Sénégal: Location d'appartements meublés - Des nids douillets, loin des regards

Le business est florissant. Il profite aux bailleurs et fait le bonheur des usagers dont des jeunes en quête de sensations fortes. La location de chambres et appartements meublés à Dakar défraie la chronique depuis que des vidéos compromettantes ont mis en scène des adolescents.

Moussa Kébé compose un numéro puis clique sur la touche d'appel ; il met l'appareil sous haut-parleur. Après quelques secondes d'attente, une voix grave et sereine résonne à l'autre bout du fil. Les salutations d'usage sont vite abrégées.

Sans sourciller, l'adulte de 36 ans, le langage codé, expose son désir à son interlocuteur : «Y en a une de disponible?» «Oui, répond le quidam. Une à Castor, une autre aux Almadies. Tu la veux pour quand?»

Rapidement les deux hommes trouvent un terrain d'entente. Moussa, emmitouflé dans un jean déchiré, casquette vissée sur la tête, opte finalement pour la chambre meublée de Castors. Celle-ci est plus proche de chez lui. «Je viendrai à 15 heures», conclut-il, tout excité. Il y a donné rendez-vous à sa copine.

La chambre est logée dans un grand immeuble anonyme, près du marché Castors. Spacieuse, elle compte deux canapés, un lit bien fait, un frigo bar, une climatisation, une télévision écran plat. Pour passer du bon moment avec sa dulcinée, l'élancé trentenaire a déboursé 15.000 FCfa afin de disposer du local à eux deux seuls durant cinq tours d'horloge.

«C'est pour fuir les regards indiscrets de certains que je préfère venir ici, explique-t-il, décontracté. Chez moi où il n'y a que deux chambres, je ne peux pas avoir cette intimité. De plus, ma mère et mes sœurs verraient d'un mauvais œil que je m'enferme avec ma copine».

Dans ce bâtiment d'une vingtaine de chambres où personne, a priori, ne le connaît, lui et sa petite amie ont carte blanche.

C'est à la mode. Comme Moussa, beaucoup de jeunes - des adolescents notamment - maîtrisent les rouages sur le bout des doigts.

Ainsi, ils ne ratent pas une occasion de prendre un appartement dans les quartiers les plus chics de la capitale pour faire la fête avec leurs conquêtes. «Je le fais très souvent, avoue d'emblée Ousmane D.

La dernière pièce que j'ai louée avait un jacuzzi dans la salle de bain; j'y ai passé un très bon moment avec ma copine». Selon Maïmouna T., âgée de 25 ans, il se passe des choses pas du tout «halal» (licite dans l'islam) lors de ces rencontres : «J'ai souvent pris part à ces rendez-vous; c'était soit pour célébrer un anniversaire, soit pour se la couler douce.

Ce sont quand même des parties très « hots » ; il y a de la drogue, du sexe et de l'alcool». Le seul mot d'ordre : profiter au maximum, vivre l'instant présent. Si certains ont les moyens d'assouvir leurs désirs, d'autres doivent par contre se démener comme de beaux diables pour se faire de l'oseille.

Et souvent ce sont les parents qui en font les frais comme en témoigne Issa Sambou, un étudiant adepte de la pratique. «Dernièrement, une fille a volé la carte bancaire de son père et retiré 2.400.000 FCfa de son compte. Elle a loué un appartement dans une résidence aux Maristes.

Nous, ses proches amis, avons tous été conviés. C'était très bien jusqu'au moment où la police a débarqué sur les lieux. Ils ont embarqué quelques-uns. Avec beaucoup de chance, j'ai pu me dérober sinon à l'heure actuelle je serais au gnouf», narre-t-il, heureux de cette fortune.

À 20.000 FCfa la journée

Ablaye Mbaye, père d'une fratrie de trois enfants, bien conscient du phénomène, estime «qu'un tel train de vie est surtout réservé à ceux qui en ont les moyens.

Nos enfants, même s'ils le voulaient, ne le pourraient pas», croit-il. Seydou Traoré, menuisier de 51 ans, préfère, lui, garder l'œil ouvert sur ses gosses. «Je filtre leurs fréquentations et prête une attention particulière à leurs faits et gestes même si je ne peux pas les suivre partout.

Aussi, je discute tout le temps avec eux pour les conscientiser sur la vie. Quand un enfant a 18 ans, tu ne peux plus recourir au bâton contre lui», raisonne-t-il. «Nous avons des chambres meublées et des appartements disponibles.

Pour les chambres, c'est 10.000 FCfa pour les deux heures; les appartements 20.000 FCfa la journée. Il est également possible de le prendre pour la nuit», nous informe, d'une voix suave, la concierge de l'immeuble.

À côté de son bureau, de nombreux draps blancs sont disposés sur une table. L'édifice est une modeste bâtisse de trois étages dominant une aire de jeu au quartier Maristes 2.

«Le lieu est très fréquenté. Ce sont des entrées et sorties incessantes à longueur de journée. La gestion est parfaite. Il y a des femmes de ménage qui, dès qu'un client quitte une pièce, entrent pour nettoyer et changer les draps», nous informe une source.

En face de l'immeuble, une dizaine de taximen, abandonnés aux piquants rayons solaires, guettent les clients. Le coin est une aubaine, a confié l'un d'eux, le masque cachant une partie de son visage. L'usage des appartements ou chambres meublés est toutefois multiforme.

Dans le cadre du travail ou pour un séjour de quelques jours dans la capitale, certaines personnes préfèrent y déposer leurs valises plutôt que d'aller à l'hôtel. «C'est moins coûteux, estime Mbaye Sène, un chevronné courtier. Il n'y a pas que des fêtards qui se les approprient. Des professionnels qui ont besoin de tranquillité font aussi partie de la clientèle».

Ce qu'en dit la loi

Dans de pareilles conditions, la prestation de services est considérée comme légale d'après un juriste spécialiste dans le domaine de l'immobilier. Sous le couvert de l'anonymat, il explique:

«La liberté d'entrepreneuriat est garantie au Sénégal. Sur la base de bonne foi, un propriétaire d'immeuble peut louer son bien pour une durée bien déterminée. Cette pratique n'a rien d'illégal».

Cependant, on peut noter une violation de la loi au cas où «l'acquéreur utilise les locaux à des fins allant contre les bonnes mœurs. Alors là, on est dans l'illégalité. Par conséquent, les concernés encourent des sanctions pénales», a-t-il renchéri.

Quant à la responsabilité du propriétaire, elle est engagée dès l'instant qu'un lien de connivence est établi entre lui et les usagers; s'il savait à l'avance que ses clients sollicitaient son bien pour des insanités alors il est vu comme complice.

«Lorsqu'également, pour des raisons de profit, il cède ses locaux à des mineurs, il peut être poursuivi par la loi», informe-t-il. Dans la plus grande discrétion, le business des chambres et appartements meublés devient de plus en plus florissant.

Plus de: Le Soleil

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