Ile Maurice: Banque centrale - Les obligations pour financer les Rs 60 milliards expliquées

C'est connu maintenant. La Banque de Maurice (BoM) financera sa contribution exceptionnelle de Rs 60 milliards, accordée à l'État dans le sillage des conséquences économiques du Covid-19, par le biais d'instruments financiers qu'elle émettra prochainement.

Connus comme les BoM Bills, BoM Notes et BoM Bonds, ce sont des obligations émises traditionnellement par la Banque centrale pour éponger l'excès de liquidités sur le marché. À la différence que cette fois, l'équipe dirigeante de la BoM s'appuiera sur ces instruments pour venir en aide au gouvernement, en levant des fonds sur le marché des capitaux.

Connue des spécialistes et d'une poignée d'initiés - contrairement au grand public, qui n'y est pas familier - les Bills, Notes et autres Bonds sont simplement des titres de créance émis par les entreprises publiques ou privées, les institutions financières, dont les banques centrales ou par l'État.

Le détenteur d'une obligation est assuré, sauf en cas de défaillance de l'émetteur (ce qui est invraisemblable dans le cas de la BoM), de recevoir régulièrement un intérêt fixe, en général (ces instruments sont connus comme des «fixed income securities»), et de voir sa dette remboursée à l'échéance de l'obligation.

Dans le cas précis des Rs 60 milliards, c'est la Banque de Maurice qui émettra ces instruments financiers sur le marché monétaire, en épongeant des liquidités détenues par les institutions financières, principalement les banques commerciales.

Quatre banques autorisées à acheter

Actuellement, il n'y a que quatre banques qui sont autorisées à acheter ces instruments auprès de la BoM et de les revendre auprès d'une brochette de clients comprenant des investisseurs institutionnels, des corps paraétatiques ou le grand public. Elles sont nommément la MCB, la SBM, l'AfrAsia Bank et l'Absa Bank (ex-Barclays) et elles sont connues comme des «primary dealers». Ces dernières achètent ces instruments généralement par voie d'appels d'offres.

«À l'achat d'un bon du Trésor ou d'un bon de la BoM (Treasury Bill ou BoM Bill), l'acheteur paie un montant inférieur à la valeur nominale du bon (la valeur nominale d'un BoM Bill ou d'un Treasury Bill est normalement de Rs 100 000) et reçoit la valeur nominale à l'échéance. Les BoM bills sont proposés avec des échéances de 28, 91,182 et 364 jours», explique un cambiste.

Il ajoute que la différence entre le prix du Bill et sa valeur nominale est égale à son rendement (le yield), qui est lui-même calculé sur le nombre de jours à échéance. Ainsi, pour un Bill d'une valeur nominale de Rs 100 000, avec une période de maturité de 364 jours et un yield de 1 %, l'acheteur doit débourser Rs 99 013 pour payer à l'émetteur et recevra au terme de la période de maturité Rs 100 000. Du coup, l'acheteur empochera un rendement net de Rs 987 après 364 jours. Ce qui équivaut donc à un taux de rendement de 1 % annuellement, sur un investissement de Rs 99 013 pour 364 jours.

Certes, la période de maturité d'un titre de créance (ou d'une obligation) peut varier d'une échéance allant d'un mois à 20 ou 30 ans. À Maurice, les obligations émises à ce jour par la BoM ont des échéances variant de 28 jours à 15 ans. En revanche, celles émises par le Trésor public ont des échéances allant de 91 jours à 20 ans. «Aujourd'hui, avec des taux d'intérêts bancaires en chute libre, moins de 1 % dans certains cas, les yields sur les obligations sont à leurs plus bas niveaux», souligne un habitué des marchés (voir plus bas pour d'autres types d'instruments).

Plusieurs phases

Selon les spécialistes, l'opération de la Banque centrale d'émettre des BoM Bills pour disposer des Rs 60 milliards devrait s'étaler sur plusieurs phases, pour éviter un dysfonctionnement du système bancaire. Résultat, il faut s'attendre à ce que cette opération comporte des émissions de titres par plusieurs tranches. Le gouverneur de la BoM, Harvesh Seegolam, a d'ailleurs fait comprendre que son équipe finalise actuellement les termes de cette émission.

