Burkina Faso: Maintien du couvre-feu - Le gouvernement doit trouver le juste milieu

Pour contrer la propagation de la Covid-19 au Burkina, le gouvernement avait pris une batterie de mesures. L'une d'elles est l'instauration d'un couvre-feu sur l'ensemble du territoire national. Au départ, le couvre-feu commençait à 19h et s'arrêtait à 5h. Par la suite, un allègement a été opéré pour repousser l'heure du début à 21h et avancer l'heure de la fin à 4h.

Cet allègement avait été salué par les populations, surtout celles qui sont dans l'économie informelle. Mais ces derniers jours, des voix sont en train de s'élever pour exiger purement et simplement la levée de la mesure. A Bobo-Dioulasso, par exemple, une marche a même été organisée dans ce sens. Les manifestants entendent battre le macadam jusqu'à ce que le couvre-feu soit levé.

Les acteurs culturels de la ville de Sya, puisque c'est d'eux qu'il s'agit, ont tenu à signifier par là qu'ils étaient réduits à manger de la vache enragée à cause du couvre-feu. Il faut aller au- delà de cette couche socio-professionnelle pour dire que le couvre-feu est en train de faire mal à l'ensemble des acteurs, peut-on dire, de l'économie nocturne.

Et ils sont des milliers et des milliers d'hommes et de femmes qui gagnent leur pain grâce à des activités qui, généralement, prospèrent à la tombée de la nuit. L'on peut même dire que la plupart des villes africaines tirent leur spécificité voire leur charme des activités de ces gens-là.

Et en l'absence de mesures d'accompagnement du gouvernement, l'on peut craindre que les hommes et femmes qui tirent leur pitance des activités nocturnes, basculent dans des activités de compensation en porte-à-faux avec la loi.

Ce scénario est d'autant plus à craindre que la faim et l'oisiveté peuvent conduire à tout. C'est à juste titre que Bob Marley avait martelé ceci : « a hungry man is an angry man ».

En français facile, cela veut dire qu'un homme qui a faim est un homme violent, coléreux, irascible. Certainement que le gouvernement a des raisons de maintenir le couvre-feu.

S'installer dans le mutisme, comme le fait actuellement le gouvernement, n'est pas la meilleure approche

Quand on observe, en effet, les chiffres, on peut faire le constat que la maladie est en tain de reculer sérieusement au Burkina. Et cette tendance à la baisse peut s'expliquer par la mise en place des mesures-barrières édictées par les autorités.

Chez certains de nos voisins de la sous-région, la Côte d'Ivoire et le Ghana pour ne pas les citer, a contrario, les chiffres sont en train d'exploser. Il n'est pas exclu que la levée du couvre-feu ait un lien avec cela. Et puis, les contextes ne sont pas les mêmes.

En Côte d'Ivoire et au Ghana, il n'y a que la menace du Covid-19. Or, au Burkina, la crise sanitaire est venue se greffer à une crise sécuritaire. Comparaison n'est donc pas raison.

En tout état de cause, il revient au gouvernement de briser le silence pour expliquer les raisons du maintien du couvre-feu. Il doit d'autant plus s'inscrire dans cette logique que des juristes commencent à mettre en doute la légalité du couvre-feu.

Avant cela, c'est l'Opposition politique qui avait exigé la levée du couvre-feu. En tout cas, le gouvernement doit tout faire pour ne pas donner l'impression que la seule manière de l'amener à revenir sur ses décisions, est de battre le macadam et d'ériger des barricades.

La démarche a été expérimentée d'abord par les commerçants. Elle a été couronnée de succès puisque les barricades, peut-on dire, ont obtenu la réouverture des marchés et yaars. Des religieux leur ont emboîté le pas.

Les lieux de culte ont été rouverts. Aujourd'hui, ce sont les acteurs culturels de Bobo-Dioulasso qui sont en train de mettre la pression sur le gouvernement pour qu'il lève le couvre-feu. On attend de voir ce que cela va donner.

En attendant, l'on peut suggérer au gouvernement d'opter pour le juste milieu car, nul ne peut dire que le couvre-feu n'est pas un désastre économique et social. Pour atténuer les choses, on peut envisager de reculer l'heure jusqu'à minuit par exemple.

En tout cas, s'installer dans le mutisme, comme le fait actuellement le gouvernement, n'est pas la meilleure approche même s'il faut reconnaître qu'en l'état actuel des choses, le pouvoir ne sait plus où donner de la tête.

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