Congo-Kinshasa: 10 ans après, la pression sur Félix Tshisekedi dans le dossier Chebeya

La société civile demande à l'actuel président de relever l'inspecteur John Numbi de ses fonctions et favoriser la réouverture du procès Chebeya. Un souhait difficile à réaliser ?

La République démocratique du Congo se souvient de la disparition il y a dix ans, du défenseur des droits de l'homme Floribert Chebeya et de son chaufffeur Fidèle Bazana. Les deux membres de l'ONG "Voix des sans Voix" se rendaient à un rendez-vous à la police.

Un an plus tard, en 2011, un procès pour assassinat a eu lieu mais les proches des deux hommes et la société civile soutiennent que l'affaire n'a pas été complètement élucidée. Cinq policiers avaient certes été condamnés à l'issue du procès devant la justice militaire. Le général John Numbiavait été entendu comme témoin.

John Numbi que la société civile congolaise désire voir comparaître devant la justice et condamner n'a jamais été inquiété dans le pays.

Le "suspect numéro 1"

A l'époque des faits, John Numbi était inspecteur général de la police. Aujourd'hui, cet homme de 58 ans est inspecteur général de l'armée congolaise. Une promotion qui date de 2018, sous le régime de Joseph Kabila.

L'actuel président, Félix Tshisekedi a affirmé qu'il voulait lutter contre l'impunité. Sans doute voyant la justice se saisir de dossiers sensibles et motivée par la comparution en justice de hauts responsables du pays, la société civile pense que Félix Tshisekedi pourrait créer la surprise en favorisant une reprise du procès.

Rostin Manketa, directeur exécutif de l'Ong Voix des sans Voix ne s'en cache pas. "Celui que nous considérons comme le suspect numéro 1, le général John Numbi Banza Ntambo continue à jouir de l'impunité. Ce que nous demandons c'est de relever le général John Numbi de ses fonctions et nous demandons la réouverture du procès. Et nous demandons cela au président de la République Félix Antoine Tshisekedi et d'ailleurs il avait promis de lutter contre l'impunité et là il faut des actes concrets !", insiste le défenseur des droits de l'homme.

Pourtant, lors d'une interview, Félix Tshisekedi avait laissé entendre aussi qu'il ne souhaitait pas "fouiner" dans le passé.

"Voilà justement la déception pour nous. Nous avons été désillusionnés ! C'est un point de vue que nous n'avons pas partagé", réagit Rostin Manketa.

Séparation des pouvoirs

Alors que la société civile fait pression sur le nouveau président Félix Tshisekedi, son porte-parole Tharcisse Kasongo Mwema Yamba Yamba se veut plutôt prudent.

"L'association est tout à fait fondée d'espérer qu'on revoie un petit peu les choses. Mais je voudrais également vous signaler que nous fonctionnons sous le régime de la séparation des pouvoirs ! Le président de la République n'a pas l'habitude d'interférer. Si légalement il peut entreprendre une action, il ne manquera pas de le faire", indique le porte-parole du chef de l'Etat qui ne souhaite pas se prononcer dans l'immédiat sur la demande de limogeage de l'inspecteur général John Numbi.

En août 2014, la justice sénégalaise a ouvert une information judiciaire sur ce double assassinat en vertu de la loi de compétence extraterritoriale. À ce jour, aucune décision n'a été rendue

Le général Numbi figure cependant sur la liste des 14 personnalités congolaises affectées par des sanctions de l'UE.

Plus de: DW

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.