Sénégal: Pandemie COVID-19 - Macky proroge l'état d'urgence

Les Sénégalais avachis par le confinement de deux mois dû à Covid-19, les secteurs d'activités économiques en état de mort clinique, comme les « Gorgorlus» qui espéraient la fin des restrictions pour le mardi 02 juin, ont déchanté hier, vendredi 29 mai 2020.

Pour cause, le président de la République, Macky Sall, a prolongé de 30 jours et pour la deuxième fois l'état d'urgence décrété le 23 mars dernier. Du coup, Macky Sall botte en touche les récriminations des syndicalistes, acteurs de la société civile et de la majorité de la population qui réclamaient la fin des restrictions de leurs libertés d'aller, de venir, et d'exercer leurs activités professionnelles, en respectant les mesures- barrières.

Pour la première fois de son histoire post indépendance, le Sénégal va connaitre trois mois d'état d'urgence. Le chef de l'Etat, Macky Sall, a en effet prolongé de 30 jours l'état d'urgence décrété tout au début de la pandémie à Covid-19, le lundi 23 mars 2020. «En application des dispositions de l'article 4 de la loi n°2020-13 du 02 avril 2020 susvisée, l'état d'urgence proclamé par le décret n°2020-830 du 23 mars, est à nouveau prolongé pour une durée supplémentaire de 30 jours sur toute l'étendue du territoire national», renseigne un décret du Président dont une copie est parvenue à la rédaction hier, vendredi 29 mai. Le chef de l'Etat proroge encore cet état d'urgence qui a été déjà rallongé, le 3 mai dernier, pour lutter contre la pandémie de la Covid-19. Même si l'Assemblée nationale a donné au président de République les prérogatives de prolonger cet état d'urgence en tenant compte de la situation à l'origine de sa mise en œuvre, la décision présidentielle d'hier, vendredi, survient à un moment où des citoyens ne s'y attendaient pas trop.

Aprè s deux mois de semi-confinement, ponctués de légers assouplissements des restrictions, et compte tenu du dé-confinement qui se généralisait dans le monde, beaucoup de Sénégalais espéraient que la date du 02 juin allait consacrer la fin de l'état d'urgence. Surtout ceux que la décision de suspendre subitement les liaisons terrestres, maritimes entre les régions avait surpris et qui étaient loin de leur lieu de résidence, pour diverses raisons. Ils sont en effet nombreux à être bloqués dans les régions de l'intérieur du pays ou à Dakar, la capitale, et ils comptaient sur une levée des interdits/restrictions pour retrouver les siens. Par ailleurs, la prorogation de l'état d'urgence intervient à un moment où l'économie nationale est au bord de l'asphyxie. L'hôtellerie, les transports (terrestre, aérien, maritime et fluvial), les petits commerces, la restauration, sont entre autres des secteurs durement frappés par les restrictions liées à la lutte contre la Covid-19 qui ne cesse de gagner du terrain et de faire des victimes.

SOURDE OREILLE A L'APPEL DE LA SOCIETE CIVILE ET DES SYNDICALISTES

Cette morosité économique a fait que des syndicats de transports se sont montrés plus ou moins défiants de l'autorité, en voulant décréter une reprise forcée du trafic interurbain. D'autres menacent même de décréter une grève générale très prochainement pour un «Sénégal sans transport». A moins que des mesures palliatives ne soient apportées par les ministres en charge du secteur, la prorogation de l'état d'urgence risque de faire encore des mécontents et des dégâts. Par ailleurs, cette décision de l'Exécutif intervient également dans un contexte où une partie de la société civile réclame la levée du couvre-feu et l'allégement des mesures de restriction. Le directeur exécutif d'Amnesty International/Sénégal, Seydi Gassama, a réclamé, ces derniers jours, la levée du couvre-feu et la prise de mesures qui permettront au «goorgorlu» de retrouver le rythme habituel de son activité. Le fondateur d'Africa Jom Center, Alioune Tine, a lui aussi requis une évaluation du couvre-feu, une des mesures phares de l'état d'urgence. Le prolongement de l'état d'urgence vient en outre contrecarrer la dynamique d'allègement et de «vivre en présence du virus» prônée par le président Macky Sall, avec la réouverture des lieux de culte et des marchés 6 jours sur 7, dans son discours du 11 mai. Pour assurer une cohabitation «saine» avec la Covid-19, les lieux de culte et les classes d'examen sont rouverts, pendant ce temps, des restrictions continuent en ce qui concerne la mobilité des personnes et des biens.

PROROGATION DE L'ETAT D'URGENCE «C'est un coup d'état», selon Moustapha Diakhaté

«Le Président Macky Sall viole la constitution du Sénégal. La prorogation de l'état d'urgence par décret est un coup d'Etat du Pouvoir exécutif contre la Représentation nationale». Cette déclaration est de l'ancien député de la Majorité, Moustapha Diakhaté. Pour étayer ses propos, l'ancien président du groupe parlementaire Benno Bokk Yaakar, convoque la Constitution qui en son article 69, alinéa 2 dispose «le décret proclamant l'état de siège ou l'état d'urgence cesse d'être en vigueur après douze jours, à moins que l'Assemblée nationale, saisie par le Président de la République, n'en ait autorisé la propagation». Ce qui fait dire à M. Diakhaté, «en prorogeant, encore une fois, l'état d'urgence par décret, le Président Macky Sall persiste dans l'illégalité, outrepasse ses prérogatives et piétine l'Assemblée nationale». Ce qui selon lui constitue un «abus de l'exécutif» et «une inacceptable violation de la constitution du Sénégal». «Le Président Macky Sall fait mal au Sénégal, ne le laissons installer la présidentiocratie, déconstruire la Séparation des pouvoirs et l'Etat de droit», conclut-il dans son post publié sur sa page Facebook.

ROLONGEMENT DU COUVRE-FEU A l'écoute d'Aly Ngouille Ndiaye

Le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Publique, Aly Ngouille Ndiaye, annoncera aux Sénégalais si la prorogation de l'état d'urgence restera toujours assortie d'un couvre-feu ou non. Selon certaines sources, les Sénégalais seront édifiés d'ici la semaine prochaine. Aly Ngouille Ndiaye dira si le couvre-feu sera maintenu ou s'il sera tout bonnement abandonné, comme c'est le cas dans certains pays de la sous-région. Il est aussi attendu sur la décision des autorités concernant la mobilité interurbaine. Dans une de ses sorties, ces derniers jours, Aly Ngouille Ndiaye avait annoncé que certaines gares routières seront rouvertes. Pour rappel, l'état d'urgence décrété depuis le 23 mars, est actuellement accompagné d'un couvre-feu en vigueur de 21h à 5h du matin. Auparavant, la restriction était de 20h à 6h du matin. Les rassemblements, la fréquentation des lieux de culte et la circulation interurbaine étaient interdits avant que le président Macky Sall, ne décide d'un allégement sur certaines restrictions, le 11 mai dernier. Toutefois, la Covid-19, à l'origine de toutes ces limitations, continue sa propagation. A la date d'hier, le Sénégal comptait 3429 cas positifs dont 1738 guéris et 41 décès.

Plus de: Sud Quotidien

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