Sénégal: El H. Mamadou Keïta.(SEIB) - «En 1986, on a favorisé les joueurs du Jaraaf»

Ils ont en commun d'avoir été des footballeurs de grand talent et de n'avoir jamais disputé une phase finale de Coupe d'Afrique des Nations (Can). Pour une raison ou pour une autre. Nous vous proposons d'aller à la rencontre de cette belle brochette de joueurs qui auraient certainement fait bonne figure dans cette compétition si courue. Aujourd'hui, El H. Mamadou Keïta.

Il n'a jamais été le genre à se contenter de jouer. Il n'a jamais eu la langue dans sa poche. Quand il avait des choses à dire, il les disait. Avec ses mots ! Sans chercher à plaire ni à faire mal. Footballeur racé au port altier, habile dribbleur et superbe dernier passeur, il s'illustrait par son sang chaud, son «fichu caractère» disaient même certains.

Mais, Mamadou Keïta, excellent milieu offensif de la Seib de Diourbel des années 1980, réplique aujourd'hui encore : «c'est que je n'aime pas l'injustice». Aussi, en ces temps-là, s'était-il déplacé, un jour, jusque dans les locaux du «Soleil» à Hann, pour dire son ras-le-bol.

Il s'était vigoureusement élevé contre la disposition réglementaire qui voulait qu'en équipe nationale, les joueurs ne percevaient que 5000 francs d'indemnité journalière, là où le moindre dirigeant en recevait le double.

Une sortie qui avait fait du bruit et n'avait pas été sans conséquences. «Quelques temps après, on devait aller jouer au Nigeria, et c'est à l'aéroport de Dakar, juste avant l'embarquement, que l'on m'a appris que je ne serai pas du voyage», se souvient-il.

C'est que, de 1980 à 1988, lorsqu'il est parti pour la France, il n'était même pas envisageable de dresser une liste de sélectionnés en équipe nationale sans Mamadou Keïta, déjà international juniors avec l'Us Gorée en 1976 et Espoirs en 1977-78.

Aussi avait-il eu à prendre part à plusieurs tournois «Amilcar Cabral» en Gambie, au Cap-Vert, en Mauritanie et au Sénégal.

Cependant, «j'étais presque toujours titulaire du banc», narre-t-il. Mais, à chaque fois qu'il entrait en cours de jeu, il contribuait à faire la différence. «Comme lors de la demi-finale du Cabral de Dakar, juste avant la Can de 1986 en Egypte.

J'avais pris la place de Moussa Diop Quénum qui était presque toujours titulaire et j'ai offert deux passes décisives», se souvient-il.

Trop peu cependant pour en faire le titulaire lors de la finale face à la Sierra Leone. Et à 1 but partout, «c'est encore moi qui sors du banc pour offrir la victoire au Sénégal».

C'est fort de ces hauts faits que Mamadou Keïta était convaincu que pour la Can 86 marquant le retour des «Lions» en phase finale après 26 ans d'absence, non seulement il ferait partie de la liste des 22, mais qu'il serait titulaire.

Alors, pendant la préparation, à Aix-en-Provence en France, comme à son habitude, il avait donné le meilleur de lui-même.

Mais, à la veille du départ pour la phase finale, il apprend qu'il n'était pas retenu. Recalé à 24 ans, au profit de joueurs comme Christophe Sagna, Locotte «qui étaient au bout du rouleau et que l'on n'a vus qu'à l'aéroport de Roissy».

Et Mamadou Keïta d'y aller avec cette révélation : « Juste après, quelqu'un de haut placé m'a appris que la sélection avait été arrêtée depuis Dakar, avant même notre départ pour le camp d'entrainement à Aix.

Et que Sidy Mouhamed Ndiaye, Adolphe Mendy et moi - sans compter Tony Coly qui n'avait rien à faire là-bas - étions condamnés d'avance».

À La Mecque en 1981

Pour Mamadou Keïta devenu El Hadj depuis son pèlerinage à La Mecque en 1981, «c'était du favoritisme pur et dur. Les gars du Jaraaf, comme le coach Pape Diop qui dirigeaient l'équipe, avaient fait la part belle à leurs joueurs».

Pourtant, se souvient l'ancien meneur de jeu de la Seib de Diourbel, pour la dernière double confrontation face au Zimbabwe qui avait qualifié le Sénégal, «c'est une équipe essentiellement locale qui avait décroché le nul vierge à Harare, lors du match aller, par au moins 32 degrés à l'ombre. J'étais titulaire et il n'y avait ni Bocandé, ni Sène encore moins Locotte».

Et au retour au stade Demba Diop, avec le renfort de pros, c'est du banc qu'il avait suivi la rencontre. «Même sans les Sénefs comme l'on disait alors, on aurait pu s'en sortir», pour ce match décisif comme pour la Can où le Sénégal avait été éliminé dès la phase de groupe.

«On aurait pu aller au moins en demi-finale, puisque malgré tout le groupe avait de la qualité», pense-t-il aujourd'hui. D'où une certaine amertume, mais aussi de la frustration née du traitement qui lui avait été fait, ainsi qu'aux autres exclus de la liste définitive.

«On nous a écartés du groupe et mis dans un autre hôtel que celui de l'équipe, alors que nous faisions partie du groupe depuis le départ. C'était un manque de respect et c'était très dur à vivre», se plaint-il aujourd'hui depuis Thonon-les-Bains en France où il vit.

Cette Can «Egypte 86» qu'il n'a pas disputée, a été un tournant dans la vie de Mamadou Keïta. «J'étais jeune et talentueux. J'aurais certainement tapé dans l'œil de grands clubs si j'avais joué cette compétition», regrette-t-il aujourd'hui.

Au lieu de quoi, après le doublé coupe - championnat en 1986 et une finale perdue en 1987 avec la Seib, il avait atterri, en janvier 1988, à Orange en D3 française, ancien club de son ex-partenaire chez les «Huiliers», Lamine Ndiaye, qui le pistait depuis quelque temps. «J'avais fait la sourde oreille parce que je rêvais plus grand», reconnaît-il.

Alors, il avait dû faire avec. Comme du reste il avait dû faire avec le sort qui lui avait été réservé en équipe nationale.

À cause de son fichu caractère ? «Peut-être», rigole-t-il, «mais je n'ai jamais eu pour habitude de me taire devant l'injustice». Plus de 30 ans après, Keïta n'a pas changé.

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