Ile Maurice: L'école au temps du coronavirus, l'exemple de l'Île Maurice

Interview avec Leela Devi Dookun-Luchoomun, vice-Première ministre et ministre mauricienne de l'Education et de l'enseignement supérieur, de la science et de la technologie.

L'Île Maurice a été durement touchée par la pandémie de Covid-19. Au 28 mai 2020, le pays avait enregistré 334 contaminations confirmées et dix décès dûs au coronavirus. Mais aussi 322 guérisons.

Leela Devi Dookun-Luchoomun, vice-Première ministre et ministre mauricienne de l'Education et de l'enseignement supérieur, de la science et de la technologie, revient sur les mesures prises par le gouvernement qui vont permettre au pays d'entamer une phase de déconfinement au mois de juin, même si les établissements scolaires resteront fermés jusqu'en août.

Selon la ministre, la force de la riposte des autorités réside dans ses mesures sociales et sa politique de transparence en matière d'information de la population.

Lisez ici un extrait de l'entretien qu'elle nous a accordé:

Leela Devi Dookun-Luchoomun: L'avantage que nous avons à Maurice, c'est que nous sommes un Etat providence, ce qui veut dire que déjà, de l'éducation primaire à l'enseignement supérieur, l'éducation est gratuite, le transport des élèves vers les établissements scolaires et universitaires gratuits aussi.

Et en plus, ce qui est important, c'est que nous avons un ministère de l'intégration sociale qui prend en charge les plus démunis, ceux qui se trouvent sur le registre national. Et les élèves reçoivent un soutien additionnel en termes de matériel scolaire, en termes de soutien et même dans certaines écoles. Nous offrons même les repas des régions à des zones d'éducation prioritaire et le ministère des Finances est venu aussi avec un soutien pour les petites et moyennes entreprises et aussi pour d'autres entreprises qui sont en difficulté.

Il faut savoir que l'équité a toujours été une de nos considérations les plus cruciales, même pendant la période de confinement. Le ministre de l'intégration sociale est venu avec plusieurs "packages", comme la provision de tablettes tactiles aux élèves les plus démunis pour s'assurer qu'au moins ils suivent les cours.

On a aussi eu l'accès à l'internet pour les familles les plus démunies, encore une fois ceux qui se trouvent sur le registre national. Et on est venu avec toute une série de mesures afin d'éviter que ces familles se retrouvent dans des situations trop pénibles. Bien sûr, il y aura quand même beaucoup de difficultés à faire face. Mais l'Etat a pris beaucoup de mesures pour essayer de réduire la lourdeur des difficultés qu'ils pourront subir.

DW: Toutes ces mesures qui ont dû être prises dans l'urgence et qui risquent de s'étaler dans le temps, ça représente aussi des dépenses considérables qui n'étaient pas du tout prévues dans le budget de l'année. Comment est-ce que vous allez faire?

Leela Devi Dookun-Luchoomun: Certainement. Mais vous savez, à l'île Maurice, on a mis sur pied un comité de gestion et on a eu aussi beaucoup de soutien des entreprises privées. Il y a eu un fonds qui a été créé, qui sera géré par des représentants de l'Etat comme ceux du secteur privé, pour venir en aide à ceux qui sont dans le besoin.

DW: Comment est ce que l'île Maurice a finalement réussi à "gagner cette bataille" sur la maladie, comme l'a dit votre homologue de la Santé? Il y a peu, le pays a été très touché, proportionnellement à sa population, par rapport à d'autres pays d'Afrique de l'Est, par exemple. Et maintenant, les chiffres sont très bons. Comment est ce que vous avez fait et est-ce que vous avez des conseils éventuellement qui pourraient servir à d'autres pays?

Leela Devi Dookun-Luchoomun: Je crois que, premièrement, il y a eu un leadership très fort. Le fait même que le Premier ministre s'est personnellement occupé de ce comité de gestion de Covid-19 a démontré sa volonté.

Et ensuite, il y a eu aussi ce qu'on appelle une compréhension et un "followship", si vous voulez... les gens ont compris l'importance de suivre les consignes, la fermeture des frontières à permis d'éviter à ce que d'autres cas entrent dans le pays. E

Deux choses très importantes se sont produites ici. Il y a eu des consignes très, très strictes. Premièrement, par exemple, même un déplacement pour aller se ravitailler dans les supermarchés a été contrôlé par la police. Et il y a eu un système basé sur l'ordre alphabétique des noms, c'est-à-dire que les personnes portant des noms commençant par A à G pouvaient sortir un jour précis et les autres à d'autres jours. Tout a été contrôlé.

On a eu le soutien de la force policière et je crois que ça a été un travail exceptionnel. D'autre part, le suivi fait par le ministère de la Santé a été extrêmement important et crucial.

Du moment où on avait une personne infectée, le "contact tracing", comme on l'appelle ici à Maurice, permet de savoir ceux qui ont été en contact avec les personnes infectées et le suivi a été fait. La mise sur pied d'une série de centres de quarantaine et a été aussi très, très importante parce qu'avec l'arrivée de ces centres de quarantaine, on a pu isoler les gens qui avaient des risques d'infection.

Et à ce moment là, on a pu trouver des solutions et en plus, je dois dire que le peuple a été à un peuple qui a suivi les conseils, un peuple éclairé et je crois qu'on a eu une communication très, très effective qui a été tous les jours à la télévision: on a donné toutes les informations à la population.

Il y a eu une transparence vraiment exceptionnelle. Chaque cas découvert a été rapporté et les gens ont compris l'envergure, premièrement, de cette épidémie, et ils on compris l'importance de suivre les consignes.

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