis l'installation des chefferies traditionnelles Bamiléké sur la rive gauche du Noun à l'aube de l'occupation coloniale française au Cameroun. « Au départ, le gouverneur Nicolas, un français de passage à Bafoussam pour Dschang, avait constaté qu'il y avait trop de litiges fonciers au tribunal de la subdivision de Bafoussam. Plusieurs villages étaient confrontés par des problèmes de terrain entre ses ressortissants. Pour résoudre ce problème, il avait contacté le Roi Njoya en 1929.

Ils sont tombés d'accord pour l'installation des chefferies sur la rive gauche du Noun. Chacune des dix chefferies de l'ex Mifi devraient donner trois cent personnes à être installées sur la rive gauche du Noun. On est venir les installer. En 1930, il y a eu une cérémonie officielle d'installation. On a fixé les limites de chacun des 10 villages. Les gens se sont installés et ont dénommé des quartiers en fonction de leur groupement d'origine. Chaque village avec des limites. Ce sultan servait comme assesseur à Bafoussam. Il était au courant de la situation des litiges fonciers. En 1930, on les a installés officiellement. En 1945, une note de l'administration coloniale a reprécisé les choses et a exigé l'autonomie des chefferies Bamiléké sur la rive gauche du Nord », se rappelait-il lors d'un entretien réalisé par nos soins dans sa chefferie en date du 03 avril 2020 .

La majorité des déportés de quatre villages, disaient-ils, sont rentrés. Car il y avait des disputes et trop de morts. Les Bamendjou, les Bayangam, les Bangang, et les Batie sont rentrés. C'est en 1961 que le chef Koufen et ses gens sont rentrés. « On a rattaché Koufen sur la rive gauche du Noun. Ensemble, nous formons un seul groupement. Les 300 personnes que l'on envoyait, on les arrêtait seulement. Les chefs ou sous-chefs qui ne respectaient pas le chef du groupement étaient arrêtés et envoyés sur la rive du gauche du Noun. Certains arrivaient ici et fuyaient pour aller vers Mangwa ou vers Nkongsamba et Douala. Njoné d'ici est un sous- quartier à Bandjoun. Quand il y avait des morts, les gens rentraient pour aller à Nkongsamba ou à Magba », évoquait le défunt chef. Non sans maquer de réaffirmer son engagement pour la sauvegarde de l'autonomie de toutes les chefferies Bamiléké sur la rive gauche du Noun, surtout qu'il brandissait en appui un arrêté préfectoral signé en 1973 reconnaissant son statut de chef traditionnel de Bangou 2.

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