Sénégal: Clairvoyance pour la reprise des cours

éditorial

«Ne vous y trompez pas, nous avons encore un long chemin à parcourir. Ce virus nous accompagnera pendant longtemps». Ainsi nous alertait, le mercredi 22 avril dernier, le Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (Oms), l'Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Autrement dit, le monde est loin d'en finir avec le nouveau coronavirus. Il nous met dans une effrayante alternative : rester confiné ou vivre avec le virus ? Le choix est vite fait. Cette dernière option semble être la plus raisonnable.

Nous avons vécu avec le paludisme, le sida et tant d'autres pandémies même si les angoisses éprouvées divergent dans leur intensité. Il faut se rendre à l'évidence, aucune économie ne peut supporter le coût du confinement, quelle que soit sa résilience.

Rester confiné, c'est aller droit vers l'effondrement de l'Etat qui ne saurait faire face à ses lourdes charges sans la fiscalité.

C'est également compromettre les salaires des fonctionnaires, des travailleurs du privé et l'avenir des entreprises qui pourraient être asphyxiées par le non-paiement de la dette intérieure. L'horizon s'assombrirait.

Au-delà des salaires, c'est le tissu social qui se fracturera. Il n'est pas besoin d'être expert pour évaluer les conséquences dramatiques d'un confinement surtout dans un pays où plus de 90 % des activités sont du secteur informel.

On ne serait pas à l'abri non plus des heurts et contestations de citoyens accablés par une mesure inadaptées à leurs moyens de subsistance.

Par exemple, en France, durant le confinement, «les plaintes pour violences conjugales ont connu une hausse durant les 10 premiers jours du mois d'avril dernier.

Le vendredi 17 avril, le ministère de l'Intérieur dévoilait des statistiques indiquant que les violences interfamiliales augmentent. Entre le 6 et le 12 avril, près de 4.000 victimes ont été enregistrées» (source Afp).

Au Sénégal, le non-respect des mesures d'interdiction de transport interurbain était flagrant malgré la rigueur des Forces de défense et de sécurité. Mieux, des populations ont commencé à défier l'autorité dans plusieurs domaines (interdiction des rassemblements, respect du couvre-feu... )

C'est dire que la décision du Chef de l'Etat, Macky Sall, d'assouplir les restrictions et surtout d'ordonner la reprise des cours d'une clairvoyance. Car, personne ne peut se payer le luxe de vivre une autre année blanche.

Et là où le Sénégal cible uniquement les classes d'examen en premier lieu, des pays comme le Côte d'Ivoire ont opté pour le retour en classe de tous les élèves. Cela, après la levée du couvre-feu.

Certes, le retour à l'école des enfants hante le sommeil des populations, plus particulièrement des parents.

Nombreux sont, en effet, ceux qui qualifient la décision de l'Etat «d'incompréhensible» parce qu'elle intervient au moment où le nombre de cas notamment communautaires ne cesse d'augmenter.

De plus, plusieurs questions restent en suspens pour les parents et les élèves : les écoles seront-elles désinfectées ?

Comment les élèves seront-ils disposés dans les salles de classe ? Quid du transport des enseignants à leur lieu de travail, des mesures de protection notamment la disponibilité des masques pour les plus de 551.000 élèves des classes d'examen qui doivent démarrer ?

Qu'en sera-t-il des écoles sans eau ni toilettes ? Des abris provisoires plus précisément dans les zones rurales ? Car, dans des régions comme celle naturelle de la Casamance (qui regroupe les trois régions administratives de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda), de Kédougou et de Tambacounda, la saison des pluies démarre en mai ou en juin, au plus tard.

Heureusement que la clairvoyance du Président de la République a été accompagnée d'une batterie de mesures afin de relever le défi de la reprise: 3 masques lavables par enseignant et par élève (3 millions distribués) ; des thermoflashs ; 20 élèves par salle ; exemption des agents et élèves souffrant de pathologies chroniques comme l'asthme, le diabète, l'avc, la drépanocytose... ; mise sur pied d'un Comité Covid dans les écoles pour l'alerte et la veille et création d'une salle d'isolement dans chaque école ; interdiction de la vente de marchandises ou d'aliments ; révision des emplois du temps des professeurs ; tous les établissements devront disposer d'eau et de toilettes fonctionnelles ; nettoyage et désinfection réguliers des écoles ; respect de la distanciation physique et des mesures barrières dans les établissements.

Des mesures sur lesquelles l'Etat ne badine pas : «Si un seul élément du protocole sanitaire manque, qu'on arrête», dixit le ministre Mamadou Talla. Il y a également le convoyage des enseignants à leur poste du 26 au 29 mai 2020 (le ministère de l'Education et ceux de l'Intérieur et des Transports s'en chargent). «19.980 sur 97.000 enseignants sont concernés », selon le Directeur de la formation et de la communication du ministère de l'Education Mohamed Moustapha Diagne, précisant que «80 % des enseignants sont dans leur département, ville ou village». A tout cela, s'ajoute l'engagement des collectivités territoriales à participer à l'effort de guerre.

Si l'engagement des enseignants n'a jamais fait défaut, il est toutefois nécessaire de rappeler que la réussite de cette reprise dépendra, avant tout, du respect de toutes ces mesures mais surtout du civisme de tous.

En effet, comme l'écrit l'ancien ministre de la Santé, Abdou Fall, «la situation sanitaire questionne notre capacité à modifier nos comportements pour l'intérêt général. Le civisme consiste à faire passer l'intérêt collectif avant ses propres désirs, besoins, et libertés. Cet impératif impose un consentement aux prescriptions édictées.» Aujourd'hui plus qu'hier.

Plus de: Le Soleil

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