Et quid du bon du Trésor ? Il est émis par l'État pour le compte du Trésor public, d'où cette appellation. En achetant un bon du Trésor, une personne prête de l'argent à l'État et devient, en quelque sorte, son créancier. Garanti à 100 % par le gouvernement qui l'émet, c'est un placement considéré comme étant sûr sur le marché. À l'instar des BoM Bills, c'est la Banque de Maurice qui dispose de toute l'expertise et de la logistique nécessaire pour émettre un bon du Trésor.

Le ministre des Finances d'un gouvernement a généralement recours à cet instrument financier pour obtenir des liquidés à court et moyen termes, pour financer ses dépenses fiscales. D'ailleurs, les spécialistes s'interrogent toujours pourquoi, dans le cas présent, la BoM a dû s'endetter pour lever des fonds de Rs 60 milliards pour le compte de l'État, dont on ne connaît pas s'ils vont être remboursés ou pas. Est-ce pour ne pas augmenter la dette publique, dont le plafond de 65 % du PIB a d'ailleurs été enlevé suivant les amendements de la Bank of Mauritius Act 2004 figurant dans la Covid-19 Act adopté le 15 mai au Parlement ?

Réel engouement

Toujours est-il que l'engouement pour les bons du Trésor est réel malgré que le taux de rendement moyen de ceux ayant une période de maturité de 91 jours ou plus ait connu une baisse ces derniers mois, amplifié par la crise économique qui a vu le taux directeur (repo rate) chuté à 1,85 %. Toutefois, la demande pour les bons du Trésor demeure néanmoins forte.

Raison avancée : le coût financier de maintenir l'excès de liquidités est onéreux. Le montant se chiffrent actuellement à Rs 30 milliards «Il est préférable pour les banques commerciales d'accepter un taux de rendement minime, même à 0,50 %, auprès de la Banque de Maurice, pour se débarrasser de ces liquidités, au lieu de financer les prêts à risque», souligne Imritt Ramtohul, consultant en investissements.

D'ailleurs, si on se réfère aux résultats de l'adjudication des titres ayant une échéance de six mois (182 jours) affichés par la BoM le 29 mai, on note que pour une offre initiale de Rs 3 milliards, il y a eu une demande de la part des banques pour une valeur de Rs 8,4 milliards. Ce qui témoigne de l'intérêt des «primary dealers» de se débarrasser ces liquidités à n'importe quel prix.

D'ailleurs, comparés à l'année dernière, le taux de rendement du Bon du Trésor a drastiquement baissé. Ainsi, pour les investisseurs qui ont pris position en faveur cet instrument disposant d'une période de maturité de 91 jours, le taux est passé de 3,02 % en avril 2019 à 1,24 % pour la même période, cette année. C'est le cas pour les bons de six mois (3,33 %) contre 0,50 % en avril 2019, alors pour les 364 jours, il est passé de 3,52 % à 0,74 %. Soit à un taux moyen de 0,43 %. Cette tendance baissière pourrait se poursuivre dans les semaines et mois à venir, avec l'effet économique du Covid-19.

Quoi qu'il en soit, l'émission de ces instruments par la Banque de Maurice sera suivie de près par les spécialistes, compte tenu de la polémique soulevée par le financement de ces Rs 60 milliards par la BoM. Mais aussi de son remboursement le moment venu car le gouverneur de la Banque centrale n'en a, jusqu'ici, pas pipé mot. Ce qui laisse perdurer le mystère sur le recours à l'impression de billets de banque...

Explicatif sur les autres instruments disponibles

Les obligations à courte échéance (short term) sont connues comme des «Bills» (BoM Bills ou Government of Mauritius Treasury Bills) et les obligations à moyenne et longue échéance (medium and long term) sont connues comme les «Notes» et «Bonds» (BoM Notes, BoM Bonds et Government of Mauritius Treasury Notes et Government of Mauritius Bonds). Contrairement aux «Bills», le détenteur d'un «Note» et ou d'un «Bond», bénéficie d'un intérêt fixe semestriel, connu comme le «coupon». Dans le jargon des initié,s on appelle les «Bills» des «zero coupon bonds». Tout comme le «Bill», le prix d'un «Note» ou d'un «Bond» est basé sur son rendement et sa période de maturité.

Plus de: L'Express

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